Une sĂ©rie de dĂ©veloppements survenus ces derniers jours commence Ă dessiner un tableau qui mĂ©rite toute notre attention. Aucun d’entre eux, pris sĂ©parĂ©ment, ni mĂŞme leur addition, ne constitue une preuve certaine qu’une guerre Ă©largie contre l’Iran, incluant IsraĂ«l, s’apprĂŞte Ă Ă©clater dans les prochains jours. Mais lorsqu’ils s’accumulent, il devient difficile d’ignorer le schĂ©ma qui se dessine. C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui rend la pĂ©riode actuelle aussi sensible.
La liste des signaux ne cesse de s’allonger. Le dĂ©partement d’État amĂ©ricain recommande dĂ©sormais aux ressortissants des États-Unis de reconsidĂ©rer tout dĂ©placement vers le Moyen-Orient. Washington a entrepris de rapatrier des avions stationnĂ©s dans des bases du Golfe, parmi lesquelles la base d’Al-Udeid au Qatar. Des dizaines de chasseurs amĂ©ricains — F-35, F-22 et F-15 — ont atterri sur la base de Lakenheath, au Royaume-Uni. Et dans les jours Ă venir, de nouveaux avions ravitailleurs amĂ©ricains sont attendus en IsraĂ«l. Dans le mĂŞme temps, Dan Scavino, sous-chef de cabinet Ă la Maison-Blanche, a diffusĂ© une vidĂ©o gĂ©nĂ©rĂ©e par intelligence artificielle montrant des bombardiers B-2 — un geste qui rappelle la publication d’une vidĂ©o similaire, de sa part, juste avant l’opĂ©ration « Rugissement du Lion ». Ă€ cela s’ajoute l’escalade continue des frappes amĂ©ricaines et des ripostes iraniennes.
Il faut nĂ©anmoins se garder de tirer des conclusions trop hâtives. Une partie de ces signaux Ă©tait dĂ©jĂ apparue par le passĂ© sans dĂ©boucher systĂ©matiquement sur une guerre. Certains avaient prĂ©cĂ©dĂ© l’opĂ©ration « Rugissement du Lion », mais on les a Ă©galement observĂ©s dans d’autres circonstances oĂą la tension n’a pas dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© en confrontation immĂ©diate. C’est pourquoi aucun signal pris isolĂ©ment ne constitue une indication suffisante.
Ce qui distingue la situation actuelle
Ce qui rend le moment prĂ©sent particulier, c’est l’accumulation simultanĂ©e de plusieurs signaux significatifs, conjuguĂ©e Ă une Ă©volution dans la nature mĂŞme de l’activitĂ© militaire amĂ©ricaine. Au dĂ©but de l’opĂ©ration, les frappes visaient des cibles tactiques destinĂ©es Ă rĂ©duire la capacitĂ© de l’Iran Ă perturber le trafic maritime dans le dĂ©troit d’Ormuz — radars, entrepĂ´ts de drones, sites de lancement de missiles de croisière. DĂ©sormais, elles s’Ă©tendent vers des cibles plus profondes.
Selon les informations disponibles, les frappes ne se limitent plus Ă la zone du dĂ©troit d’Ormuz : elles s’Ă©talent le long des cĂ´tes du Golfe, y compris la province du Khouzestan et la ville d’Ahvaz, proche de la frontière irakienne. Parallèlement, un effort amĂ©ricain se dessine pour frapper les voies d’approvisionnement menant Ă Bandar Abbas, via des attaques contre des ponts et des voies ferrĂ©es. Un mouvement qui tĂ©moigne d’un Ă©largissement des objectifs et d’une volontĂ© de toucher non seulement les capacitĂ©s opĂ©rationnelles immĂ©diates de l’Iran, mais aussi ses infrastructures logistiques.
Ă€ ce tableau s’ajoute un autre dĂ©veloppement majeur : le commandement central amĂ©ricain (CENTCOM) a annoncĂ© que deux soldats amĂ©ricains avaient Ă©tĂ© tuĂ©s et qu’un troisième Ă©tait portĂ© disparu, Ă la suite d’une attaque de missiles balistiques iraniens contre la Jordanie. Pour le prĂ©sident Donald Trump, une frappe meurtrière visant des soldats amĂ©ricains constitue une ligne rouge susceptible d’entraĂ®ner une nouvelle escalade de la rĂ©ponse militaire.
Bandar Abbas, un point à surveiller de près
Les frappes autour de Bandar Abbas mĂ©ritent une attention particulière. Ă€ ce stade, il ne s’agit que de spĂ©culation, mais des frappes ciblĂ©es contre les ponts et les voies ferrĂ©es menant Ă la ville pourraient correspondre Ă un scĂ©nario dans lequel les États-Unis chercheraient Ă isoler la zone, en vue d’une Ă©ventuelle opĂ©ration terrestre oĂą Bandar Abbas servirait de tĂŞte de pont pour des forces dĂ©barquant dans la province du Hormozgan, sur les rives du dĂ©troit d’Ormuz.
En dĂ©finitive, aucun de ces signaux ne prouve Ă lui seul qu’une guerre Ă©largie s’apprĂŞte Ă Ă©clater dans les prochains jours. Mais rĂ©unis, et parallèlement Ă l’Ă©largissement des frappes amĂ©ricaines et Ă l’intensification de l’affrontement avec l’Iran, ils dessinent un tableau diffĂ©rent de celui que l’on connaissait il y a peu encore. Il pourrait s’agir d’une simple dĂ©monstration de pression. Il pourrait tout aussi bien s’agir de prĂ©paratifs pour l’Ă©tape suivante. En attendant, la seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude, c’est que le niveau de tension dans la rĂ©gion continue de grimper.
Sur des sujets connexes, notre rĂ©daction avait dĂ©jĂ dĂ©taillĂ© la publication par l’Iran d’une carte officielle des routes maritimes du dĂ©troit d’Ormuz, ainsi que le bilan communiquĂ© par le CENTCOM après la destruction d’un avion AWACS amĂ©ricain en Arabie saoudite.






