Il y a quelquefois dans la vie des choses surprenantes sur lesquelles d’ailleurs il serait bon de s’attarder pour y rĂ©flĂ©chir. Regardez, par exemple en anglais « to trump » signifie l’emporter sur, surpasser, prendre le dessus sur, devancer. On traduira ainsi Economic interests Trump security concerns par : les intĂ©rĂŞts Ă©conomiques priment sur les impĂ©ratifs de sĂ©curitĂ©. C’est fou comme tout cela nous fait penser au PrĂ©sident des Etats-Unis !
Regardez encore, la devise de Donald Trump c’est -et on le sait tant elle a Ă©tĂ© exprimĂ©e par son auteur- « Make America great again » ou « Maga ». Qu’est-ce que cela signifie au fond ? Cela signifie que Donald Trump est tout Ă fait conscient de ce que plusieurs politologues expriment depuis longtemps maintenant, Ă savoir que les Etats-Unis sont sur la voie de l’amenuisement, de devenir en fait une puissance, sinon ordinaire, du moins mal partie pour rester la première du monde. Or, du fait de son caractère bien trempĂ©, le prĂ©sident des Etats-Unis ne peut se rĂ©soudre Ă ce constat qui est pour lui une horrible douleur :
« Les Etats-Unis sont une puissance hégémonique en déclin, et ce déclin est structurel, non conjoncturel » Immanuel Wallerstein, théoricien du système monde, entretiens et essais, années 2000)
« L’AmĂ©rique n’est plus un centre organisateur du monde ; elle est devenue une puissance impĂ©riale » nĂ©gative, dont l’action accĂ©lère sa propre dĂ©cadence » Emmanuel Tood dans Après l’empire, 2002
« Les Etats-Unis suivent la trajectoire classique des empires : sur expansion militaire, affaiblissement démocratique et déclin final » Chalmers Johnson dans The Sorrows of Empire,2004.
Ce constat, dont il est tout Ă fait conscient, dĂ©sespère Donald Trump jusqu’Ă le rendre irascible, certains diront mĂŞme, agressif et ils ajouteront qu’il est ainsi poussĂ© Ă la dĂ©monstration théâtrale et que cette dĂ©monstration théâtrale vire Ă la surenchère. Qu’on me pardonne ma sincĂ©ritĂ© mais je dĂ©cèle dans ses mimiques, les mimiques de Mussolini ; je dĂ©cèle le mĂŞme complexe de supĂ©rioritĂ© que celui de Mussolini quand il attaque l’Ethiopie pour se venger de la dĂ©faite de l’Italie Ă Adoua le 1er mars 1896 : il lui faut Ă tous prix effacer aux yeux du public international la chute qu’il sent et sait inĂ©luctable de son pays pour le hisser Ă ce qu’il Ă©tait auparavant. En fait, il faut voir lĂ un complexe d’infĂ©rioritĂ© qu’il ne peut s’empĂŞcher de surpasser par une action ou des actions de grande ampleur sur le plan international. Sa devise est plus que MAGA qu’on peut très bien apprĂ©hender comme une devise sage de politique intĂ©rieure, une politique qui cherche Ă rĂ©sorber les problèmes dont le plus important est le laisser-aller gĂ©nĂ©ral qui ressemble en certains endroits du pays Ă une vĂ©ritable dĂ©chĂ©ance comme dans les rues de Philadelphie oĂą la drogue règne en maĂ®tre. En fait, la devise de Donald Trump est plutĂ´t : « Make America Even Greater Than Before » faire l’AmĂ©rique encore plus grande qu’avant. Il s’agit de transformer un dĂ©sespoir en une exaltation fougueuse qui va dĂ©passer une politique logique et normale de redressement national.
Car aujourd’hui, il n’est plus question de la vision messianique du monde dont se croyaient investis les AmĂ©ricains du XIXème siècle et qu’ils appelaient la « DestinĂ©e manifeste ». Avec Donald Trump, c’est autre chose : la mission a perdu son aspect mystique, sa connotation divine, elle est sĂ©cularisĂ©e, elle est donc exaltation pure, refus de la vie stagnante, pourrissante et enfermant qui pousse Ă l’ennui et mĂŞme Ă l’absurde qu’a si bien dĂ©fini Camus. Elle est un Ă©tat d’esprit. Il y a dans l’âme du PrĂ©sident des Etats-Unis, un peu de futurisme italien qui, cela dit au passage, a inspirĂ© Mussolini et dont le Manifeste en 1909 dĂ©clarait entre autres : « Nous voulons glorifier la guerre -seule hygiène du monde- le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes … ». Il suffit d’Ă©couter Donald Trump pour en ĂŞtre convaincu :
« … maintenant, c’est notre moment de prendre en main la cause juste de la libertĂ© amĂ©ricaine, et c’est notre tour de saisir la destinĂ©e des Etats-Unis et de commencer les jours les plus exaltants de l’histoire de notre pays … Nous allons conduire cette nation encore plus haut … et nous allons forger la civilisation la plus libre, la plus avancĂ©e, la plus dynamique et la plus dominante jamais existĂ©e sur la surface de la terre ».
