Mahmoud Abbas aux dirigeants arabes :  » Qu’ils aillent au diable  » !

Dans son discours Ă  l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies Ă  New York, le prĂ©sident de l’AutoritĂ© palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a prit ses positions habituelles contre IsraĂ«l, citant ses platitudes,  » punition collective », « dĂ©molition des logements »  « exĂ©cutions extrajudiciaires » et « nettoyage ethnique ». Cependant, les pensĂ©es d’Abbas semblent ĂŞtre ailleurs ces jours-ci. Il fait face Ă  un nouveau dĂ©fi des acteurs les plus inattendus, Ă  savoir : plusieurs pays arabes se sont rĂ©unis pour rĂ©clamer une rĂ©forme de son parti : le Fatah a Ă©chouĂ© et a ouvert la voie Ă  l’Ă©mergence d’une nouvelle direction palestinienne.

Cependant, cela n’a pas Ă©tĂ© inclu dans le discours Ă  l’ONU. En fait, pourquoi Abbas devrait partager l’information avec les leaders mondiaux de ses frères arabes qui font pression sur lui pour introduire des rĂ©formes importantes au sein du Fatah, et mettre fin Ă  une lutte de pouvoir qui date depuis une dĂ©cennie avec le Hamas, et qui a abouti Ă  la crĂ©ation de deux entitĂ©s palestiniennes sĂ©parĂ©es en JudĂ©e Samarie et dans la bande de Gaza ?

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Abbas est maintenant plus prĂ©occupĂ© par « l’ingĂ©rence arabe » dans les affaires intĂ©rieures des Palestiniens que par la « punition collective » ou « les colonies ». En fait, il est si prĂ©occupĂ© qu’il a rĂ©cemment fustigĂ© les pays arabes qui ont lancĂ© une initiative visant Ă  « rĂ©organiser la maison palestinienne de l’intĂ©rieur » et Ă  provoquer des changements dans la scène politique palestinienne.

Les pays arabes derrière l’initiative sont l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et les EAU – qui sont dĂ©signĂ©s par de nombreux Palestiniens comme  » le Quartet Arabe « .

Dans une critique sans précédent contre ces pays, Abbas a récemment déclaré :

 » Le choix est le nĂ´tre et nous sommes les seuls Ă  prendre les dĂ©cisions. Personne n’a autoritĂ© sur nous. Personne ne peut dicter ce qu’il faut faire. Je ne crains pas l’inconfort de Washington, Moscou et d’autres capitales. Je ne me soucie pas d’entendre parler de ces capitales. Je ne veux pas d’argent Ă  partir de ces capitales. Nous allons nous libĂ©rer de l’influence de ces capitales « .

Bien qu’il n’ait pas mentionnĂ© les quatre pays arabes par leur nom, il Ă©tait clair que Abbas faisait rĂ©fĂ©rence au « Quartet arabe » quand il a parlĂ© des « autres capitales » et de leur influence  ainsi que de leur argent. Le message d’Abbas est :  » Aucun pays arabe ne peut oser me dire ce qu’il faut faire, peu importe la richesse et son influence « . Abbas voit la demande de ces pays arabes vers une nouvelle direction palestinienne, son appel Ă  l’unitĂ© et Ă  la rĂ©forme au Fatah comme  » une ingĂ©rence inacceptable dans les affaires intĂ©rieures des Palestiniens « .

Alors, quelle est la nouvelle initiative arabe qui a tant irrité Abbas, dans la mesure où il est prêt à mettre en péril ses relations avec les quatre Etats les plus importants dans le monde arabe ?

Selon les rapports des mĂ©dias arabes, le « Quartet arabe » a Ă©laborĂ© un plan pour « activer le portefeuille palestinien », mettant fin au litige entre le Fatah et le Hamas. Le plan appelle Ă©galement Ă  mettre fin au schisme au sein du Fatah, pour permettre Ă  certains de leurs dirigeants expulsĂ©s, y compris Mohamed Dahlan, leur  retour Ă  la faction. L’objectif global du plan est d’unir la JudĂ©e Samarie et la bande de Gaza sous une autoritĂ©, et de  mettre fin Ă  l’Ă©tat d’anarchie politique dans les territoires de l’AutoritĂ© palestinienne contrĂ´lĂ©e par le Hamas. Le  » Quartet arabe  » a mĂŞme formĂ© un comitĂ© chargĂ© de surveiller la mise en Ĺ“uvre des accords conclus pour une «rĂ©conciliation» entre le Hamas et le Fatah et entre Abbas et ses adversaires du Fatah. Selon le plan, si un accord est atteint, la Ligue arabe interviendra
pour « faire respecter la réconciliation  » entre les parties palestiniennes rivales.

