À la faveur de l’obscurité, elles sortent de l’eau. Lentement, laborieusement, avec cette détermination silencieuse qui caractérise les créatures dont le cycle de vie n’a quasiment pas changé depuis cent millions d’années. Les tortues marines sont de retour sur les plages d’Israël, et la saison de nidification vient officiellement de s’ouvrir. L’Autorité de la nature et des parcs a annoncé que plusieurs nids ont déjà été localisés sur les côtes méditerranéennes du pays, et appelle le public à faire preuve de vigilance pour ne pas perturber — ni mettre en danger — ces animaux parmi les plus rares et les plus protégés de la faune israélienne.
Les premiers nids de la saison ont été découverts grâce au travail de bénévoles et de gardes qui patrouillent les plages dès les premières heures de la nuit. À Ashkelon, le bénévole Oded Sa’ada a repéré un nid contenant 74 œufs, qui a été transféré en toute sécurité vers la nouvelle ferme d’incubation de Tel Ashkelon par Sagi Marom et Kobi Sofer. À Nitzzanim, Guy Shonek a identifié des traces et sécurisé un second nid d’une tortue marine brune. À Atlit, Moshe Raphael a repéré des marques d’ascension sur la plage, et le garde Alon Pen a transféré 81 œufs vers la ferme d’incubation de la plage de Galim. Ces noms, ces gestes discrets et nocturnes, sont la première ligne de protection d’une espèce dont la survie en Méditerranée dépend en grande partie de la vigilance humaine.
Les tortues qui viennent nidifier sur les plages israéliennes sont essentiellement des tortues caouannes — appelées en hébreu « tzav yam hum », tortue marine brune. C’est l’une des deux espèces de tortues marines que l’on peut observer régulièrement dans les eaux israéliennes, avec la tortue verte. Toutes deux sont classées comme espèces vulnérables ou menacées à l’échelle mondiale. La femelle revient ponctuer toujours sur la même plage où elle est née — un instinct de navigation d’une précision presque mystérieuse — et peut pondre plusieurs dizaines d’œufs par nid. L’incubation dure environ deux mois, et les bébés tortues, une fois éclos, doivent rejoindre la mer dans les premières heures après la naissance pour augmenter leurs chances de survie.
Le rôle du public dans la protection de ces nids est à la fois simple et décisif. L’Autorité de la nature et des parcs a publié plusieurs consignes claires. Si vous apercevez des traces dans le sable — de larges empreintes en forme de chenilles remontant vers les dunes — ne les effacez pas, ne marchez pas dessus, et signalez-les immédiatement au centre d’appel de l’Autorité au numéro *3639. Il est formellement interdit de tenter de creuser ou de déplacer un nid de tortue : cette opération requiert une expertise professionnelle spécifique, et toute tentative non qualifiée risque de tuer les embryons à l’intérieur des œufs.
Si, par chance, vous êtes témoin du spectacle rare d’une femelle remontant la plage pour pondre, le protocole est clair et tient en quelques mots : gardez vos distances — au minimum vingt mètres — et ne l’éclairez pas avec des lampes de poche ou des flashs d’appareil photo. La lumière artificielle désorie les tortues et peut les pousser à rebrousser chemin sans avoir pondu, ou à se diriger dans la mauvaise direction. Restez silencieux. Et surtout, ne tentez pas de l’aider à regagner la mer : la montée et la descente de la plage font partie du processus naturel, et toute intervention, aussi bien intentionnée soit-elle, peut perturber un comportement finement réglé par l’évolution.
En temps de guerre, alors que les regards sont rivés sur les fronts et les crises politiques, ces tortues continuent leur cycle millénaire avec une indifférence sereine aux agitations humaines. C’est peut-être là leur plus grand message : la nature, elle, ne s’arrête pas. Et Israël, pays de contrastes, est aussi celui où des bénévoles sortent dans la nuit pour compter des œufs de tortues sur des plages battues par la Méditerranée.
Pour en savoir plus sur la vie marine au large des côtes israéliennes : Immense banc de méduses dans le nord d’Israël. Et sur la faune israélienne protégée : Des serpents venimeux, des cobras introduits clandestinement en Israël : « De nombreuses vies sont sciemment mises en danger ».






