Si Khamenei persiste dans son refus de négocier, Trump sera confronté à un dilemme difficile : s’il ne réalise pas l’attaque militaire promise, plus personne ne croira ses menaces ; s’il attaque, toute la région pourrait s’embraser, comme l’a promis l’Iran.

Lors de son deuxième mandat, le président Donald Trump a développé un mode opératoire en matière de relations internationales qui atteint son paroxysme sur la question du programme nucléaire iranien. L’élément le plus marquant de cette approche est sa personnalité, qui joue un rôle clé dans la gestion de sa politique. Trump est un dirigeant agressif qui aime imposer des décisions drastiques et surprenantes, aussi bien à ses adversaires qu’à ses alliés. Il utilise régulièrement des menaces pour parvenir à ses objectifs, avertissant que si ses exigences ne sont pas respectées, « les portes de l’enfer s’ouvriront » ou « quelque chose de très grave arrivera ». Il promet aux dirigeants récalcitrants que la réaction américaine sera « la plus grande et la plus sévère qu’ils aient jamais connue ».

Ses exigences sont extrêmes. Il aime briser les paradigmes et proposer des solutions révolutionnaires à des problèmes complexes qui préoccupent la scène internationale depuis des décennies. Il est impatient, recherche des résultats rapides et spectaculaires, et veut être pris au sérieux. Il utilise les médias pour diffuser ses menaces et ses demandes et les répète lors de conférences de presse.

Trump a présenté des exigences radicales et inhabituelles, comme la réinstallation forcée des habitants de Gaza, l’annexion du Groenland, la récupération du canal de Panama sous contrôle américain, l’intégration du Canada comme 51e État des États-Unis, et l’imposition de lourdes taxes, notamment sur les voisins et alliés de l’Amérique. Concernant l’Iran, il exige un démantèlement total de l’infrastructure nucléaire, même civile. C’est un changement significatif par rapport à la position adoptée par Obama et Biden, qui voulaient simplement geler le programme nucléaire iranien. Trump, lui, veut l’éliminer.

Les dons sont la bienvenue en cette situation particulièrement difficile  :

https://infos-israel.news/soutenez-infos-israel-news/

Dans ce contexte, une dangereuse partie de ping-pong de menaces et d’actions a commencé entre Washington et Téhéran. Il y a quelques semaines, Trump a envoyé une lettre au Guide suprême Ali Khamenei, l’invitant à des négociations pour parvenir à un nouvel accord nucléaire. La Maison-Blanche ne l’a pas publiée, mais son contenu a été révélé par Sky News Arabia. Dans cette lettre, Trump proposait une coopération et un respect mutuel :

« Il est temps d’ouvrir une nouvelle page de coopération et de respect mutuel. Nous avons une opportunité historique devant nous. »

Mais il y ajoutait une menace :

« Si vous refusez cette main tendue et que votre régime choisit l’escalade, continue son soutien au terrorisme et s’engage dans des aventures militaires, la réponse sera rapide et décisive. Nous ne resterons pas les bras croisés face aux menaces de votre régime contre notre peuple et nos alliés. »

L’Iran a répondu avec virulence. Khamenei a déclaré que « l’Iran ne négociera pas sous la menace » et a qualifié les États-Unis de « nation brutale ». Le président iranien Massoud Pezeshkian a été encore plus direct :

« Je ne négocierai pas avec toi, même sous la menace. Fais ce que tu veux, au diable tes menaces. »

Ces propos touchent aux nerfs les plus sensibles de Trump, qui déteste être défié. Dans sa réponse, l’Iran s’est dite prête à négocier mais uniquement « dans le respect mutuel » et sur la base de l’accord nucléaire de 2015 signé avec Obama. L’Iran a exclu toute discussion sur son programme de missiles et ses relations avec ses alliés régionaux.

Trump n’a pas apprécié cette réponse. Il s’attendait à ce que l’Iran cède rapidement et accepte de négocier. Il a peu de patience pour les processus longs et compliqués et veut des résultats immédiats. Il donne des ultimatums avec des échéances précises. Il avait exigé que le Hamas libère tous les otages israéliens avant le 5 mars 2025 à 12h00, mais le Hamas l’a ignoré. Concernant l’Iran, il lui a donné deux mois pour entrer dans des négociations sérieuses sur un nouvel accord nucléaire.

Face au refus iranien, Trump a intensifié sa rhétorique agressive et a émis de nouvelles menaces claires :

« Si l’Iran ne conclut pas un accord, nous la bombarderons d’une manière qu’elle n’a jamais vue auparavant. »

L’Iran a répondu :

« Nos missiles sont prêts. Si vous nous bombardez, vous recevrez une réponse douloureuse. »

Pour soutenir ses menaces, Trump a déployé des forces militaires massives dans la région. Il a envoyé des bombardiers stratégiques B-2 sur la base de Diego Garcia dans l’océan Indien. Ces avions peuvent transporter la plus lourde bombe conventionnelle américaine, capable de pénétrer les bunkers souterrains iraniens. En parallèle, il a envoyé un deuxième porte-avions, l’USS Carl Vinson, en mer Rouge. Chaque porte-avions américain équivaut à une base aérienne flottante.

L’Iran a également montré sa force en diffusant des vidéos montrant ses missiles entreposés dans des bunkers souterrains, affirmant que l’armée américaine ne pourrait pas les détruire.

Trump espère que ses menaces suffiront et qu’il n’aura pas besoin de les exécuter. Les deux camps préfèrent négocier plutôt que s’engager dans une confrontation militaire. Il est possible que cette escalade verbale et ces préparatifs militaires ne soient qu’un positionnement stratégique avant d’éventuelles discussions. Mais les écarts entre les deux parties sont immenses, et elles évoluent sur un fil très mince qui pourrait se rompre à tout moment.

Si Khamenei refuse de négocier, Trump se retrouvera dans un dilemme complexe :

  • S’il ne réalise pas l’attaque militaire qu’il a promise, plus aucun pays ne croira en ses menaces.
  • S’il attaque, toute la région risque de s’embraser, comme l’a averti l’Iran.

Il est incertain que le peuple américain soit prêt à entrer dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, alors que les cicatrices des échecs en Afghanistan et en Irak ne se sont pas encore refermées.

Malgré cette escalade militaire et verbale, la probabilité d’une négociation reste légèrement plus élevée que celle d’une attaque militaire américaine. Quel que soit le scénario, l’impact sur Israël sera considérable, et il est impératif de s’y préparer.