La principale prĂ©occupation de Abbas n’est pas une « rĂ©conciliation » avec le Hamas. En fait, il a exprimĂ© Ă  plusieurs reprises sa volontĂ© de former un gouvernement d’unitĂ© avec le Hamas et de mettre fin au conflit avec le mouvement islamiste. Au cours des dernières semaines, il y a eu des pourparlers entre le Fatah et le Hamas au Qatar pour atteindre cette « unité » et la « rĂ©conciliation » entre les deux partis rivaux.

Une source proche de M. Abbas, rĂ©vèle  qu’il prĂ©fère faire la paix avec le Hamas avant « d’avaler la coupe de poison » et faire la paix avec Dahlan.

Abbas a une aversion toute particulière pour Dahlan. Jusqu’Ă  il y a cinq ans, Dahlan Ă©tait un responsable du Fatah, qui avait longtemps Ă©tĂ© Ă©troitement associĂ© Ă  Abbas. Cet ancien commandant de la sĂ©curitĂ© Ă  Gaza, a formĂ© une alliance avec Abbas, contre Yasser Arafat, ancien prĂ©sident de l’AP. Mais la lune de miel entre Abbas et Dahlan a pris fin il y a quelques annĂ©es après que Abbas, Ă  Ramallah, et ses lieutenants, aient commencĂ© Ă  soupçonner que Dahlan avait l’ambition de le remplacer ou de lui succĂ©der. Ă€ la demande d’Abbas, Dahlan a Ă©tĂ© expulsĂ© du Fatah et accusĂ© d’assassinat, de corruption financière et de complot en vue de renverser le rĂ©gime d’Abbas.

Durant son exil dans les Emirats Arabes Unis, Dahlan a fait campagne contre Abbas.

Le mĂ©pris envers Dahlan, de la part de Abbas, s’est aussi confirmĂ© la semaine dernière quand il a demandĂ© aux autoritĂ©s de l’AP d’interdire Ă   la femme de Dahlan, Jalilah, d’entrer dans la bande de Gaza. Jalilah gère et finance un certain nombre d’organismes de bienfaisance dans la bande de Gaza contrĂ´lĂ©e par le Hamas. Ses activitĂ©s sont considĂ©rĂ©es par Abbas, comme une tentative de construire des bases de puissance pour son mari et d’ouvrir la voie Ă  son retour sur la scène politique. La dĂ©cision d’Abbas d’interdire son entrĂ©e dans la bande de Gaza est venue après des rapports qu’elle et son mari avaient l’intention d’organiser et de financer le mariage d’un couple pauvre. Le financement, bien sĂ»r, vient des Émirats Arabes Unis, dont les dirigeants ont fournit l’abri Ă  la famille Dahlan ainsi que de l’argent pendant plusieurs annĂ©es.

Quand Abbas dit qu’il « ne veut pas de l’argent » de certaines capitales arabes, il fait allusion aux Emirats Arabes Unis et Ă  l’Arabie Saoudite. Il soupçonne fortement que ces deux pays riches investissent des fonds pour Dahlan, dans le cadre d’un plan pour le remplacer et ouvrir la voie Ă  l’Ă©mergence d’une nouvelle direction palestinienne. Pour Abbas, qui a refusĂ© de nommer un vice-prĂ©sident ou de promouvoir un successeur potentiel, il demeure une très grave menace pour son gouvernement autocratique et un    « complot » par des tiers contre lui et sa direction de l’AutoritĂ© palestinienne.

Les dirigeants de Abbas et le Fatah Ă  Ramallah, sont convaincus que les membres du « Quartet arabe » envisagent d’ouvrir la voie pour promouvoir la « normalisation » entre le monde arabe et IsraĂ«l – tout cela au dĂ©triment des Palestiniens. Ils affirment que les quatre pays arabes utilisent Dahlan afin de faciliter leur mission de rapprochement avec IsraĂ«l. Ces pays ont conclu qu’il serait très difficile d’engager toute forme de « normalisation » ou un traitĂ© de paix entre les pays arabes et IsraĂ«l, Ă  cause de la position de la direction de l’AP, et du conflit israĂ©lo-palestinien tant qu’il n’est pas rĂ©solu.

