Loukachenko : « De quelle Shoah les Israéliens peuvent-ils parler ? Ils ont effacé Gaza de la surface de la terre »

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a profité du contexte de l’accord entre les États-Unis et l’Iran pour décocher une attaque en règle contre Israël, usant d’une rhétorique qui mêle instrumentalisation de la Shoah et accusations de crimes de guerre. Ses propos ont été rapportés par l’agence de presse officielle biélorusse, BELTA.

La déclaration de Loukachenko s’inscrit dans une réaction à l’accord américano-iranien qu’il a qualifié, selon ses propres termes, d’illustration de « la dépendance totale d’Israël envers les États-Unis ». Une formulation qui en dit long sur la lecture géopolitique du dirigeant biélorusse — un allié indéfectible de Moscou dont les prises de position sur le conflit au Proche-Orient n’ont rien de surprenant, mais dont la violence verbale atteint ici un nouveau palier.

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Car Loukachenko ne s’est pas contenté d’une critique politique classique. Il a franchi une ligne en convoquant directement la mémoire de la Shoah pour retourner l’accusation contre l’État juif. « Regardez l’histoire — de quelle Shoah les Israéliens peuvent-ils parler, quand ils ont tué autant de personnes, pour la plupart des femmes et des enfants ? Ils ont effacé Gaza de la surface de la terre », a-t-il lancé, selon les propos retranscrits par BELTA.

La formule est calculée. Invoquer la Shoah pour l’appliquer aux actions d’Israël à Gaza est l’une des formes d’antisionisme les plus radicales qui circulent dans les milieux hostiles à l’État hébreu — une inversion du symbolique qui vise à délégitimer non seulement la politique israélienne mais l’existence même du droit d’Israël à se souvenir de la destruction nazie. Loukachenko, dont le régime est régulièrement épinglé pour ses violations massives des droits humains et ses milliers de prisonniers politiques, choisit d’endosser ce rôle de procureur de l’humanité avec un aplomb remarquable.

Il ajoute qu’Israël a « déjà atteint une telle réputation dans la communauté internationale qu’il ne peut pas y avoir de pire ». Une affirmation qui traduit la vision d’un monde où les dictateurs alignés sur Moscou et Téhéran définissent les standards de légitimité internationale — et où un pays démocratique assiégé depuis des décennies par le terrorisme devient l’accusé par excellence.

Ce type de prise de position n’est pas isolé dans les pays de l’orbite russe. Mais venant du président d’un État qui a organisé la répression brutale des manifestations de 2020, détourné un avion civil pour capturer un journaliste d’opposition et servi de rampe arrière à l’invasion russe de l’Ukraine, les leçons de morale adressées à Israël ont un goût particulièrement amer.

La comparaison opérée par Loukachenko entre les opérations militaires israéliennes à Gaza et la Shoah — l’extermination industrielle de six millions de Juifs — est précisément le type de discours que les spécialistes de l’antisémitisme contemporain identifient comme l’une des manifestations les plus insidieuses de la haine antijuive sous couvert de critique politique. Non pas parce que toute critique d’Israël serait antisémite, mais parce que nier le caractère singulier de la Shoah en l’utilisant comme munition rhétorique contre l’État né de ses cendres relève d’un tout autre registre.

Les déclarations ont été diffusées via BELTA, l’agence officielle de presse biélorusse, ce qui leur confère un caractère institutionnel. Ce n’est pas un dérapage personnel — c’est une position d’État, formulée au moment précis où un accord international redessine les équilibres régionaux, et où Israël se retrouve dans une position diplomatique délicate vis-à-vis de Washington.

Le timing n’est pas anodin. Loukachenko saisit l’accord américano-iranien pour enfoncer le clou : l’idée qu’Israël serait « totalement dépendant » des États-Unis, et que cette dépendance viendrait d’être démontrée par les termes mêmes de cet accord, constitue un message adressé autant aux opinions arabes qu’aux alliés de Moscou.

Face aux propos du dictateur de Minsk, la question reste entière : jusqu’où ce type de rhétorique, instrumentalisant la mémoire de la Shoah contre l’État d’Israël, peut-il se normaliser dans les enceintes officielles, sans susciter une réponse ferme de la communauté internationale ?

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez lire notre article : « Génocide à Gaza ? » Asa Kasher démonte l’accusation et défend l’éthique de Tsahal — ainsi que notre analyse sur l’antisémitisme islamo-gauchiste et la rhétorique antisioniste.

 

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