Le secteur des affaires et le système financier sont en alerte pour une discussion de fond qui se tiendra demain au sein de la commission de la Constitution, des lois et de la justice de la Knesset. Il s’agit d’un projet de loi selon lequel l’administration fiscale recevra rĂ©gulièrement des informations financières sur les comptes des entreprises en IsraĂ«l, et pourra Ă©galement recevoir des informations sur les clients privĂ©s selon diffĂ©rentes sections qu’elle dĂ©finira. Il s’agit d’une Ă©norme base d’informations, qui donnera un pouvoir important Ă l’administration fiscale, et dont le but est de lutter contre l’argent noire en IsraĂ«l.
Cette proposition faisait partie de la « loi sur les arrangements » et en a Ă©tĂ© rĂ©cemment retirĂ©e suite Ă la position de conseil juridique de la Knesset sur la question. Comme il s’agit d’un projet de loi controversĂ©, ayant des implications sur des questions liĂ©es Ă la protection de la vie privĂ©e, la commission de la Knesset a acceptĂ© la position du conseiller juridique et a dĂ©cidĂ© de la scinder et de la faire passer par un processus lĂ©gislatif distinct. Dès demain, avant le retour de la Knesset, la Commission de la Constitution tiendra une discussion sur la question afin de faire avancer le processus lĂ©gislatif.
Les informations qui seront transmises Ă l’administration fiscale lui permettront de mieux surveiller les mouvements d’argent, tant dans le secteur des entreprises que dans le secteur privĂ©, crĂ©ant ainsi un effet dissuasif contre l’Ă©vasion fiscale et amĂ©liorant le recouvrement des impĂ´ts. La « loi sur les arrangements » stipule que cette dĂ©cision devrait rapporter au gouvernement environ 100 millions de NIS en 2024 et 800 millions de NIS par an après la mise en Ĺ“uvre complète de la loi.
La pression du ministère des Finances pour amĂ©liorer le recouvrement des impĂ´ts s’est intensifiĂ©e dans la pĂ©riode rĂ©cente Ă la lumière du ralentissement apparent de l’Ă©conomie , qui s’Ă©tait dĂ©jĂ manifestĂ© par une baisse des recettes fiscales de 4,4% au premier trimestre de l’annĂ©e. Des inquiĂ©tudes ont rĂ©cemment Ă©tĂ© exprimĂ©es selon lesquelles la baisse continue attendue des recettes fiscales pourrait mĂŞme conduire Ă la rĂ©ouverture du budget de l’État , qui est actuellement en cours d’approbation. En tout Ă©tat de cause, la nĂ©cessitĂ© d’amĂ©liorer le recouvrement des recettes fiscales au cours de cette pĂ©riode donne une impulsion Ă l’avancement rapide de cette loi.
Des sources du système financier ont estimĂ© qu’il y a de fortes chances que cette proposition passe cette fois, puisque la personne qui dirige le ComitĂ© de la Constitution est le dĂ©putĂ© Simcha Rothman (Sionisme religieux), membre du parti du ministre des Finances Bezalel Smotrich, et l’un de ses associĂ©s.
Les opposants Ă ce projet de loi craignent qu’il n’hĂ©site pas Ă promouvoir Ă©galement rapidement cette proposition, pourtant controversĂ©e. D’un autre cĂ´tĂ©, il est possible que Rothman ait tirĂ© des conclusions des Ă©vĂ©nements de la session prĂ©cĂ©dente et se soit peut-ĂŞtre rendu compte que la promotion d’une lĂ©gislation sur une question sensible pouvait en fait conduire Ă son gel.
Selon le projet de loi, les entitĂ©s financières (banques, sociĂ©tĂ©s de cartes de crĂ©dit, sociĂ©tĂ©s d’investissement, etc.) seront tenues de transfĂ©rer Ă l’administration fiscale des informations concernant les activitĂ©s financières de leurs clients. La proposition est divisĂ©e en deux parties : le transfert rĂ©gulier d’informations, selon lequel chaque entitĂ© financière devra transfĂ©rer Ă l’administration fiscale deux fois par an des informations sur les comptes bancaires du secteur des entreprises – le montant qui est entrĂ© et le montant qui a quittĂ© le comptes.
La deuxième partie de la proposition, et la plus problĂ©matique, est que l’administration fiscale aura le pouvoir d’exiger des entitĂ©s financières, en particulier les banques, le transfert d’informations sur leurs clients, alors que cette fois, il s’agit Ă©galement de clients privĂ©s. La demande d’informations se fera selon des modèles, c’est-Ă -dire une demande d’informations sur les comptes selon certaines caractĂ©ristiques et selon des signes suspects. Ainsi, par exemple, l’AutoritĂ© pourra demander aux institutions financières des donnĂ©es sur les personnes qui reçoivent des fonds d’un montant inhabituel par le biais d’applications de paiement.
Le projet de loi a Ă©tabli des mĂ©canismes pour limiter cet Ă©norme pouvoir, comme la nĂ©cessitĂ© d’obtenir l’approbation d’un comitĂ© spĂ©cial et l’approbation de l’ombudsman pour que le gouvernement reçoive l’information : qui seraient les fonctionnaires du fisc qui serait exposĂ©e Ă l’information, et combien de temps l’information serait conservĂ©e, mais cette proposition suscite tout de mĂŞme pas mal de critiques et d’inquiĂ©tudes, et Ă ce jour, le TrĂ©sor n’a pas Ă©tĂ© en mesure de la transfĂ©rer.
