Le chef du Mossad Barnea : « Nous avons obtenu du renseignement stratégique et tactique — au cœur même du secret de l’ennemi »

Les chefs du Mossad ne parlent pas souvent en public. Quand ils le font, chaque mot est pesé. Ce mardi matin, lors d’une cérémonie de remise de distinctions pour l’année 2025, David Barnea — connu dans les milieux du renseignement sous le surnom « Dadi » — a rompu le silence caractéristique de l’institution qu’il dirige avec une déclaration qui n’a rien d’anodin : « Nous avons obtenu du renseignement stratégique et tactique — au cœur même du secret de l’ennemi. »

Quatre mots, une phrase, et l’esquisse d’une réalité que les bulletins d’information ne montrent que rarement : celle d’un service de renseignement qui opère, en ce moment même, dans les entrailles de ses cibles. Qui sont ces ennemis dont le Mossad prétend avoir pénétré le secret le mieux gardé ? La formulation délibérément vague de Barnea ne les nomme pas. Mais le contexte, lui, ne laisse guère de place au doute.

Une cérémonie, une révélation, un deuil

Cette prise de parole intervient dans une période chargée pour le Mossad. Quelques jours plus tôt, lors de la cérémonie du Jour du souvenir organisée au siège de l’organisation, Barnea avait fait une annonce plus solennelle encore : un agent du Mossad, dont l’identité demeure classifiée, est tombé en mission à l’étranger. Selon les informations disponibles, il s’agissait d’un opérateur central qui avait pris part à des activités clandestines contre l’Iran, notamment dans le cadre des opérations « Am Kalavi » et « Shaagat HaAri ». Sa contribution, a précisé Barnea, avait été décisive dans des phases clés de ces missions. Un homme sans visage public, dont le sacrifice reste enveloppé dans le secret d’État, mais que le chef du Mossad a tenu à honorer nommément — enfin, autant que les règles de clandestinité le permettent.

Ce double registre — fierté des succès opérationnels et deuil de ceux qui les ont rendus possibles — est au cœur de ce que Barnea a voulu exprimer lors de cette cérémonie de remise de distinctions. Les médailles décernées ne sont pas seulement des récompenses : elles sont, dans le monde du renseignement, des marqueurs de la profondeur d’opérations qui ne seront peut-être jamais entièrement révélées au grand public.

Un bilan opérationnel hors du commun

Pour comprendre le poids de la déclaration de Barnea, il faut la replacer dans l’arc de la dernière année et demie. Depuis octobre 2023, le Mossad a enchaîné des opérations dont certaines ont réécrit les manuels du renseignement contemporain. L’opération des bipeurs — qui a neutralisé simultanément des centaines de membres du Hezbollah en faisant exploser leurs appareils de communication — reste à ce jour l’une des actions de sabotage les plus spectaculaires jamais attribuées à Israël. Elle n’aurait pas été possible sans une infiltration de la chaîne d’approvisionnement du Hezbollah d’une précision et d’une durée remarquables.

Puis est venue l’élimination de Hassan Nasrallah, le chef historique du Hezbollah, dans son bunker de Beyrouth — une opération que les agents du Mossad ont préparée en pénétrant les entrailles du dispositif de sécurité le plus hermétique du mouvement. Et plus récemment, lors de la guerre de douze jours contre l’Iran, le Mossad a joué un rôle déterminant : pendant des mois, des centaines de drones et de charges explosives avaient été introduits en profondeur sur le territoire iranien. Quand l’ordre a été donné, les agents sur le terrain les ont activés, détruisant des systèmes de défense et ouvrant la voie à l’aviation israélienne. L’opération a également permis l’élimination de plusieurs membres de la direction sécuritaire iranienne, grâce à un renseignement accumulé sur des années.

Barnea en fin de mandat, le Mossad en pleine puissance

Ce moment intervient alors que Barnea approche de la fin de sa première — et vraisemblablement unique — mandature. Il n’a pas sollicité de prolongation. Selon les informations rapportées par les médias israéliens, il a fait savoir à Netanyahou qu’il entend passer la main à l’issue de ses cinq années à la tête de l’organisation, et retourner ensuite au secteur privé. Un processus de sélection de son successeur serait en cours, avec des entretiens auprès du Premier ministre prévus prochainement.

Cette sortie programmée n’a pas amolli l’institution. Le Mossad sous Barnea aura été, de l’avis de nombreux observateurs et selon les termes du secrétaire du gouvernement israélien lui-même, le service de renseignement le plus actif et le plus efficace de l’histoire récente d’Israël. Sa déclaration de ce mardi matin — « au cœur même du secret de l’ennemi » — résonne donc non pas comme un bravade, mais comme un état des lieux : sobre, précis, et délibérément opaque sur ce qui, exactement, reste encore à venir.

Pour aller plus loin sur les opérations du Mossad et la guerre de l’ombre, retrouvez sur infos-israel.news :

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés

Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News

📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢

 

S1871ab49133f4530a788d53fb2392d37b