Alors, comment tout cela va t-il se traduire et comment tout cela a t-il d’ailleurs commencĂ© Ă se traduire ? Tout simplement par une dynamique, un mouvement en avant alimentĂ©s Ă©videmment par une horreur de la stagnation ! C’est ainsi, qu’après l’enlèvement de Maduro, le PrĂ©sident des Etats-Unis va montrer au monde … tout l’amour qu’il porte aux Ă®les !!! Étrange affirmation diront certains. Pas tant, car pour l’heure, c’est sur le Groenland qu’il a mis son dĂ©volu et il y a tout lieu de croire qu’il va parvenir Ă ses fins car ce n’est pas ce petit pays insignifiant, le Danemark qui disait il y a peu se sentir plus proche de Washington que de Paris, qui prĂ©fère acheter encore aujourd’hui, en tant qu’EuropĂ©en farouche ! des F35 plutĂ´t que des Rafale et qui, Ă´ sublime dĂ©lice, implore aujourd’hui Ă la France ses soldats ! … qui va pouvoir s’opposer Ă l’oncle Sam ! Il est vrai que peut-ĂŞtre avant, fera t-il un geste pour aider ce pauvre peuple iranien Ă se dĂ©barrasser de ces malades mentaux que sont les mollahs ce qui contribuerait bien sĂ»r Ă l’apaisement des relations au Moyen-Orient et permettrait surtout Ă IsraĂ«l de vivre enfin un peu tranquille après toutes les annĂ©es de douleur vĂ©cues depuis sa crĂ©ation en 1948. C’est du moins ce qu’il faut espĂ©rer. Donc, et vous l’aurez compris, il ne s’agit pas ici d’accabler Donald Trump mais d’essayer de comprendre les dessous de sa politique internationale. Il se veut fort et veut, sans complexe, que son pays redevienne fort parce qu’il sait qu’il devient faible et les faibles d’ailleurs, il les exècre.
Alors, après le Groenland, -qui est donc une Ă®le- et toujours pour faire face aux ambitions de Poutine qui ressemblent tant aux siennes (c’est pour cela qu’il l’aime bien !) mais qu’il craint finalement, il va en toute logique se tourner vers la petite Norvège dont le longueur excessive et extensible s’enfonce loin vers le pĂ´le avec les Ă®les du Spitzberg. Il va vouloir y planter bien sĂ»r la bannière Ă©toilĂ©e. Ca, c’est donc contre Poutine.
Reste la Chine. Elle, sans grands Ă©clats, Ă petit pas, elle Ă©tend son empire, elle fouine en mettant notamment son nez partout, cherchant oĂą est la faiblesse et le dĂ©sordre. Comme l’a dit un jour Henry Kissinger : « Les faibles recherchent la justice, les forts imposent l’ordre ». Et la faiblesse entre autres, c’est la France dans le Pacifique. Il suffit de voir avec quelle manque d’autoritĂ© ou plutĂ´t devrais-je dire avec quelle absence dĂ©concertante, elle croit, dans sa pusillanimitĂ©, rĂ©soudre le problème de la Nouvelle-CalĂ©donie. Alors, tout porte Ă croire que demain Donald Trump va contraindre Macron pour qu’il lui cède, ce qui fait que nous sommes aujourd’hui, la seconde puissance maritime au monde : tous nos archipels du Pacifique ! Après tout, il peut très bien lĂ©gitimer sa requĂŞte en Ă©voquant un prĂ©cĂ©dent fondamental : l’attaque de Pearl Harbor. Qui vous dit que demain les Chinois ne renouvelleront pas l’attaque des Japonais par une opĂ©ration par exemple sur Tahiti ? La situation serait intenable pour les Etats-Unis. Comme l’a dit Raymond Aron dans son livre Paix et guerre entre les nations, 1962 : « Dans les relations internationales, la puissance dĂ©cide en dernière instance ». Et si la bougeotte de Donald Trump pour prĂ©server la grandeur de son pays n’Ă©tait-elle pas finalement un stimulant pour d’autres pays qui, comme la France, se laissent emporter sur le chemin de la dĂ©cadence pour ne pas dire de leur disparition ?
Je suis goy. Vive Israël !
Par Philippe ARNON





