L’espionnage iranien ne recrute plus seulement dans les marges. Il frappe au cœur de la capitale israélienne, en temps de guerre, par écrans interposés. L’affaire Moshe Lachovits, mise en accusation ce vendredi matin devant le tribunal de district de Jérusalem, en est la démonstration la plus récente — et la plus préoccupante.
La procurature du district de Jérusalem a déposé ce vendredi matin un acte d’accusation grave contre Moshe Lachovits, un résident de Jérusalem âgé d’environ 21 ans. Il lui est reproché d’avoir entretenu un contact avec un agent opérant pour le compte du renseignement iranien, et d’avoir exécuté pour lui diverses missions d’espionnage en échange de rémunération.
Le dossier judiciaire, présenté par l’avocat Yishai Zigman, décrit une trajectoire familière dans sa forme, mais particulièrement grave dans son contenu : Lachovits aurait pris contact avec un individu se présentant sous le nom de « Michael » alors qu’il cherchait un emploi. Dans ce cadre, il aurait été chargé de documenter et photographier divers sites à travers le pays, notamment à Jérusalem et à Ra’annana. En contrepartie, il aurait perçu des paiements en cryptomonnaies, pour un montant total de plusieurs milliers de dollars.
Ce détail — la rémunération en monnaie numérique — n’est pas anodin. Il s’inscrit dans un mode opératoire systématiquement documenté par les services israéliens ces derniers mois : l’utilisation de plateformes numériques pour transmettre des instructions, et le versement de sommes en cryptomonnaies, afin de masquer les flux financiers et de maintenir une distance opérationnelle entre Téhéran et ses recrues.
Un choix délibéré, en connaissance de cause
Ce qui distingue l’affaire Lachovits des simples cas de manipulation ou d’ignorance, c’est l’élément de conscience. À un certain stade, Lachovits aurait compris que « Michael » agissait en réalité pour le compte de l’Iran. Malgré cela, il aurait choisi de poursuivre la relation et de continuer à exécuter les missions confiées, destinées à alimenter la collecte de renseignements pour l’ennemi. Ce n’est pas la naïveté d’un jeune trompé par une identité fictive — c’est, selon l’accusation, un choix assumé en faveur d’une puissance hostile.
Plus troublant encore : son activité s’est poursuivie durant l’opération « Am Klavya » — c’est-à-dire en plein contexte de guerre entre Israël et l’Iran. Photographier des sites stratégiques pour Téhéran pendant que des missiles iraniens frappent le territoire israélien dépasse le cadre de l’opportunisme financier. Cela relève, selon les charges retenues, de la trahison en temps de conflit armé.
La procurature lui impute les infractions graves de contact avec un agent étranger et de transmission d’informations à l’ennemi. Une demande de placement en détention provisoire jusqu’à la fin de la procédure a également été déposée.
Un phénomène qui s’étend, une méthode qui se répète
L’affaire Lachovits n’est pas isolée. Elle intervient dans un contexte de révélations en cascade qui, depuis plusieurs mois, mettent en lumière l’ampleur du dispositif de recrutement iranien sur le sol israélien. Une enquête conjointe du Shin Bet et de l’unité centrale de police du district de Jérusalem a conduit à la mise en examen d’un autre résident de la capitale, âgé d’environ 21 ans également, pour des infractions de contact et d’espionnage au profit de services de renseignement iraniens. Il aurait été approché via un réseau social au cours de l’année 2025.
Dans cette autre affaire distincte, le suspect avait documenté des zones variées et stratégiques à travers le pays, recueilli des informations sensibles, et acheté du matériel photographique et d’autres équipements destinés à soutenir ses activités. La similitude des modes opératoires est frappante : contact numérique, missions de terrain, paiement en cryptomonnaies. Une chaîne rodée, reproductible, difficile à détecter avant qu’il ne soit trop tard.
Dans les milieux sécuritaires israéliens, on souligne que ces affaires illustrent le schéma d’action des acteurs iraniens, qui œuvrent au recrutement de citoyens israéliens via internet, en utilisant des plateformes numériques pour transmettre leurs instructions et leurs paiements via des crypto-actifs. Le Shin Bet et la police mettent en garde la population : tout contact avec des individus d’identité inconnue sur les réseaux sociaux peut constituer le premier maillon d’une opération de recrutement.
Quand l’ennemi frappe de l’intérieur
La stratégie iranienne révélée par ces affaires successives est d’une efficacité redoutable dans sa brutalité : plutôt que d’infiltrer les institutions par des moyens classiques, elle exploite la vulnérabilité économique et l’anonymat des plateformes numériques pour transformer des civils ordinaires en vecteurs de collecte de renseignements. Même lorsque la véritable identité du recruteur est connue du suspect, certains choisissent de maintenir le contact et de réaliser des missions opérationnelles sur le terrain. L’appât financier suffit, semble-t-il, à lever les dernières inhibitions.
Les services de sécurité israéliens rappellent que le recours aux réseaux sociaux pour contacter des citoyens israéliens sous de fausses identités constitue une méthode éprouvée des services de renseignement iraniens. Son utilisation comme plateforme de recrutement — même pour des tâches qui paraissent anodines en apparence — représente un vecteur accessible et efficace pour porter atteinte concrètement à la sécurité de l’État.
Dans ce contexte de guerre ouverte, chaque photographie d’un site sensible, chaque cartographie d’une zone stratégique transmise à Téhéran représente une brique supplémentaire dans l’édifice du renseignement adverse. L’affaire Lachovits n’est pas seulement celle d’un jeune Jérusalémite qui a fait le mauvais choix. Elle est le reflet d’une offensive systématique, patiente, numérique — menée depuis l’Iran jusque dans les rues de la capitale israélienne.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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