Chaque parent fait face Ă des difficultĂ©s, chaque parent sait ce qu’est « le chagrin et l’Ă©ducation des garçons ». Les difficultĂ©s font partie de la vie. Le problème commence lorsque quelqu’un essaie de rendre cette vie de plus en plus difficile et essaie de vous pousser dans le coin.
Mon mari et moi avons grandi dans les grandes villes de Tel-Aviv et de JĂ©rusalem. Nous sommes arrivĂ©s dans le sud par mission et avons rejoint le noyau de la Torah Ă Ofakim. Assaf venait de l’Ă©ducation informelle et a passĂ© des annĂ©es Ă travailler avec des jeunes Ă risque. Aujourd’hui, nous sommes tous deux enseignants au lycĂ©e religieux de la ville et souhaitons continuer Ă travailler pour le peuple d’IsraĂ«l en gĂ©nĂ©ral et les enfants d’IsraĂ«l en particulier.
Ces dernières annĂ©es, depuis qu’ils (la police) sont venus ici et ont arrĂŞtĂ© Yinon, la plupart de nos efforts ont Ă©tĂ© dirigĂ©s vers lui, dans une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e de lui permettre de revenir Ă une vie normale.
Yinon, mon fils aĂ®nĂ©, a Ă©tĂ© inculpĂ© et reconnu coupable (sur la base de preuves Ă©parses et douteuses… ) d’avoir incendiĂ© une Ă©glise dans le nord du pays. La Cour suprĂŞme l’a condamnĂ© Ă une peine de cinq ans et demi d’emprisonnement, tandis que les Ă©meutiers arabes incendiant des synagogues et endommageant des cimetières sont traitĂ©s avec mĂ©pris par les autoritĂ©s.
La blessure de Yinon ne s’est pas terminĂ©e avec son renvoi derrière les barreaux. Dans une large mesure, le cauchemar venait de commencer. Les conditions dans lesquelles il est soumis s’écartent de toute norme de droits humains reconnus Ă tout dĂ©tenu emprisonnĂ©, du viol cruel Ă l’accusation de faire partie d’une organisation criminelle.
Au cours de son emprisonnement, Yinon a rĂ©ussi Ă traverser cinq prisons diffĂ©rentes. Au dĂ©but, Yinon Ă©tait dans l’aile rĂ©gulière de la prison d’Ella Ă Beer Sheva. LĂ oĂą il a assistĂ© Ă des prières dans des classes de minyan et de Torah, et nous, qui vivons dans le sud Ă Ofakim, nous lui avons souvent rendu visite en prison et nous avons parlĂ© par tĂ©lĂ©phone Ă plusieurs reprises.
Malheureusement, il est vite devenu évident que personne ne voulait vraiment rendre la tâche plus facile à Yinon. Nous avons vécu ces années difficiles et Yinon a commencé à errer dans des prisons reculées du nord et du centre.
Tout cela Ă©tait tolĂ©rable. Ă€ un moment donnĂ©, il fut dĂ©cidĂ© de dĂ©finir Yinon comme « membre d’une organisation terroriste ». Il ne prend pas de vacances et ne peut appeler sa famille. Le seul contact qu’il a avec le monde extĂ©rieur est de rendre visite Ă des membres de la famille 40 minutes toutes les deux semaines. Il est emprisonnĂ© Ă l’isolement depuis une pĂ©riode de trois ans, Ă l’exception d’une heure par jour de sa petite cellule et non dans la salle Ă manger, ni dans la salle de prière. MĂŞme à Yom Kippour, il ne peut pas rencontrer d’autres prisonniers.
