Tentative de coup d’État au Mossad ? La Cour suprĂŞme et la procureure gĂ©nĂ©rale examinent l’annulation de la nomination de Roman Gofman

Il se passe quelque chose d’inĂ©dit ce mardi matin dans les couloirs de la Cour suprĂŞme d’IsraĂ«l. Les juges siègent en sĂ©ance pour examiner les requĂŞtes dĂ©posĂ©es contre la nomination du gĂ©nĂ©ral Roman Gofman au poste de prochain directeur du Mossad. Ce qui rend la situation particulièrement explosive, c’est la position de la procureure gĂ©nĂ©rale de l’État, Gali Baharav-Miara : elle se prĂ©sente devant la Cour non pas pour dĂ©fendre la dĂ©cision du Premier ministre, mais pour s’y opposer — aux cĂ´tĂ©s des requĂ©rants, contre la volontĂ© du chef du gouvernement qu’elle est censĂ©e conseiller.

Le premier ministre Benjamin Netanyahu a rĂ©affirmĂ© sa ligne sans la moindre concession. Gofman, a-t-il rappelĂ©, est un officier supĂ©rieur qui a Ă©tĂ© blessĂ© au combat lors du massacre du 7 octobre. Et surtout : la compĂ©tence de nommer le directeur du Mossad appartient au pouvoir Ă©lu, et Ă  lui seul. Cette position, Netanyahu l’avait dĂ©jĂ  formulĂ©e dans sa rĂ©ponse officielle Ă  la pĂ©tition : « La responsabilitĂ© de la nomination du directeur du Mossad incombe au Premier ministre, et Ă  lui seul. Les informations nĂ©cessaires Ă  cet effet sont en la possession du Premier ministre, et de lui seul. La responsabilitĂ© de la sĂ©curitĂ© de l’État ne repose que sur lui. »

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Du cĂ´tĂ© de la coalition, la rĂ©action Ă  la lettre du directeur sortant Dadi Barnea — transmise Ă  la procureure gĂ©nĂ©rale et Ă  la Cour — a Ă©tĂ© vive. Au Likoud et dans les rangs de la coalition, on accuse Barnea d’avoir outrepassĂ© ses attributions en s’immisçant dans un processus de nomination qui ne lui appartient plus et d’avoir portĂ© atteinte Ă  la prĂ©rogative constitutionnelle du Premier ministre. Pour eux, le geste de Barnea relève d’une violation de la sĂ©paration des pouvoirs — d’une intrusion du directeur sortant d’un service de renseignement dans une dĂ©cision politique souveraine.

Le titre choisi par le journaliste RoeĂŻ Chocha pour son article sur le site 0404 est lui-mĂŞme un indicateur du niveau de tension : « Tentative de coup d’État au Mossad ? » L’expression est provocatrice, mais elle reflète fidèlement l’Ă©tat d’esprit d’une partie de la droite israĂ©lienne face Ă  ce qu’elle perçoit comme une nouvelle offensive du système juridique contre le pouvoir Ă©lu — après la rĂ©forme judiciaire, après les multiples interventions de la Cour dans des dĂ©cisions gouvernementales, voici maintenant la justice qui s’empare d’une nomination sĂ©curitaire au plus haut niveau.

La situation est institutionnellement inĂ©dite Ă  plus d’un titre. Jamais, dans l’histoire d’IsraĂ«l, la nomination d’un directeur du Mossad n’avait Ă©tĂ© soumise au contrĂ´le de la Cour suprĂŞme de cette manière, avec la procureure gĂ©nĂ©rale prenant position publiquement contre le Premier ministre en exercice. Le Mossad est, par dĂ©finition, une organisation qui opère dans l’ombre du droit ordinaire, bras armĂ© de la souverainetĂ© de l’État dans les endroits oĂą aucune loi ne s’applique. Que la dĂ©signation de son futur patron soit dĂ©battue en plein jour, devant des juges, avec des mĂ©moires et des plaidoiries, constitue en soi un Ă©vĂ©nement historique — quelle qu’en soit l’issue.

Pour les partisans de la nomination, l’intervention de la Cour est une ingĂ©rence inacceptable du judiciaire dans le domaine exĂ©cutif. Pour ses adversaires, elle est le signe que les garde-fous institutionnels fonctionnent encore — que mĂŞme dans une pĂ©riode oĂą les Ă©quilibres sont fragilisĂ©s, quelqu’un tire sur le frein d’urgence. La dĂ©cision des juges, attendue dans les prochains jours, dira laquelle de ces deux lectures de la dĂ©mocratie israĂ©lienne l’emporte ce matin dans la salle de la Cour suprĂŞme.

Pour l’analyse de fond sur la lettre de Barnea et les risques de la nomination Gofman : Netanyahu dira qu’il ne savait pas — la grande catastrophe qui pourrait s’abattre sur IsraĂ«l. Et pour mieux comprendre la tension rĂ©currente entre Netanyahu et l’appareil judiciaire : Les juges devront attendre : une enveloppe secrète oblige Benjamin Netanyahu Ă  quitter l’audience.