Les filles de Tselofh’ad sont des femmes décidées: cinq sœurs, dont les noms sont notés trois fois dans la Torah, s’arment de courage et se présentent devant les dirigeants d’Israël afin de plaider leur cause quant à l’héritage des terres de leur père décédé. Il est vrai, elles n’exigent aucun nouveau droit pour les filles, elles ne revendiquent nullement un héritage à parts égales avec les mâles, elles ne remettent pas, non plus, en question la loi concernant les droits de succession au masculin.

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La démarche des sœurs fait entendre une voix qui suggère très justement la parité pour les filles lorsqu’il n’y a pas de fils, un embryon de ces mouvements qui s’exprimeront un jour, de génération en génération, dans le futur.

Elles élaborent un véritable plan stratégique où décision est prise de ne pas agir présomptueusement mais de choisir l’instant le plus favorable pour s’exprimer, en particulier, lorsque Moshe abordera les lois relatives au lévirat. Les 5 sœurs cogitent sur l’argumentaire le plus approprié à la requête, elles agissent ensemble, avec détermination, afin de s’assurer du succès de leur entreprise.

Elles comprennent très vite que la ténacité prend source au creuset du commun effort et chaque fille présente donc l’un des cinq moyens. Elles conduisent avec beaucoup d’habilité la plaidoirie, non point de leurs droits personnels, mais d’abord et avant tout d’assurer la pérennité du clan familial et perpétuer le nom du père.

Dieu reconnait la véracité de la requête comme le bon droit des filles vis-à-vis de leur revendication, en conséquence de quoi, légifère-t-il dans le texte de la Torah. Non seulement les amendements concernant les lois sur l’héritage, suite aux objections des sœurs, sont pris en compte mais également les contextes au sein desquels les évènements se déroulent. Une histoire biblique peu banale!

 

Les filles de Tselofh’ad n’acceptent point la situation telle qu’elle est, elles se concertent et décident, vent en poupe, de rencontrer Moshe, de lui expliquer le pourquoi et le comment de leurs objections et finissent par bouleverser le cours de l’histoire. En effet, nous sommes ici les témoins d’un évènement où seront, en quelque sorte, jetées les premiers fondements de la protestation féminine.

Les générations futures peuvent se réclamer comme se référer à cette jurisprudence divine, source d’une plus grande autonomie et d’une reconnaissance de droits pour les femmes. Nous venons d’assister, de l’intérieur de la société patriarcale, à une prise de parole public de la gente féminine, de son droit à posséder des biens en son propre nom, de témoigner et de parvenir à une certaine parité religieuse.

La position biblique, très brièvement, n’accorde aucun droit de succession, sur l’héritage familiale, aux femmes de la maisonnée, épouse et fille. A l’intérieur du modèle antique la composante féminine était tout ou partie du patrimoine et donc exclue de toute légitimité d’hériter, peu différente d’ailleurs du statut accordé aux esclaves.

 

Suite au décret divin où les filles peuvent désormais recevoir leur part légitime, dans le seul cas ou toute filiation mâle aurait disparue, l’épouse, dans des conditions similaires, se voit encore et toujours refuser un quelconque droit au patrimoine. Les règles bibliques concernant l’héritage sont énoncées dans Le livre des Nombres au CH.27 versets 1 à 11. La veuve n’est aucunement citée étant donnée une législation toranique la privant de toutes parts aux propriétés de son mari, malgré qu’elle soit, dans l’absolu, son premier héritier, bien avant ses fils.

Les veuves et les filles, dans le cas où des enfants mâles existent, sont à la merci des héritiers hommes pour leur subsistance. C’est pourquoi les veuves et les orphelines étaient parmi les membres les plus indigents de la société hébraïque.
La perte du nom, chez tout être humain, est le radical de toute iniquité, il est le symbole majeur de l’inhumanité perpétrée à l’encontre du prochain dans son identité. La déférence due au nom accompagne naturellement l’obligeance des privilèges auxquels mon prochain est à même de pouvoir prétendre auprès de la société mère.

Les filles de Tselofh’ad veulent être reconnues, identifiables, en leur qualité d’ayants droit, la généalogie témoigne du bien-fondé de l’exigence au sein de l’espace du clan, l’espace de l’intégrité et de la morale.

Au chapitre 36, le texte nous entraine vers une autre difficulté à propos de l’héritage féminin. La propriété terrienne des filles de Tselofh’ad interpelle les familles tribales à travers un cas de figure très précis: le mariage de ces dernières avec un membre d’une autre tribu soustraie inévitablement une part non négligeable du terroir de la tribu d’origine.

A ce sujet, il est aisé d’entendre la question et l’attente de son règlement législatif, la réponse de Moshe ira dans le sens voulu par les interpellant. L’affaire relève ici de l’économie pure et donc le décret divin ne surprend personne, ces mariages-là se feront entre les citoyens de la même tribu.