Selon l’analyste politique palestinien Mustafa Ibrahim :

 » Le plan du Quartet arabe prĂ©pare des nĂ©gociations de transition post-Abbas pour la paix entre les pays arabes et IsraĂ«l. Le plan est conçu pour servir les intĂ©rĂŞts des rĂ©gimes arabes plutĂ´t que ceux des Palestiniens. Le but est d’Ă©liminer la cause palestinienne de l’ordre du jour et de trouver une alternative au prĂ©sident Abbas « .

Cette analyse reflète les vues de M. Abbas et de ses dirigeants vĂ©tĂ©rans de l’AutoritĂ© palestinienne Ă  Ramallah, qui restent extrĂŞmement prudent pour ne pas mentionner toute possibilitĂ© d’une succession dans la direction de l’AP.

Fait intĂ©ressant, l’initiative du « Quartet arabe » semble, pour l’instant, avoir divisĂ© les responsables palestiniens, dont certains sont pour et d’autres contre.

Hassan Asfour, un haut responsable du Fatah et ancien ministre de l’AP a exhortĂ© Abbas Ă  reconsidĂ©rer sa dĂ©cision « irrĂ©aliste, irrationnelle et prĂ©cipitĂ©e » et rejeter l’initiative des quatre pays arabes. Asfour a dit que la critique rĂ©cente de ces pays contre Abbas, Ă©tait «nuisible» et «injustifiĂ©e». Les proches collaborateurs d’Abbas ont rĂ©pliquĂ© en dĂ©clarant que Asfour Ă©tait un alliĂ© politique de Dahlan et qu’il avait un programme clair.

De nombreux Palestiniens ont Ă©tĂ© surpris de voir le vĂ©tĂ©ran officiel palestinien, Ahmed QoreĂŻ, un ancien premier ministre de l’AutoritĂ© palestinienne et l’un des architectes des accords d’Oslo, ĂŞtre pour le plan du  » Quartet arabe « , qui comprend essentiellement l’évincement de Abbas. Abbas et ses conseillers les plus proches disent que Qurei a rejoint Dahlan dans ses efforts pour parvenir Ă  un changement de rĂ©gime Ă  Ramallah.

Dahlan, quant Ă  lui, a lancĂ© son propre appel d’initiative pour une rĂ©union des factions palestiniennes « étendues » au Caire, pour discuter des moyens de parvenir Ă  un vĂ©ritable changement dans l’arène politique palestinienne. Par consĂ©quent, Dahlan a un soutien politique et financier d’au moins quatre pays arabes majeurs qui voudraient Ă©galement voir la fin de l’ère Abbas. Ceci est la première fois qu’un haut responsable palestinien a ouvertement contestĂ© la direction de l’AP avec l’appui des pays arabes. Il est prĂ©vu qu’au moins 600 personnes assisteront Ă  la confĂ©rence parrainĂ©e par Dahlan dans la capitale Ă©gyptienne. La direction de l’AP menace maintenant d’exercer des reprĂ©sailles contre toute personne participant Ă  la confĂ©rence en rĂ©duisant leurs salaires. Cela ne fera que renforcer la crise du Fatah et produire encore plus de luttes intestines.

Abbas avait certainement ces pensĂ©es Ă  l’esprit quand il s’est adressĂ© Ă  l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ONU en parlant de la nouvelle « conspiration » arabe pour le remplacer par Dahlan, ou quelqu’un d’autre. Cela, et non pas la politique d’IsraĂ«l, mais le flĂ©au de Abbas. Après tout, il sait que sans la prĂ©sence d’IsraĂ«l en JudĂ©e Samarie, son rĂ©gime serait tombĂ© depuis longtemps dans les mains du Hamas ou mĂŞme de leurs rivaux politiques du Fatah.

Le plan du « Quartet arabe » qui a longtemps apportĂ© un soutien politique et financier aux Palestiniens, est aujourd’hui fatiguĂ© de la puissance limitĂ©e de Abbas – avec un coĂ»t direct sur le bien-ĂŞtre de son peuple. Il ne sera pas long jusqu’Ă  ce que nous voyons si ces pays arabes, vont dĂ©sormais contourner Abbas et rĂ©ussir Ă  se dĂ©barrasser des dirigeants palestiniens qui les mènent Ă  la ruine.