Le Shin Bet sait très bien qu’Yinon n’est pas menaçant, qu’il a changĂ© et qu’il attend le jour oĂą il sera libĂ©rĂ© pour reconstruire sa vie. Il a rĂ©cemment envoyĂ© une lettre Ă l’administration IPS expliquant son changement rĂ©cent dans sa vie et son dĂ©sir de s’engager sur une voie positive. NĂ©anmoins, les agents du SSG ne s’abstiennent pas de prĂ©senter un avis, bien sĂ»r, dans toute discussion du cas de Yinon, selon laquelle il est un terroriste dangereux et mĂŞme ses appels tĂ©lĂ©phoniques avec son Ă©pouse et ses parents sont susceptibles de nuire Ă la paix publique…
En tant que mère inquiète, je ne pouvais pas passer mes nuits sans sommeil et j’ai contactĂ© des rabbins, des membres de la Knesset et des ministres de tous les horizons. Tout le monde comprend l’absurditĂ©, s’identifiant Ă la douleur et promettant tous d’aider. Tout le monde revient Ă la fin avec diffĂ©rentes excuses. Les Ă©lus, les dĂ©cideurs, ont succombĂ© Ă l’intransigeance du GSS et de l’IPS. J’Ă©tais Ă©galement au ministère de la SĂ©curitĂ© publique, responsable de l’IPS, avec une oreille attentive et un dĂ©sir sincère d’aider, mais mĂŞme lĂ , ils ont Ă©tĂ© incapables de rĂ©tablir la normalitĂ© du système en charge.
Nous avons Ă©tĂ© obligĂ©s de cĂ©lĂ©brer le mariage de Yinon d’une manière plutĂ´t dĂ©lirante. Avant le mariage, nous avons passĂ© des journĂ©es devant le tribunal Ă participer Ă des audiences dans lesquelles nous demandions un peu de normalitĂ©, au moins lors du mariage. Les pĂ©titions ont Ă©tĂ© rejetĂ©es. Sa houpa a eu lieu dans une prison avec un nombre assez restreint de membres de la famille, et le dĂ®ner et la danse ont continuĂ© dans une salle voisine. Les invitĂ©s ont dansĂ© devant la mariĂ©e lorsque le mariĂ© Ă©tait enfermĂ© dans une cellule d’isolement en prison.
Ainsi, le cercle des victimes de l’emprisonnement de Yinon a maintenant rejoint sa femme Tehiya qui est limitĂ©e Ă une visite une fois toutes les deux semaines. Il incombera Ă©galement aux autoritĂ©s pĂ©nitentiaires de dĂ©cider si la visite aura lieu derrière une cloison en verre ou dans la salle rĂ©servĂ©e aux visiteurs.
C’est ainsi que le système du service pénitentiaire israélien s’efforce de saper toute étincelle de normalité de la vie de Yinon, pas de famille, ni de minyan les samedis et les jours de Yom Kippour, et maintenant plus aucune sorte de relation conjugale.
En tant qu’Ă©ducatrice et mère d’une famille qui s’est installĂ©e Ă la pĂ©riphĂ©rie pour participer Ă la construction et Ă la croissance de la ville de Sderot en IsraĂ«l, j’essaie de croire que le traitement humiliant infligĂ© Ă Yinon ne doit pas provoquer en moi une pulsion de vengeance.
En tant que personne partageant le chemin que considère chaque Juif comme un partenaire Ă©gal et Ă©gal, j’aimerais croire que ces jeunes ne sont pas devenus des « ennemis » de la nation. Je veux croire, mais la rĂ©alitĂ© me dit tout autre chose.
Mon dernier espoir, c’est vous, cher IsraĂ«l. Élever un cri pour la terrible injustice faite Ă mon fils et votre voix sera entendue. Que les dĂ©cideurs ne puissent plus nous laisser Ă la merci des autoritĂ©s pĂ©nitentiaires.
Yinon et Tehiya veulent construire leurs vies dans la paix et la tranquillitĂ©, mais quelqu’un lĂ -haut veut apparemment prĂ©server leur hostilitĂ© et leur aliĂ©nation. Nous ne pouvons pas laisser cela continuer.






