Le général de brigade (res.) Guy Hazut : « Tant que cette culture ne changera pas dans Tsahal, nous avons un problème »

Lors d’un panel tenu hier soir au congrès annuel du Barreau israĂ©lien consacrĂ© aux enquĂŞtes sur le 7 octobre, le gĂ©nĂ©ral de brigade en rĂ©serve Guy Hazut — chercheur senior Ă  l’INSS et ancien responsable du dispositif d’apprentissage opĂ©rationnel des forces terrestres durant la guerre — a pris la parole dans un discours qui a secouĂ© l’assistance. D’un cĂ´tĂ©, une charge frontale contre certains critiques de Tsahal qu’il juge animĂ©s par la haine et la vengeance plutĂ´t que par le dĂ©sir de corriger. De l’autre, une autocritique sĂ©vère adressĂ©e Ă  l’armĂ©e elle-mĂŞme, accusĂ©e d’avoir laissĂ© se dĂ©grader, au fil des annĂ©es, une culture essentielle : celle de dire la vĂ©ritĂ©.

La tension du dĂ©bat Ă©tait Ă  son comble. Aux cĂ´tĂ©s de Hazut siĂ©geaient des familles endeuillĂ©es, dont l’avocate Talik GoaĂŻli, mère du sergent-chef Ran GoaĂŻli tuĂ© au combat, et Eyal Ashel, père de la caporal Roni Ashel tuĂ©e elle aussi — deux parents qui ont menĂ© leurs propres investigations sur les circonstances de la mort de leurs enfants et qui ont dressĂ© un tableau accablant : des enquĂŞtes bâclĂ©es, des informations dissimulĂ©es, une culture institutionnelle du mensonge solidement enracinĂ©e.

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« Ils ne viennent pas pour corriger — ils viennent pour détruire »

Hazut a ouvert son intervention par une attaque ciblĂ©e contre une partie des critiques qui s’expriment sur Tsahal depuis le 7 octobre. « La motivation de certains de ceux qui critiquent Tsahal est une motivation dangereuse. Ils ne viennent pas pour corriger — ils viennent pour dĂ©truire. Leurs mobiles sont la haine, la vengeance, et le dĂ©sir que toute la responsabilitĂ© retombe sur l’armĂ©e. Ă€ mes yeux, ce sont des gens dangereux, parce que si l’on dĂ©mantèle Tsahal, nous n’avons rien d’autre. »

Il a nĂ©anmoins tenu Ă  reconnaĂ®tre la gravitĂ© des Ă©vĂ©nements, refusant que son soutien Ă  l’institution soit interprĂ©tĂ© comme une absolution : « Le 7 octobre est le pire Ă©chec de toute l’histoire du sionisme. Pendant de longues heures, l’ennemi a contrĂ´lĂ© l’espace civil et a fait ce qu’il voulait des civils et des soldats. Et pourtant, nous sommes tellement en colère contre Tsahal — Ă  juste titre — que nous ne savons plus reconnaĂ®tre que dès ce mĂŞme jour, le contrĂ´le de l’Enveloppe de Gaza a Ă©tĂ© repris. »

Cette formulation — dĂ©fendre l’institution sans absoudre ses manquements — rĂ©sume la position inconfortable de Hazut, tiraillĂ© entre son attachement profond Ă  l’armĂ©e et sa luciditĂ© sur ses dysfonctionnements internes.

Une culture organisationnelle qui empêche la vérité

C’est sur ce second volet que les dĂ©clarations de Hazut ont Ă©tĂ© les plus attendues — et les plus douloureuses Ă  entendre pour ceux qui siĂ©geaient Ă  ses cĂ´tĂ©s. « Le problème central est la culture organisationnelle. Dans Tsahal, il manque une culture dans laquelle les gens disent vraiment ce qu’ils pensent. Le courage d’exprimer une opinion et la capacitĂ© Ă  maintenir une vĂ©ritable culture d’enquĂŞte se sont dĂ©gradĂ©s au fil des annĂ©es. Tant que cette culture ne changera pas, nous avons un problème. »

Ces mots n’ont rien d’abstrait dans la bouche de Hazut. Il y a environ un an, l’officier avait rĂ©digĂ© un document interne particulièrement tranchant dans lequel il concluait que l’opĂ©ration « Chars de GĂ©dĂ©on » avait Ă©chouĂ© — une position en contradiction directe avec l’apprĂ©ciation officielle du chef d’Ă©tat-major et du commandement de Tsahal. Ce document avait dĂ©clenchĂ© une tempĂŞte : Hazut avait Ă©tĂ© rĂ©primandĂ© par le commandant des forces terrestres, le gĂ©nĂ©ral Nadav Lotan, convoquĂ© pour un entretien et avait finalement prĂ©sentĂ© ses excuses pour « le tort causĂ© ». Cette sĂ©quence donne Ă  ses propos d’hier une rĂ©sonance particulière — c’est quelqu’un qui a personnellement fait l’expĂ©rience du coĂ»t de la franchise au sein de la hiĂ©rarchie militaire qui parle de l’absence de culture de vĂ©ritĂ©.

Les familles : « On nous a menti »

Eyal Ashel a Ă©tĂ© le plus cinglant. Il a rĂ©vĂ©lĂ© que ni lui ni aucune des familles des soldats tombĂ©s dans la zone de l’Enveloppe n’avait Ă©tĂ© informĂ© par le système de dĂ©fense que le secteur dans lequel leurs proches opĂ©raient constituait ce qu’il appelle « une zone d’extermination » — un terme qui dĂ©crit une situation dans laquelle les forces ennemies disposaient d’une supĂ©rioritĂ© locale totale et d’une libertĂ© d’action complète pendant plusieurs heures. « Ils nous ont cachĂ© cette information. Quand j’ai compris ce fait, j’ai commencĂ© Ă  enquĂŞter, et Tsahal a un problème — oui, la mĂŞme armĂ©e qui n’Ă©tait pas lĂ  ce matin de samedi, elle a un problème. La culture du mensonge se trouve presque dans chaque recoin. Elle s’est solidifiĂ©e et enracinĂ©e Ă  des niveaux qui nous prendront des annĂ©es Ă  corriger. »

La mère de Ran GoaĂŻli, pour sa part, a dĂ©crit des sĂ©ances d’enquĂŞte oĂą on « l’avait embrouillĂ©e », des tĂ©moignages qui ne correspondaient pas Ă  la rĂ©alitĂ©, et une certitude progressivement construite que nul, dans la chaĂ®ne hiĂ©rarchique, ne s’assignerait spontanĂ©ment une part de responsabilitĂ©.

Hazut a conclu par une note personnelle inattendue, comme pour sceller son ambivalence : « Après le 7 octobre, j’ai compris que je resterai soldat de l’État d’IsraĂ«l pour toujours. » Une phrase qui dit simultanĂ©ment le dĂ©sespoir et la fidĂ©litĂ© — le refus d’abandonner une institution dont il reconnaĂ®t lui-mĂŞme les failles profondes.

Pour aller plus loin, retrouvez notre article sur les révélations concernant le financement du Hamas par Israël via le Qatar à la veille du 7 octobre ainsi que notre enquête sur la mort des soldates observatrices à la base de Nahal Oz le 7 octobre.