Le haut responsable estime : voici le jour oĂą la guerre avec l’Iran reprendra

Il existe des moments oĂą l’analyse gĂ©opolitique cesse d’ĂŞtre une affaire d’experts et devient une question concrète, presque intime : quand exactement les missiles vont-ils reprendre ? C’est prĂ©cisĂ©ment la question Ă  laquelle le Dr Eyal Hulata, ancien chef du Conseil de sĂ©curitĂ© nationale (מל »ל) d’IsraĂ«l, a tentĂ© de rĂ©pondre dans une interview accordĂ©e lundi matin Ă  la radio 103FM, en compagnie des journalistes Nissim Mishal et Amikhai Atali.

Sa rĂ©ponse n’Ă©tait pas Ă©vasive. Hulata, qui connaĂ®t les rouages des dĂ©cisions stratĂ©giques israĂ©lo-amĂ©ricaines de l’intĂ©rieur, a dĂ©signĂ© un marqueur temporel prĂ©cis : la visite de Donald Trump Ă  PĂ©kin. Tant que le prĂ©sident amĂ©ricain n’a pas achevĂ© ce voyage en Chine, la probabilitĂ© d’une reprise immĂ©diate des opĂ©rations militaires contre l’Iran reste, selon lui, modĂ©rĂ©e. Mais dès que l’Air Force One dĂ©collera de la capitale chinoise, la donne pourrait changer radicalement.

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Le calendrier de Trump comme baromètre de guerre

La logique dĂ©veloppĂ©e par Hulata est d’une prĂ©cision presque horlogère. Trump, explique-t-il, tentera d’abord d’utiliser le levier diplomatique que reprĂ©sente PĂ©kin. La Chine est, de loin, le principal importateur de pĂ©trole iranien — pratiquement le seul acheteur de taille encore actif depuis le dĂ©but des hostilitĂ©s et le blocus maritime amĂ©ricain. Dans cette configuration, les Chinois disposent d’un levier Ă©conomique considĂ©rable sur TĂ©hĂ©ran, et Washington le sait parfaitement.

Ainsi, Trump ne lancerait pas de nouvelle offensive tant qu’il n’a pas sondĂ© les dirigeants chinois sur leur volontĂ© d’exercer une pression supplĂ©mentaire sur l’Iran pour le ramener Ă  la table des nĂ©gociations. Si la visite Ă  PĂ©kin dĂ©bouche sur un engagement concret de la part de Xi Jinping — une forme de conditionnalitĂ© sur les importations pĂ©trolières, par exemple —, alors le front diplomatique reste vivant et les frappes sont repoussĂ©es. Dans le cas contraire, la machine militaire reprend ses droits.

Hulata a mĂŞme avancĂ© un scĂ©nario prĂ©cis : si Trump tente un dernier tour de vis diplomatique lors de sa visite et Ă©choue, alors le samedi suivant le retour du prĂ©sident amĂ©ricain pourrait ĂŞtre le jour oĂą les nouvelles que tout le monde redoute — ou anticipe — tomberont. « Ce pourrait bien ĂŞtre les nouvelles du week-end », a-t-il dĂ©clarĂ©, avec une directness inhabituellement concrète pour quelqu’un de son rang.

Hormuz, la vraie ligne rouge

Au cĹ“ur de cet engrenage se trouve le dĂ©troit d’Hormuz. Pour Hulata, ce passage maritime est devenu, dans l’esprit de Trump, le symbole mĂŞme de la volontĂ© iranienne de lui tenir tĂŞte. Tant que l’Iran contrĂ´le ou menace ce goulet par lequel transite une part massive des exportations pĂ©trolières mondiales, Trump y voit une forme d’humiliation personnelle et stratĂ©gique.

« De son point de vue, la rĂ©ouverture du dĂ©troit d’Hormuz est devenue le symbole de la rĂ©ussite iranienne Ă  le faire plier », a expliquĂ© Hulata. Cette lecture psychologique du prĂ©sident amĂ©ricain est essentielle pour comprendre pourquoi les nĂ©gociations en cours patinent : TĂ©hĂ©ran exige la levĂ©e des sanctions et la fin permanente de la guerre comme conditions prĂ©alables Ă  toute discussion sur le nuclĂ©aire, tandis que Washington refuse de lâcher ces leviers de pression avant d’obtenir des garanties concrètes.

L’impasse est structurelle. Et selon Hulata, elle ne peut se rĂ©soudre que de deux manières : soit par un accord diplomatique que les deux parties auront du mal Ă  prĂ©senter comme une victoire Ă  leurs opinions intĂ©rieures respectives, soit par une nouvelle vague de frappes destinĂ©es Ă  remettre la pression sur TĂ©hĂ©ran.

Un arsenal prĂŞt, des cibles connues

Ce qui rend le scĂ©nario de reprise crĂ©dible aux yeux de l’ancien chef du Conseil de sĂ©curitĂ© nationale, c’est l’Ă©tat de prĂ©paration militaire. Hulata a confirmĂ© que Tsahal et le CENTCOM amĂ©ricain disposent d’une banque de cibles large et mise Ă  jour, qui comprend notamment les installations d’enrichissement d’uranium — mais aussi, de manière symboliquement forte, les infrastructures liĂ©es au contrĂ´le du dĂ©troit d’Hormuz.

La logique opĂ©rationnelle serait donc double : frapper les capacitĂ©s militaires iraniennes tout en envoyant un message Ă©conomique massif aux puissances qui dĂ©pendent du pĂ©trole du Golfe. C’est une stratĂ©gie de coercition plus que de destruction — forcer TĂ©hĂ©ran Ă  nĂ©gocier depuis une position d’encore plus grande faiblesse qu’aujourd’hui.

Le contexte diplomatique lui donne une certaine cohĂ©rence. Les pourparlers tenus au Pakistan entre des dĂ©lĂ©gations amĂ©ricaines et iraniennes n’ont pas produit de percĂ©e. Washington a proposĂ© de dĂ©geler 25% des avoirs iraniens gelĂ©s selon un calendrier dĂ©fini ; TĂ©hĂ©ran exige la totalitĂ©. Sur le nuclĂ©aire, l’Iran affirme ne pas vouloir renoncer Ă  ses droits en vertu du TraitĂ© de non-prolifĂ©ration, tout en affirmant que les dĂ©tails du dossier atomique ne sont pas encore Ă  l’ordre du jour — une position qui, du cĂ´tĂ© amĂ©ricain, est perçue comme de la mauvaise foi.

Trump lui-mĂŞme a confiĂ© Ă  ses conseillers qu’une attaque contre des soldats amĂ©ricains constituerait la ligne rouge absolue dĂ©clenchant la fin du cessez-le-feu. Pour l’heure, le dĂ©licat Ă©quilibre entre la pression militaire, les pourparlers diplomatiques et les calculs Ă©lectoraux de chaque camp maintient une paix de papier dans la rĂ©gion. Mais comme le dit Hulata avec un sens remarquable de la formule, quand le prĂ©sent ressemble Ă  une parenthèse, ce sont les nouvelles du week-end qui Ă©crivent l’histoire.

Pour aller plus loin sur les enjeux stratĂ©giques autour de l’Iran, retrouvez sur notre site : 👉 Le dĂ©troit d’Hormuz au cĹ“ur d’une manĹ“uvre diplomatique française 👉 L’Iran et ses ressources pĂ©trolières sous pression de guerre