Le Grand Rabbin Sépharade contre la Cour Suprême : « Le Commandement du front intérieur comprend la sécurité, la Cour Suprême comprend l’abandon

Le matin du 5 avril 2026, au Mur occidental ouvert en format restreint de 50 personnes en raison de la guerre, le Grand Rabbin Sépharade d’Israël, le Rav David Yossef, a prononcé des mots qui ont immédiatement circulé bien au-delà du cercle de ceux qui l’écoutaient. Sa cible : la Cour Suprême d’Israël, qui avait autorisé la veille la tenue d’une manifestation place Habima à Tel Aviv — une manifestation au cours de laquelle un homme d’une cinquantaine d’années s’était effondré inconscient lors de la descente vers un abri, dans la confusion d’une alerte de missiles.

La formule du Rav Yossef est tranchante : « Le Commandement du front intérieur comprend la sécurité, la Cour Suprême comprend l’abandon. » En hébreu, le mot employé pour « abandon » — hefkerout — porte une connotation de désordre moral et d’irresponsabilité profonde. Ce n’est pas une critique technique d’une décision juridique. C’est un jugement moral sur une institution.

Deux décisions, deux logiques

Le contraste que le Rav Yossef met en scène est celui-ci : le Commandement du front intérieur, autorité militaire et sécuritaire, limite l’accès au Mur occidental à 50 personnes simultanément, pour des raisons de sécurité dans un contexte de guerre active — missiles iraniens, alertes régulières, abris sollicités. La Cour Suprême, elle, a autorisé une manifestation publique de grande ampleur place Habima, dans le même contexte sécuritaire.

Le résultat concret de cette autorisation : lors d’une alerte de missiles survenue pendant la manifestation, des centaines de personnes ont convergé vers les abris souterrains de la place. Dans ce mouvement de foule, un homme de 50 ans s’est effondré. Des vidéos montrent un policier empêchant un médecin de lui porter secours — un incident que la police a démenti mais que les images semblent contredire.

La Cour Suprême, cible d’un débat qui dure

La critique du Rav Yossef s’inscrit dans un débat structurel qui déchire la société israélienne depuis plusieurs années : le rôle et les limites du pouvoir judiciaire, et en particulier de la Cour Suprême, dans un pays sans constitution formelle. Ce débat a atteint son paroxysme avec la réforme judiciaire de 2023, qui avait déclenché des mois de manifestations massives. Il ne s’est jamais vraiment éteint.

Dans ce contexte, la décision d’autoriser une manifestation en temps de guerre — avec les risques sécuritaires qu’elle implique pour les participants eux-mêmes — est lue par une partie de la société israélienne comme une preuve supplémentaire que la Cour Suprême place la liberté de manifestation au-dessus de la sécurité physique des citoyens. Une lecture que d’autres, évidemment, contestent au nom des libertés fondamentales.

Le Mur et la place Habima

L’image que construit le Rav Yossef est aussi spatiale : d’un côté, le Mur occidental, espace de prière et de recueillement, ouvert à 50 personnes dans la dignité et la prudence. De l’autre, la place Habima, espace politique, autorisé à une foule que les missiles ont contrainte à se précipiter dans des abris. Les deux images disent quelque chose sur les priorités de chacune des institutions concernées — et sur la fracture qui traverse une société israélienne en guerre, divisée sur elle-même autant que sur ses ennemis.

Ce que le Rav Yossef a dit ce matin-là au Mur occidental ne restera pas sans réponse. Le débat sur le rôle de la Cour Suprême en temps de guerre est loin d’être clos.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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