Le chaos d’IsraĂ«l est-il un symptĂ´me ou un objectif ?

IsraĂ«l n’est pas en dĂ©clin.

Ces derniers jours ont rendu IsraĂ«l de plus en plus chaotique. Des manifestations massives contre les rĂ©formes judiciaires ont eu lieu mercredi au milieu des commentaires du gouvernement et de l’opposition qui montrent que le pays est profondĂ©ment divisĂ©. La rhĂ©torique se multiplie des deux cĂ´tĂ©s, et en mĂŞme temps il y a de plus en plus d’attaques par balles en Cisjordanie, et des inquiĂ©tudes concernant les attaques de vengeance des colons après le dĂ©chaĂ®nement Ă  Huwara. Cela a Ă©galement conduit le porte-parole du dĂ©partement d’État amĂ©ricain à critiquer les commentaires du ministre des Finances Bezalel Smotrich.

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La tendance gĂ©nĂ©rale semble ĂŞtre au chaos. D’autre part, dans de nombreuses rĂ©gions d’IsraĂ«l, la vie continue normalement. Une semaine très chaude a amenĂ© un grand nombre d’IsraĂ©liens Ă  la plage, alors que l’hiver semble ĂŞtre passĂ© Ă  l’Ă©tĂ©, sans printemps entre les deux. Cela signifie que mĂŞme si certains pensent qu’IsraĂ«l pourrait ĂŞtre confrontĂ© Ă  une nouvelle Intifada et Ă  un conflit civil en mĂŞme temps, le statu quo gĂ©nĂ©ral persiste dans de nombreux secteurs.

Mais il y a des nuages ​​qui se profilent, comme les inquiétudes dans le secteur économique et technologique concernant les réformes judiciaires. Tout cela se produit alors que le régime iranien porte une attention particulière à Israël. Elle pense que le pays est profondément divisé, ce qui pourrait changer les calculs de Téhéran .

Alors que se passe-t-il vraiment ?
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’est pas nouveau en politique. Il a vu les États-Unis exprimer leurs inquiĂ©tudes au sujet de divers extrĂ©mistes dans la politique israĂ©lienne et des actions des IsraĂ©liens dans le passĂ©. Il a Ă©galement vu des conflits avec les Palestiniens aller et venir. Compte tenu du chaos qui a Ă©clatĂ© après que Netanyahu a formĂ© un nouveau gouvernement Ă  la fin de l’annĂ©e dernière, est-il plausible de conclure que tout cela se produit par accident et spontanĂ©ment ?

Est-il possible que la tendance continue d’IsraĂ«l vers le chaos fasse partie d’une « doctrine » plus large ? Netanyahu est rĂ©putĂ© pour ĂŞtre un Ă©tudiant en histoire. L’histoire donne un aperçu du mode de gouvernance dans lequel le chaos joue un rĂ´le. Tout au long de l’histoire, divers thĂ©oriciens tels que Niccolo Machiavel ont proposĂ© des mĂ©thodes de gouvernance, telles qu’il les a Ă©noncĂ©es dans « Le Prince ». Machiavel a vu le chaos partout en Italie Ă  son Ă©poque.

Des penseurs tels que Sun Tzu ont Ă©galement Ă©crit des ouvrages influents sur la stratĂ©gie militaire. Une citation attribuĂ©e Ă  Sun Tzu dit qu' »au milieu du chaos, il y a aussi des opportunitĂ©s ». George Danton, figure de la RĂ©volution française, est bien connu pour sa citation « Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace », qui signifie essentiellement « l’audace, l’audace et encore l’audace ».

Chaos permanent, aucun changement
TOUT AU LONG DE LA dernière dĂ©cennie du règne de Netanyahu, interrompue seulement par une annĂ©e au cours de laquelle l’opposition est arrivĂ©e au pouvoir, il y a eu une tendance Ă  la fois au statu quo et au chaos. Cela signifie que le statu quo global demeure, comme un rĂ©gime palestinien divisĂ©, pas de grands projets du gouvernement, l’inaction d’IsraĂ«l dans la guerre civile syrienne et une lente confrontation avec l’Iran mais pas de conflit majeur.

Autour de ce statu quo ont toujours planĂ© diverses crises. Il y a eu des guerres Ă  Gaza en 2012, 2014, 2021, et une Intifada poignardĂ©e, et aussi la crise des dĂ©tecteurs de mĂ©taux et du Mont du Temple ; et mĂŞme les crises d’annexion. C’est toujours quelque chose : que ce soit Khan al-Ahmar, ou Masafir Yatta, Sheikh Jarrah, Susiya ou un autre endroit, une autre controverse comme El Araqib ou le plan Prawer ou le Mur Occidental ; la CPI ou l’UE, l’UNESCO ou une autre controverse.

Cependant, quand on regarde en arrière, qu’est-ce qui change vraiment ? Nous nous souvenons tous de « l’annexion » quand IsraĂ«l Ă©tait censĂ© annexer des parties de la Cisjordanie pendant l’ère Trump. Puis, tout Ă  coup, il n’y a pas eu d’annexion. C’est presque comme si tout cela Ă©tait une sorte de numĂ©ro de cirque, conçu pour distraire une partie du public Ă  propos d’une sorte de controverse, puis retirer tranquillement la controverse de la table. Par exemple, chaque fois que Khan al Ahmar, la communautĂ© bĂ©douine sur la route de JĂ©rusalem Ă  la mer Morte, est sur le point d’ĂŞtre soi-disant relocalisĂ©e, rien ne se passe.

