Le créateur du « Happy Merchant », l’une des images antisémites les plus diffusées d’Internet, est mort à 71 ans

Nick Bougas, le caricaturiste raciste à l’origine de la tristement célèbre image du « Happy Merchant », est mort à l’âge de 71 ans.

Né à Savannah, en Géorgie, Bougas s’était fait connaître à la fin des années 1980 et au début des années 1990 pour des dessins publiés dans des cercles suprémacistes blancs, sous le pseudonyme « A. Wyatt Mann » — un jeu de mots signifiant phonétiquement « a white man » (« un homme blanc »). Ses œuvres, ouvertement racistes, antisémites, antiféministes et homophobes, ciblaient les Juifs, les personnes noires, les personnes homosexuelles et les féministes. Nombre de ses dessins ont d’abord été publiés dans le journal du mouvement suprémaciste blanc White Aryan Resistance (WAR), dirigé par le raciste notoire Tom Metzger.

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Une image devenue l’un des symboles de haine les plus répandus en ligne

Sa création la plus tristement célèbre, le « Happy Merchant », représente un homme juif aux traits grotesquement exagérés — nez crochu, kippa, dos voûté — arborant un sourire sournois et se frottant les mains, perpétuant le mensonge antisémite selon lequel les Juifs seraient cupides, manipulateurs et chercheraient secrètement à dominer le monde. Publié pour la première fois en 1992 dans le journal de la WAR, le dessin n’a réellement commencé à se répandre en ligne qu’à partir de 2001, avant de devenir l’une des images antisémites les plus reprises sur Internet, notamment sur des plateformes comme 4chan, où elle est devenue l’un des mèmes de prédilection de la mouvance suprémaciste puis de l’alt-right.

Bougas n’a jamais publiquement reconnu être l’auteur de ces dessins signés « A. Wyatt Mann ». Son identité a toutefois été confirmée par plusieurs de ses anciens collaborateurs, ainsi que par une enquête du journaliste Joseph Bernstein pour BuzzFeed News publiée en 2015, qui avait définitivement établi le lien entre le caricaturiste et son pseudonyme. La Ligue Anti-Diffamation (ADL) considère depuis des années le « Happy Merchant » comme l’un des symboles de haine les plus persistants circulant sur les réseaux sociaux et les forums en ligne.

Une carrière parallèle dans le cinéma underground

Au-delà de son travail de dessinateur, Bougas s’était également fait un nom dans le cinéma underground, réalisant notamment la série de mondo films « Death Scenes », présentée par le fondateur de l’Église de Satan Anton LaVey, ainsi que le documentaire « Speak of the Devil » consacré à ce dernier en 1993. Il avait par ailleurs contribué à des publications underground, collectionné des objets liés aux affaires criminelles célèbres et compilé des enregistrements audio de célébrités durant ses nombreuses années passées à Hollywood.

La nouvelle de sa mort a coïncidé, par un hasard souligné par plusieurs observateurs, avec la diffusion récente d’une parodie musicale tournant en dérision sa création la plus haineuse, utilisant précisément l’image du « Happy Merchant » pour souligner l’absurdité qui consiste à rendre les Juifs responsables des problèmes du monde.

Pour mieux comprendre l’ampleur de la diffusion de ce type d’imagerie antisémite en ligne et ses répercussions bien au-delà des cercles extrémistes d’origine, notre article sur le folklore antisémite ayant infiltré jusqu’à la culture populaire mainstream apporte un éclairage complémentaire sur la persistance de ces stéréotypes séculaires.