Ce n’est pas un commentateur anonyme sur les rĂ©seaux sociaux. C’est le ministre de la DĂ©fense en exercice d’un État nuclĂ©aire. Et ce qu’il a publiĂ© sur X dĂ©passe largement le cadre d’une critique de la politique israĂ©lienne.
Khawaja Muhammad Asif, ministre de la DĂ©fense du Pakistan, a postĂ© un message dans lequel il qualifie IsraĂ«l d’entitĂ© malĂ©fique et de malĂ©diction pour l’humanitĂ©, accuse l’État hĂ©breu de commettre un gĂ©nocide simultanĂ©ment Ă Gaza, en Iran et au Liban, et conclut en ces termes : il espère et prie pour que ceux qui ont créé ce qu’il appelle un État cancĂ©reux sur une terre palestinienne, afin de se dĂ©barrasser des Juifs europĂ©ens, brĂ»lent en enfer.
Légitime ou pas : la question posée est la mauvaise
La question « lĂ©gitime ou pas » mĂ©rite d’ĂŞtre reformulĂ©e. Il y a plusieurs niveaux Ă distinguer ici, et les confondre serait une erreur d’analyse.
La critique de la politique militaire israĂ©lienne — Ă Gaza, au Liban, vis-Ă -vis de l’Iran — est un dĂ©bat ouvert dans lequel des positions radicalement opposĂ©es coexistent dans l’espace dĂ©mocratique mondial. Des gouvernements, des organisations internationales, des juristes dĂ©battent des qualifications juridiques, des proportionnalitĂ©s, des responsabilitĂ©s. Ce dĂ©bat est lĂ©gitime, mĂŞme lorsqu’il est virulent.
Ce que publie Asif est d’une autre nature. Appeler Ă ce que des ĂŞtres humains identifiĂ©s par leur appartenance nationale et religieuse — les fondateurs d’IsraĂ«l, dĂ©signĂ©s comme « Juifs europĂ©ens » — brĂ»lent en enfer ne relève pas de la critique politique. Cela relève de l’appel Ă la haine, articulĂ© autour d’une dĂ©shumanisation ethnique et confessionnelle. La plupart des lĂ©gislations dĂ©mocratiques, et le droit international des droits de l’homme, qualifient ce type de discours de manière claire.
Le fait que l’auteur soit un ministre en exercice aggrave considĂ©rablement la portĂ©e de la dĂ©claration. Un ministre ne parle pas en tant que simple citoyen. Il parle depuis une fonction d’État, avec l’autoritĂ© symbolique que cela confère, et devant une audience qui interprète ses propos comme reflĂ©tant — au moins partiellement — une position institutionnelle.
Le Pakistan, Israël et la géopolitique régionale
Le Pakistan n’entretient aucune relation diplomatique avec IsraĂ«l. La position officielle d’Islamabad sur la question palestinienne est historiquement très ferme, et le soutien populaire Ă la cause palestinienne y est massif. Dans ce contexte, des dĂ©clarations hostiles Ă IsraĂ«l de la part de responsables pakistanais ne sont pas inĂ©dites.
Mais la mention des nĂ©gociations de paix en cours Ă Islamabad dans le mĂŞme message est significative. Elle suggère une tension interne au sein mĂŞme de la diplomatie pakistanaise : d’un cĂ´tĂ©, Islamabad accueille des pourparlers internationaux, se positionnant comme un acteur de mĂ©diation ; de l’autre, son ministre de la DĂ©fense publie un appel Ă la damnation des fondateurs d’un État membre de l’ONU. Ces deux postures sont difficiles Ă rĂ©concilier sur la scène internationale.
Ce que ce type de discours produit
Au-delĂ de la condamnation morale, il faut mesurer l’effet concret de ce type de dĂ©claration. Quand un ministre d’un pays de 240 millions d’habitants, dotĂ© de l’arme nuclĂ©aire, utilise sa plateforme officielle pour appeler Ă la brĂ»lure en enfer d’une population dĂ©finie par son origine et sa religion, il lĂ©gitime ce langage dans l’espace public. Il donne une caution d’autoritĂ© Ă des formulations qui, dans d’autres contextes, mèneraient Ă des procĂ©dures judiciaires.
Il normalise Ă©galement une rhĂ©torique qui efface la frontière entre critique politique — lĂ©gitime — et dĂ©shumanisation — qui ne l’est pas. Et dans un moment oĂą les tensions au Moyen-Orient atteignent un niveau d’intensitĂ© rarement observĂ©, ce type de langage ne contribue pas Ă crĂ©er les conditions d’un règlement. Il contribue Ă les dĂ©truire.
La rĂ©ponse Ă la question posĂ©e est donc la suivante : critiquer IsraĂ«l, mĂŞme durement, mĂŞme avec des mots très forts — c’est dans le champ du dĂ©bat politique. Prier pour que des Juifs brĂ»lent en enfer, c’est de l’antisĂ©mitisme. La diffĂ©rence n’est pas de degrĂ©. Elle est de nature.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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