Il y a des gestes diplomatiques. Il y a des dĂ©clarations de guerre. Et puis il y a les comptes X de la Maison Blanche en arabe qui rebaptisent unilatĂ©ralement une voie maritime internationale vieille de plusieurs siècles. Ce samedi, le compte officiel de la Maison Blanche en langue arabe a postĂ© un message aussi bref que fracassant : le dĂ©troit d’Ormuz n’existe plus. Il s’appelle dĂ©sormais le « dĂ©troit de Trump ». Pas le dĂ©troit de la paix. Pas le dĂ©troit de la libertĂ© de navigation. Le dĂ©troit de Trump.
Ce tweet — postĂ© en arabe, destinĂ© aux audiences du Moyen-Orient — est une bombe diplomatique habillĂ©e en provocation. En quelques mots, Washington envoie un signal d’une clartĂ© absolue aux capitales arabes, Ă TĂ©hĂ©ran, Ă Moscou et Ă PĂ©kin : les États-Unis considèrent que ce passage stratĂ©gique, par lequel transite 20 % du pĂ©trole mondial, est dĂ©sormais sous leur contrĂ´le de facto. Que l’Iran l’avait bloquĂ©, et que Trump l’a rouvert. Que la domination amĂ©ricaine sur ce couloir maritime est si totale qu’elle mĂ©rite d’en porter le nom.
La portĂ©e symbolique est immense. Renommer un dĂ©troit, c’est revendiquer une souverainetĂ©. Pas juridiquement — aucune rĂ©solution internationale ne reconnaĂ®tra jamais le « dĂ©troit de Trump » — mais politiquement et psychologiquement. Trump n’est pas le premier dirigeant amĂ©ricain Ă vouloir dominer le Golfe, mais il est le premier Ă l’afficher avec cette brutalitĂ© assumĂ©e. Après avoir rachetĂ© le Groenland, rebaptisĂ© le golfe du Mexique « golfe d’AmĂ©rique », et maintenant renommĂ© le dĂ©troit d’Ormuz, le prĂ©sident amĂ©ricain dĂ©roule une doctrine gĂ©ographique cohĂ©rente : ce que les États-Unis contrĂ´lent militairement, ils le nomment.
Pour les pays arabes du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, KoweĂŻt, BahreĂŻn — ce tweet est Ă la fois rassurant et inquiĂ©tant. Rassurant parce qu’il confirme l’engagement amĂ©ricain Ă sĂ©curiser leurs routes d’exportation pĂ©trolière. InquiĂ©tant parce qu’il signale que cette protection a un prix — et que ce prix se paie en allĂ©geance, en bases militaires, en conformitĂ© aux dĂ©cisions de Washington. Le roi Salmane d’Arabie saoudite, que Trump dĂ©crit cette semaine de façon peu diplomatique dans une dĂ©claration qui fait le tour de la rĂ©gion, comprend parfaitement le message.
Pour IsraĂ«l, ce rebaptĂŞme est une bonne nouvelle stratĂ©gique. Un dĂ©troit d’Ormuz sous contrĂ´le amĂ©ricain effectif, c’est la fin du principal levier de pression Ă©conomique iranien sur le monde. L’Iran avait pariĂ© sur sa capacitĂ© Ă bloquer ce passage pour faire monter les prix du pĂ©trole et provoquer une pression internationale sur Washington et JĂ©rusalem. Si Trump revendique le contrĂ´le de ce dĂ©troit au point de le renommer, c’est que l’Iran a perdu cette bataille-lĂ . Le levier Ă©conomique de TĂ©hĂ©ran — sa dernière carte contre-offensive rĂ©elle — vient d’ĂŞtre saisi.
La diplomatie mondiale retient son souffle. Aucun gouvernement ne reconnaĂ®tra officiellement ce nouveau nom. Mais personne non plus ne s’opposera frontalement Ă Trump sur ce sujet — pas en pleine guerre, pas alors que les États-Unis ont 100 000 soldats dans la rĂ©gion. Le « dĂ©troit de Trump » restera peut-ĂŞtre un tweet de plus dans la chronique tumultueuse de cette prĂ©sidence. Ou il deviendra le symbole d’un basculement historique dans la maĂ®trise amĂ©ricaine du Moyen-Orient. Dans les deux cas, il a dĂ©jĂ atteint son objectif : montrer qui commande.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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