Le TrĂ©sor a tentĂ© de promouvoir la proposition en 2015, alors mĂŞme qu’elle figurait dans la loi sur les règlements, s’en est sĂ©parĂ©e en une procĂ©dure lĂ©gislative normale, et est tombĂ©e en raison des objections de diverses entitĂ©s juridiques, centrĂ©es sur l’avis juridique de la Constitution, de la loi et Commission de justice, au sein de laquelle la loi a Ă©tĂ© discutĂ©e.
L’administration fiscale a fait une autre tentative dans le cadre de la loi d’arrangements pour les annĂ©es 2022-2021. En fin de compte, le ministère des Finances, alors dirigĂ© par Avigdor Lieberman, a dĂ©cidĂ© de ne pas faire avancer la lĂ©gislation, mais il est rĂ©cemment revenu Ă nouveau dans la loi actuelle sur les règlements.
Comme mentionnĂ©, le conseiller juridique de la Knesset, Sagit Afik, a demandĂ© que cette proposition soit retirĂ©e de la « loi sur les arrangements » et adoptĂ©e par la lĂ©gislation ordinaire. Dans le raisonnement, il Ă©tait Ă©crit au nom du conseil juridique de la Knesset : « C’est un arrangement qui cause de rĂ©elles difficultĂ©s, qui doivent ĂŞtre traitĂ©es de manière large et profonde. Parmi les autres difficultĂ©s que « loi sur les arrangements » propose cause des dommages Ă la confidentialitĂ© financière, la crĂ©ation d’un profilage des diffĂ©rents groupes de citoyens et la crĂ©ation d’une double et triple rĂ©glementation sur les entitĂ©s financières.
La commission de la Knesset a acceptĂ© la position de l’ombudsman et a dĂ©cidĂ© que les sections suivraient une procĂ©dure lĂ©gislative distincte de la « loi sur les arrangements ». Cependant, comme mentionnĂ© dans le système financier, ils ont Ă©tĂ© surpris que la procĂ©dure lĂ©gislative soit dĂ©jĂ en cours. Le ministère des Finances et l’administration fiscale rejettent les allĂ©gations de violation de la vie privĂ©e. Selon eux, recevoir les informations sur le secteur des entreprises est lĂ©gitime, car aujourd’hui les entreprises sont tenues de dĂ©clarer leurs revenus et dĂ©penses. Recevoir les informations sur les comptes bancaires sera s’assurer que leurs rapports sont corrects et servira d’outil important pour dissuader l’Ă©vasion fiscale.
Quant aux informations sur les clients privĂ©s, les sources ajoutent que des conditions et des limites ont Ă©tĂ© fixĂ©es pour recevoir les informations, tout d’abord l’approbation du mĂ©diateur du gouvernement. En outre, elles mentionnent que la rĂ©ception de l’information est similaire Ă celle de l’information qui est actuellement transfĂ©rĂ© dans le cadre des règles FATCA et CRS (normes internationales pour l’Ă©change d’informations avec les États-Unis) et avec les pays de l’OCDE), selon lesquelles les banques Ă©trangères transfèrent les informations sur les comptes bancaires des IsraĂ©liens Ă l’administration fiscale. « De telles informations circulent dĂ©jĂ vers les IsraĂ©liens depuis des banques Ă l’Ă©tranger, pourquoi ne pas nous aligner et les recevoir Ă©galement des organismes locaux ? », note une source proche de la lĂ©gislation.
Comme mentionnĂ©, le but de la section est une guerre contre le capital noir, qui est considĂ©rĂ© comme l’un des points faibles de l’Ă©conomie israĂ©lienne. Le ministère des Finances avait prĂ©cĂ©demment estimĂ© qu’il constituait plus de 20 % du PIB et qu’il avait considĂ©rablement augmentĂ© pendant la pĂ©riode de Corona.
Aujourd’hui, l’administration fiscale ne peut obtenir des informations sur les opĂ©rations sur les comptes bancaires d’une entreprise ou d’une personne particulière que si elle a des soupçons prĂ©cis Ă son encontre, et avec l’approbation du tribunal. Il ne fait aucun doute qu’une telle mesure amĂ©liorera considĂ©rablement la capacitĂ© de l’administration fiscale Ă lutter contre le capital noir (en supposant qu’elle dĂ©veloppera Ă©galement simultanĂ©ment des outils pour traiter les Ă©normes quantitĂ©s d’informations qui lui parviendront) et amĂ©liorera sa capacitĂ© Ă dissuader .
Mais encore, devant le vĂ©ritable objectif de la guerre au capital noir, la question se pose de savoir s’il ne s’agit pas d’un outil trop agressif pouvant porter atteinte Ă la vie privĂ©e du public. Dans tous les cas, il reste Ă espĂ©rer que ce sujet fera l’objet de discussions multiples et approfondies en commission et d’une rĂ©ponse aux diffĂ©rentes questions avant l’approbation de la lĂ©gislation.





