L’imam français Hassen Chalghoumi reçoit des menaces de mort de la part d’islamistes pour avoir appelĂ© au respect de la Shoah

Un imam français connu pour son implication dans des initiatives interconfessionnelles a déclaré que lui et sa famille vivaient sous la menace des islamistes depuis des années, rappelant avec émotion les conséquences des attaques et du harcèlement.

Dans une interview accordĂ©e Ă  la tĂ©lĂ©vision France 2 ce mois-ci, Hassen Chalghoumi a dĂ©clarĂ© qu’il avait commencĂ© Ă  recevoir des menaces de mort en 2005 après avoir appelĂ© au respect des commĂ©morations de l’Holocauste.

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« J’ai lancĂ© un appel solennel au respect de la mĂ©moire de la Shoah, Ă  rĂ©flĂ©chir aussi Ă  ce que les gens ont fait Ă  leurs semblables, aux consĂ©quences du racisme, de la haine, de l’antisĂ©mitisme… Mais, malheureu-sement, mes propos ont Ă©tĂ© mal compris. Deux jours plus tard, ma maison a Ă©tĂ© saccagĂ©e », a-t-il dĂ©clarĂ©, selon une traduction du Middle East Media Research Institute.

« J’ai commencĂ© Ă  recevoir des menaces de mort au nom d’une cause qui n’a rien Ă  voir [avec mes paroles], la cause palestinienne, au nom d’une idĂ©ologie de haine, peut-ĂŞtre contre la politique israĂ©lienne, ou pour un vĂ©ritable antisĂ©mitisme », a dĂ©clarĂ© Chalghoumi. « Et puis j’ai reçu des appels et des lettres anonymes. En 2009, ma voiture a Ă©tĂ© incendiĂ©e et ma maison a Ă©tĂ© attaquĂ©e.

Bon nombre des menaces de mort que Chalghoumi a reçues l’ont Ă©tĂ© pour ses liens amicaux avec le CRIF, le groupe qui reprĂ©sente les communautĂ©s juives françaises, et pour s’ĂŞtre rendu en IsraĂ«l Ă  plusieurs reprises.

Lors d’une tournĂ©e en JudĂ©e Samarie avec des dirigeants des implantations en 2019, Chalghoumi a dĂ©clarĂ© que soutenir le boycott d’IsraĂ«l Ă©tait contraire Ă  la loi coranique, et qu’il espère favoriser le dialogue entre IsraĂ©liens et Palestiniens afin qu »aucune mère – ni israĂ©lienne ni palestinienne – ne pleure’.  » dans le futur.

Chalghoumi est une sorte d’exception dans le discours religieux musulman, connu pour son soutien Ă  l’interdiction de la burqa en France.

MalgrĂ© les menaces, Chalghoumi a dĂ©clarĂ© que sa femme l’encourageait Ă  continuer de parler.

On lui a demandĂ© s’il avait envisagĂ© d’arrĂŞter pour protĂ©ger sa famille.

« Non, mĂŞme si les consĂ©quences ont atteint ma maison. Je ne peux pas dire que tout cela est Ă  l’extĂ©rieur de ma maison, car ce n’est pas le cas. Internet, rĂ©seaux sociaux, menaces. Ils ont agressĂ© ma femme dans un marchĂ©. Ils ont crachĂ© sur elle. Ils lui ont mĂŞme demandĂ© de divorcer », a-t-il dĂ©clarĂ©.

Chalghoumi a dĂ©clarĂ© que ses enfants avaient Ă©tĂ© victimes d’intimidation Ă  l’Ă©cole et qu’il « devenait difficile » d’aller au cinĂ©ma et au restaurant avec eux.

« À un moment donnĂ©, tout a changĂ© et il n’y avait plus de vie quotidienne », a-t-il dĂ©clarĂ©.

Chalghoumi a blâmĂ© le chef d’un groupe pro-Hamas en France pour certaines des menaces, affirmant que plusieurs groupes terroristes ont publiĂ© des Ă©dits religieux appelant Ă  sa mort.

« En 2015, j’avais l’État islamique [contre moi]… En Syrie aussi, ils ont lancĂ© une fatwa contre moi. Le Hezbollah aussi et le Hamas. Tous ces petits groupes ne croient pas Ă  la lumière. Ils devraient savoir que les paroles d’un homme de foi modĂ©rĂ© sont pour eux une source d’ennuis. C’est pourquoi ils ont lancĂ© une fatwa contre moi », a-t-il dĂ©clarĂ©.

L’imam a dĂ©clarĂ© qu’il se rendait Ă  la mosquĂ©e Ă  diffĂ©rents moments de la journĂ©e pour rendre plus difficile la poursuite d’un agresseur potentiel, et qu’il portait Ă©galement un gilet pare-balles pour se protĂ©ger des couteaux.

« Il y a 3 000 ou 4 000 fidèles dans la mosquée, je ne peux pas tout contrôler », a-t-il déclaré.

« Mais on ne peut pas le savoir avec certitude : dans la foule, il pourrait y avoir quelqu’un comme [le terroriste Mohammed] Merah, comme les [frères] Kouachi, ou comme [Amedy] Coulibaly », a-t-il ajoutĂ©, citant plusieurs terroristes français.

Chalghoumi a alors commencĂ© Ă  s’Ă©touffer en disant Ă  l’intervieweur que sa femme et ses enfants n’utilisaient plus son nom de famille.

«Ils ont un autre nom. Nous sommes toujours des ĂŞtres humains… Une de mes filles a Ă©tĂ© agressĂ©e. Elle a pris 30 kilos », se souvient un Chalghoumi Ă©mu. « Nous sommes forts Ă  l’intĂ©rieur, nous n’abandonnerons jamais. Mais quand ça touche ma famille, ça devient difficile. »

Sa famille a quitté la France pour un pays inconnu, lui est resté pour terminer son travail de vérité tout en restant en contact avec eux.