Le porte-parole du ministère iranien des Affaires Ă©trangères l’a dit sans ambiguĂŻtĂ© ce lundi : l’Iran ne discute pas actuellement de la question nuclĂ©aire. Il ne l’abordera qu’en Ă©change de la levĂ©e des sanctions. Les nĂ©gociations en cours portent uniquement sur la fin de la guerre. Point.
VoilĂ une phrase que beaucoup en Occident ont du mal Ă entendre. Après des semaines de pressions, de menaces, de dĂ©monstrations de force, de dĂ©lais qui expirent, d’ultimatums qui se succèdent — Trump vient d’en poser un nouveau, de sept jours — la RĂ©publique islamique continue de tenir ses lignes rouges avec une rigueur qui force, au moins, le respect analytique.
45 jours et rien n’a bougĂ© sur l’essentiel
Qu’on aime ou qu’on dĂ©teste le rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran — et il y a toutes les raisons du monde de le dĂ©tester —, il faut reconnaĂ®tre une chose : en nĂ©gociation, les Iraniens sont d’une soliditĂ© dĂ©concertante. Depuis plus de quarante-cinq jours de pressions, de sanctions renforcĂ©es et de dĂ©monstrations militaires, ils n’ont quasiment rien abandonnĂ© sur les quatre piliers qui constituent leurs lignes rouges : le nuclĂ©aire, l’uranium enrichi, les missiles balistiques, les sanctions. Pendant que certains annonçaient chaque semaine un accord imminent, TĂ©hĂ©ran continuait Ă tenir ses positions sans cĂ©der publiquement sur l’essentiel.
Trump lui-mĂŞme l’avait dit en 2020, avec sa franchise habituelle : « L’Iran n’a jamais gagnĂ© une guerre, mais n’a jamais perdu une nĂ©gociation. » Six ans plus tard, après une guerre dĂ©vastatrice, après la mort du Guide suprĂŞme Ali Khamenei, après les frappes sur Fordow, Natanz et Ispahan — l’Iran semble confirmer cette formule, depuis ses bunkers.
L’homme que personne n’avait vu venir
Et c’est ici que l’histoire prend une tournure particulièrement saisissante. Parmi les rares figures de la RĂ©publique islamique encore debout après la campagne d’Ă©limination ciblĂ©e menĂ©e par IsraĂ«l et les États-Unis, un homme a Ă©mergĂ© de l’ombre pour tenir les rĂŞnes des nĂ©gociations : Mohammad Baqer Qalibaf, prĂ©sident du parlement iranien — et réélu Ă ce poste ce dimanche.
Le paradoxe est savoureux. En 2024, Qalibaf s’Ă©tait prĂ©sentĂ© Ă l’Ă©lection prĂ©sidentielle — et avait perdu face au rĂ©formateur Masoud Pezeshkian. Humiliation publique pour ce dur de la RĂ©publique islamique, ancien commandant des Gardiens de la rĂ©volution, ancien chef de la police nationale, ancien maire de TĂ©hĂ©ran pendant douze ans. Pezeshkian Ă©tait prĂ©sident. Qalibaf retournait Ă son fauteuil de prĂ©sident du parlement.
La guerre a tout redistribuĂ©. Pezeshkian est aujourd’hui une silhouette effacĂ©e, un prĂ©sident sans prise rĂ©elle sur les dossiers stratĂ©giques. Qalibaf, lui, est devenu l’homme central : nĂ©gociateur en chef face aux AmĂ©ricains, interlocuteur des Pakistanais et des Turcs, protĂ©gĂ© de Mojtaba Khamenei — le nouveau Guide suprĂŞme —, et figure militaire respectĂ©e dans un rĂ©gime dĂ©cimĂ©. Politico le dĂ©crivait dĂ©but avril comme une « option chaude » pour Washington, qui le considĂ©rerait mĂŞme comme un futur dirigeant potentiel de l’Iran. La roue a tournĂ©.
Un survivant face à des décombres
Il faut mesurer le contexte pour comprendre la position de Qalibaf. Ali Khamenei, le père, est mort dès le 28 fĂ©vrier. Ali Larijani a suivi. Des dizaines de figures de la nomenklatura militaire et politique ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©es. Le renseignement israĂ©lo-amĂ©ricain avait manifestement infiltrĂ© le rĂ©gime Ă un niveau remarquable. Ce qui reste de l’establishment iranien vit dans des bunkers, communique par messagers, et Ă©vite les communications Ă©lectroniques. Et pourtant — la machine tient. Elle nĂ©gocie. Elle fixe des conditions. Elle refuse ce qu’elle refuse.
C’est prĂ©cisĂ©ment ce que Qalibaf a dit au chef de l’armĂ©e pakistanaise lors de leur rencontre samedi : l’Iran ne renoncera pas Ă ses droits. Les forces armĂ©es se sont reconstituĂ©es pendant la pĂ©riode de cessez-le-feu. Toute nouvelle « folie » sera accueillie par une riposte « plus Ă©crasante qu’au premier jour. »
Prions pour que cette fois, ce soit eux qui perdent Ă la table
La diplomatie est un rapport de force. TĂ©hĂ©ran joue cette partie avec un sang-froid qui devrait inquiĂ©ter quiconque espère un accord solide plutĂ´t qu’une capitulation cosmĂ©tique de façade. Les dĂ©tails du texte final — s’il y en a un — seront dĂ©terminants. Il est permis de craindre que plusieurs revendications iraniennes finissent par ĂŞtre intĂ©grĂ©es, habillĂ©es en compromis, prĂ©sentĂ©es comme une victoire amĂ©ricaine.
Trump a sept jours, dit-il. L’Iran en a quarante-cinq ans de pratique.
Que cette fois, pour une fois, ce soit la République islamique qui perde à la table de négociation — ou qui paie le prix de son refus. Finissez le travail, Monsieur le Président.
Pour approfondir le contexte des nĂ©gociations Iran–États-Unis, vous pouvez lire ces articles publiĂ©s sur notre site : Le renseignement amĂ©ricain rĂ©vèle que Khamenei se cache dans un lieu secret et Il est temps : les sanctions contre l’Iran entreront Ă nouveau en vigueur cette nuit.






