Plus d’un an après l’incident inhabituel dans lequel un avion de chasse F-35B des Marines amĂ©ricains a continuĂ© de voler seul après l’éjection du pilote, de nouveaux dĂ©tails Ă©mergent sur l’affaire. Ces informations ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es par le pilote lui-mĂŞme, le colonel Charles « Trey » Del Pizzo.
L’accident avait suscité une grande attention médiatique, y compris en Israël, car l’avion furtif avait mis plus de 30 heures à être retrouvé, ce qui avait conduit les Marines américains à publier une annonce officielle demandant l’aide du public pour localiser l’appareil.
L’incident s’est produit en septembre 2023, lors d’un vol d’entraĂ®nement de routine. Le pilote s’est Ă©jectĂ© et a Ă©tĂ© rapidement secouru, mais les Ă©quipes de recherche n’ont pas trouvĂ© immĂ©diatement l’Ă©pave du chasseur furtif. Finalement, après 30 heures, l’avion a Ă©tĂ© retrouvĂ© Ă 120 km du point oĂą le pilote s’Ă©tait Ă©jectĂ©, s’étant Ă©crasĂ© dans un champ en Caroline du Sud après avoir volĂ© en mode automatique.
« J’ai cru que l’avion allait me percuter »
Dans une rĂ©cente interview, le colonel Del Pizzo a expliquĂ© ce qui s’est passĂ© dans les airs ce jour-lĂ . Le 17 septembre 2023, il volait avec un autre F-35B dans le cadre d’un exercice de combat aĂ©rien. Après la fin de l’entraĂ®nement, alors qu’il rentrait Ă la base sous une mĂ©tĂ©o difficile avec de la pluie et du brouillard, plusieurs pannes sont survenues.
Le casque intelligent du F-35B s’est mis Ă clignoter, puis l’écran principal du cockpit s’est Ă©teint. Il a tentĂ© de manĹ“uvrer pour Ă©valuer la situation, mais lorsqu’il a voulu atterrir en mode vertical, l’écran s’est de nouveau Ă©teint et plusieurs alarmes de panne sont apparues. Ne pouvant plus voir Ă l’extĂ©rieur de l’appareil et avec un contrĂ´le limitĂ©, il a suivi le protocole du manuel de vol qui recommande l’éjection en cas de perte de contrĂ´le sous 6 000 pieds.
41 secondes après la première panne, Del Pizzo a tirĂ© la poignĂ©e d’Ă©jection. Pendant l’éjection, son casque et son masque ont Ă©tĂ© arrachĂ©s par le vent, et il a senti la pluie sur son visage avant que son parachute ne s’ouvre.
Lorsqu’il Ă©tait en l’air, il a entendu le bruit du moteur de l’avion et a craint que celui-ci ne le percute alors qu’il descendait en parachute. Finalement, il a atterri sain et sauf dans le jardin d’une maison et a demandĂ© Ă la famille sur place d’appeler le 911.
Pendant ce temps, l’avion a continué à voler en mode autonome pendant plus de 11 minutes avant de s’écraser. Une enquête a révélé que les systèmes automatiques de l’appareil avaient maintenu sa stabilité, mais que des pannes électriques majeures avaient affecté de nombreux instruments et la communication radio.
Trois enquêtes et un limogeage controversé
Deux enquêtes initiales ont confirmé que l’appareil avait subi une panne électrique critique qui avait conduit à la désorientation du pilote dans des conditions météorologiques difficiles. Elles ont souligné que la formation des pilotes ne préparait pas suffisamment à des situations similaires et que la plupart des pilotes expérimentés auraient pris la même décision de s’éjecter.
Cependant, une troisième enquĂŞte a conclu que le pilote avait commis une erreur de diagnostic et s’était Ă©jectĂ© alors que l’avion Ă©tait encore pilotable. Bien que les enquĂŞteurs aient confirmĂ© qu’il avait suivi les procĂ©dures sans comportement irresponsable, cette conclusion a conduit Ă son limogeage des Marines.
« On a renvoyé un homme à cause d’un communiqué de presse »
Le colonel Del Pizzo était un pilote très expérimenté, avec plus de 2 800 heures de vol sur 12 types d’avions militaires, 759 heures de combat et de nombreuses décorations. En avril 2024, il avait repris les vols sur F-35B après avoir guéri de ses blessures.
MalgrĂ© ses excellentes Ă©valuations, il a Ă©tĂ© licenciĂ© en octobre 2024, 103 jours après avoir pris un poste de commandement. Il critique la culture des Marines, affirmant qu’une approche basĂ©e sur la peur empĂŞche les pilotes de prendre des dĂ©cisions en situation critique.
Des pilotes interrogés sur son cas ont exprimé leur inquiétude : « On a renvoyé un homme à cause d’un communiqué de presse », a déclaré l’un d’eux. Un autre a averti que cela créait un dangereux précédent : « La solution la plus simple est toujours de blâmer le pilote. »
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