En fait, rien ne se passe vraiment en IsraĂ«l dans le grand schĂ©ma des choses. Alors qu’IsraĂ«l continue de construire de nouvelles autoroutes et lignes ferroviaires, et que de nouvelles tours sont Ă©rigĂ©es Ă  Tel-Aviv et dans les environs, sur les grandes questions, rien ne change vraiment. La rĂ©forme judiciaire ressemble Ă  l’une de ces lignes rouges que certains ne tolĂ©reront pas. Peut-ĂŞtre que cela finira comme la loi sur l’État-nation, ou peut-ĂŞtre pas.

Existe-t-il une doctrine du chaos ?
LA QUESTION est de savoir si le modèle de gouvernance des gouvernements de Netanyahu est principalement Ă©tayĂ© par une doctrine du chaos. Le chaos est-il le symptĂ´me ou le but ? Ce n’est pas le seul gouvernement qui semble pratiquer cette doctrine. L’administration Trump a Ă©galement Ă©tĂ© soutenue par un chaos apparemment sans fin. Le règne de plusieurs dĂ©cennies du rĂ©gime d’Erdogan en Turquie a Ă©tĂ© essentiellement un rĂ©gime de chaos dans lequel il crĂ©e une crise tous les quelques mois pour nourrir et distraire les gens juste assez longtemps pour arriver Ă  la prochaine crise, la prochaine Ă©lection, la prochaine « opĂ©ration militaire » ou « menace terroriste » qu’il lui faut contrer.

En 2008, avant le retour au pouvoir de Netanyahu, Ynet News a publiĂ© un article sur Netanyahu. L’article notait l’histoire suivante : « ‘Hannibal Ă©tait un commandant militaire qui a vĂ©cu il y a plus de 2 000 ans et a vaincu les Romains dans plusieurs batailles’, a dĂ©clarĂ© Benjamin Netanyahu Ă  la cafĂ©tĂ©ria de la Knesset la semaine dernière. «Pendant des centaines d’annĂ©es, les mères de Rome l’utilisaient pour effrayer les enfants qui ne mangeaient pas. Ils leur disaient : « Si vous ne mangez pas, Hannibal viendra vous chercher. Maintenant, Hannibal est de retour. Je suis Annibal.

Ce n’est pas le seul article qui a notĂ© l’intĂ©rĂŞt de Netanyahu pour le gĂ©nĂ©ral carthaginois. Hannibal est devenu commandant Ă  un jeune âge, vers l’âge de 26 ans, et a passĂ© de 221 Ă  202 avant notre ère en guerre avec Rome, marchant Ă  travers ce qui est aujourd’hui les États modernes d’Espagne, de France, d’Italie et de Tunisie. Hannibal a ensuite passĂ© des annĂ©es en tant qu’homme d’État et a finalement passĂ© du temps en exil, souvent impliquĂ© dans diverses intrigues.

LE POINT de l’histoire d’Hannibal est que c’Ă©tait une pĂ©riode de chaos, pas une pĂ©riode de paix. Le temps de Netanyahu au pouvoir a gĂ©nĂ©ralement Ă©tĂ© celui de la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique et de la paix relative en IsraĂ«l. C’est l’ironie de la doctrine du chaos, si une telle doctrine existe : que le chaos permet une sorte de statu quo, qui permet la prospĂ©ritĂ©.

Par exemple, sur les grandes tendances, IsraĂ«l n’est pas une puissance en dĂ©clin. IsraĂ«l n’a pas les problèmes dĂ©mographiques auxquels la Chine, la CorĂ©e du Sud et le Japon sont actuellement confrontĂ©s, oĂą les taux de natalitĂ© chutent au point que de nombreuses familles n’ont qu’un seul enfant. IsraĂ«l n’a pas fait face Ă  la crise de l’immigration ou Ă  la hausse des taux de criminalitĂ© de certains pays.

Cependant, pour ceux qui craignent que le pays s’affaisse vers l’autoritarisme et soit de plus en plus exploitĂ© ou dominĂ© par des fanatiques religieux, la doctrine du chaos se termine en effet avec un pays qui est irrĂ©versiblement changĂ© par rapport Ă  ce qu’il Ă©tait il y a deux dĂ©cennies. C’est le mĂŞme Ă©tat de choses que l’opposition en Turquie se retrouve après des dĂ©cennies de règne de l’AKP.

Pour le principal adversaire d’IsraĂ«l aujourd’hui, le rĂ©gime iranien, le chaos Ă  l’intĂ©rieur d’IsraĂ«l semble enhardir le rĂ©gime. Mais Ă  quelle fin ? Le rĂ©gime enrichit l’uranium, mais l’enrichissement mène Ă  un avenir incertain. L’Iran doit encore armer son programme nuclĂ©aire.

Pour les Palestiniens, le chaos en IsraĂ«l ne les a conduits Ă  aucun succès Ă  Gaza ou en Cisjordanie. Une direction palestinienne vieillissante a vu son pouvoir s’Ă©roder et le Hamas n’a apportĂ© Ă  Gaza que l’isolement et l’Ă©chec.

La doctrine Netanyahu du chaos et du statu quo a Ă©galement ostensiblement apportĂ© Ă  IsraĂ«l de meilleures relations avec une grande partie de la rĂ©gion. C’est sa vision de la paix par la force. Cependant, cette doctrine n’apportait gĂ©nĂ©ralement pas de liens chaleureux Ă  IsraĂ«l ; c’est sous l’ère Lapid-Bennett qu’IsraĂ«l a eu un nombre sans prĂ©cĂ©dent de rĂ©unions avec des pays de la rĂ©gion, notamment en dĂ©veloppant des concepts comme le Forum du NĂ©guev.

Ce bilan mitigĂ© laisse le jugement de la doctrine du chaos aux historiens. La longue guerre d’Hannibal contre Rome a Ă©chouĂ©. Le long chaos et le statu quo d’IsraĂ«l devront conduire Ă  de meilleurs rĂ©sultats, s’il veut prospĂ©rer.