L’inflation en Argentine est endĂ©mique, le chĂ´mage est Ă©levĂ© et l’Ă©conomie du pays s’estompe. Le taux de pauvretĂ© dans ce pays d’AmĂ©rique du Sud est l’un des plus Ă©levĂ©s au monde, s’Ă©levant Ă plus de 40 %.
La situation Ă©conomique est en effet dĂ©sastreuse, mais pendant la Coupe du monde, les difficultĂ©s quotidiennes sont mises de cĂ´tĂ© : le succès de l’Ă©quipe dans les matchs de la Coupe du monde a aggravĂ© les ennuis, et les citoyens du pays retiennent leur souffle pour le match final demain (dimanche ) contre la France, qui pourrait se terminer par une troisième victoire en titre.
MĂŞme dans le système politique turbulent de l’Argentine, ils s’alignent sur l’ordre du jour et les dirigeants de l’opposition ont appelĂ© Ă un « cessez-le-feu » pendant la Coupe du monde. Ils ont rĂ©alisĂ© que pendant que l’Ă©quipe joue, le football est la chose la plus importante.
Selon la dernière mise Ă jour de l’indice des prix Ă la consommation, les donnĂ©es de novembre montrent que le taux d’inflation depuis le dĂ©but de l’annĂ©e est de 92,4 %. L’Argentine souffre d’une inflation Ă deux chiffres depuis des annĂ©es, mais en 2022, la situation s’est aggravĂ©e et la crainte est qu’Ă la fin de l’annĂ©e, un taux d’inflation Ă trois chiffres d’au moins 100 % soit enregistrĂ©.
Avant le dĂ©but du tournoi au Qatar, on a demandĂ© Ă Kelly Olmos, ministre argentine du Travail, si la baisse de l’inflation Ă©tait plus importante que la victoire en Coupe du monde. « Nous devons travailler sur l’inflation tout le temps, mais un mois ne fera pas une grande diffĂ©rence », a-t-elle dĂ©clarĂ© franchement. « D’un point de vue moral, Ă©tant donnĂ© que nous sommes tous argentins, nous voulons que l’Argentine soit championne. Le peuple argentin mĂ©rite vraiment d’ĂŞtre heureux. »
Olmos a comparĂ© la première victoire de l’Argentine Ă la Coupe du monde, qui s’est tenue en 1978 – lorsque la junte militaire contrĂ´lait le terrorisme dans le pays. « Nous vivions sous la dictature, nous Ă©tions persĂ©cutĂ©s et nous ne savions pas ce qui arriverait demain – mais l’Argentine a gagnĂ© et nous sommes sortis pour faire la fĂŞte dans les rues. Puis nous sommes revenus Ă la cruelle rĂ©alitĂ©. »
Les propos du ministre du Travail ont suscitĂ© des critiques, comme prĂ©vu, mais aussi largement exprimĂ© l’opinion publique. Les jours de la Coupe du monde, des foules d’Argentins sont venues en masse pour regarder les projections des matchs dans tout le pays, et des dizaines de milliers d’autres ont accompagnĂ© l’Ă©quipe au Qatar. Beaucoup d’autres ont dĂ» abandonner l’expĂ©rience et s’envoler pour le cher Qatar depuis un pays oĂą le salaire mensuel moyen est de 66 650 pesos (environ 390 dollars).
32% pensent que la Coupe du monde affectera aussi les élections
Dans un sondage rĂ©alisĂ© en novembre, plus de 75% des Argentins ont dĂ©clarĂ© qu’un succès Ă la Coupe du monde aurait un effet sur le moral national. 32% pensaient que la performance dans le tournoi affecterait les Ă©lections prĂ©sidentielles dans 10 mois.
« Les gens sont bien conscients des problèmes, mais le football et la situation Ă©conomique sont deux lignes qui ne se rejoignent pas », a dĂ©clarĂ© Ă l’AFP Lucrecia Persdiger, infirmière dans un hĂ´pital argentin, après la victoire de l’Ă©quipe en quart de finale contre les Pays-Bas. « Beaucoup de gens ont besoin de cette joie et en profitent au maximum. Ils savent que ce n’est que du football et sont bien conscients des problèmes. Ne pensez pas qu’ils sont stupides. »
Tony Molefesa, qui travaille comme designer, a dĂ©fini une victoire argentine lors de la finale de demain comme « un soulagement, une bouffĂ©e d’air frais et de joie – mĂŞme momentanĂ©e. Nous le mĂ©ritons ».
« J’ai vendu ma camionnette Toyota pour ĂŞtre ici », raconte Christian Machinelli, 34 ans, venu accompagner l’Ă©quipe d’Argentine Ă la Coupe du monde au Qatar. Dans la zone du marchĂ© de Doha, enveloppĂ© dans un drapeau argentin avec les photos de Lionel Messi et Diego Armando Maradona, il dĂ©clare : « Avec l’argent (de la vente de la voiture), je vis ici, et j’ai assez d’argent pour m’acheter une billet pour la finale. Il n’y a aucune explication Ă cela, aucune logique, sauf pour les Argentins, tout simplement. Nous sommes fous de football, et nous ferons tout ce qui est fou pour soutenir l’Ă©quipe. »
« L’avion et les billets pour les matchs coĂ»tent très cher, on a fait beaucoup d’efforts pour ĂŞtre là  », raconte la fan Viviana Rodriguez. « L’Argentine traverse une pĂ©riode très difficile politiquement et Ă©conomiquement. Tout est 10 fois plus cher. »
Rodriguez, 53 ans, et son fils, Lautero, 20 ans, ont participĂ© Ă une manifestation Ă Doha oĂą ils ont appelĂ© la FIFA (l’Association internationale de football) Ă vendre des billets Ă des prix Ă©quitables pour le match final. « Ils demandent un montant Ă©gal au montant d’une voiture neuve. C’est une aubaine », dit le fils Ă Utro, et craint de rater le match Ă l’issue duquel Messi pourrait soulever le trophĂ©e.Â
Au marchĂ© et Ă Doha, habitants et touristes regardent une jeune Argentine portant le maillot de l’Ă©quipe nationale, jonglant avec une balle. Sur le trottoir, elle a placĂ© un chapeau et une pancarte indiquant qu’elle cherchait un billet pour la finale. Les passants admirant ses talents de footballeuse sortent une petite monnaie de leur portefeuille et la placent dans son chapeau.
« Le football est tout pour moi », dĂ©clare Belen Godoy, 24 ans, qui est Ă Doha depuis un mois et a assistĂ© Ă presque tous les matchs de l’Argentine. « J’ai quittĂ© ma famille, j’ai dĂ©pensĂ© toutes mes Ă©conomies. Je vais retourner Ă Buenos Aires et je ne sais pas comment je vais payer le loyer, mais personne ne peut me retirer ce que j’ai vĂ©cu. »