Nul branche d’Israël ne pourra être lésée au profit ou au dépend d’une autre, chacune préservera son patrimoine, cela va sans dire. Ce code endogamique est très cohérent car il aménage un modèle socio-économique permettant d’une part un libre mouvement des biens mais d’autre part de respecter le blason identitaire. Celui-ci est manifestement le capital primordial à défendre afin de garantir la thésaurisation même de la descendance, ou de la dynastie familiale.

L’impératif et la revendication de sa parenté, de son hérédité, ne suffisent pas, dans ce contexte, à calmer les esprits, au su et au vu des conséquences pour tous. Si la tribu patriarcal s’épanouit et se reproduit grâce aux gentes dames, il est donc fort possible que la situation devienne catastrophique en cas de mariages exogamiques des héritières.

S’assurer de la pérennité familiale, de l’immuabilité du nom, recevoir sa part légitime de terroir, tout est défi au-devant d’une tradition remodelée par dieu lui-même. Le droit de succession accordé aux filles me parait plus intelligible lorsqu’il prend valeur de fondement sociétal.

Tout au long du vingtième siècle, des hommes et des femmes ont commencé à lutter contre les préjugés sexistes, les comportements sous-entendus et les conduites malsaines. Un combat, loin d’être encore gagné, pour une reconnaissance de l’identité différentielle avec ses droits et ses devoirs, l’égalité éducative, professionnelle et sociétale. Les femmes du monde occidental redéfinissent lentement mais surement, l’ensemble des conceptions traditionnelles quant à leur rôle dans un monde, autrefois, totalement dominé par les hommes.

Aujourd’hui, nos filles assument, peu à peu, leur place légitime, mais pas toujours sur un même pied d’égalité, dans la société. Elles sont, dorénavant et très certainement, beaucoup plus libres de choisir n’importe quelle voie professionnelle ou non, une des bémols demeurant ce manque de parité salariale pour un même statut.

Bien que le droit au libre arbitre des femmes ne puisse plus être remis en cause, le nuage sociétal, sous lequel elles vivent et agissent, s’est énormément assombri et ce droit parait encore et toujours pouvoir être menacé. Un nombre trop élevé de femmes sont victimes de prédateurs sexuels, à l’intérieur et à l’extérieur du foyer, du lieu de travail ou de l’espace public, sont-elles réellement considérées comme des sujets à par entière ou bien comme un objet utile pour la société?

Elles ont traversé nombre d’épreuves, mais il reste encore un long chemin de pérégrinations à parcourir, elles doivent trouver le courage, la ténacité et la détermination des filles de Tselofh’ad. Elles doivent imiter leur foi absolue dans la justice et le bon droit de leurs requêtes, s’assurer que toutes les femmes soient traitées avec égards, avec respect, avec dignité et avec la protection juridique et culturelle de notre société, prétendument si éclairée.

Nous sommes les filles de Tselofh’ad si nous estimons avoir le droit au chapitre de l’histoire, si nous acceptons de signifier notre différence, si nous sommes convaincus de pouvoir changer les lois, si nous sommes intimement persuadés d’être dignes de la providence divine, si nous croyons dur comme fer pouvoir influencer demain et faire d’aujourd’hui un meilleur devenir.

 

On ne peut lire de tels récits et restez pantois devant eux, c’est un fait indéniable, la législation évolue, change et s’adapte aux nouvelles réalités du présent. Noah, H’ogla, Milka, Tirtsah et Mah’la ont su faire face, contre toute attente, au pessimisme des uns et au défaitisme des autres. Elles étaient prêtes à défendre leurs droits, ce qu’elles pensaient être juste, et au nom de cette justice pouvoir générer une jurisprudence pour nous tous.
L’héritage est non seulement un legs pour qui le reçoit mais tout autant son obligé, il reste une illustration évocatrice de l’aventure humaine.

Le passé offre quelque chose de lui-même au futur, ses pertes comme ses profits, il les transmet. Je lui suis redevable de cette possible lignée, je suis son débiteur, au début celui de mes ancêtres, puis je deviens le créancier de mes descendants. Un long fil d’Ariane se tend entre tous, par fidélité à une même tradition, il nous unit et nous réunit à travers les pages du roman de notre histoire familiale et humaine. Accepter le legs, c’est aussi concéder: «L’héritier devait toujours répondre à une sorte de double exhortation, à une assignation contradictoire : premièrement il faut savoir et savoir réaffirmer ce qui vient « avant nous », et que pour autant nous recevons avant y compris de choisir, et nous comporter par rapport à cela comme des sujets libres.

Oui […] c’est précisément le faire entièrement pour s’approprier un passé dont on sait au fond qu’il reste inappropriable […]. Non seulement accepter ledit héritage, mais le réactiver d’une autre manière et le maintenir en vie. Non le choisir […] mais choisir de le conserver en vie. » (‘De quoi demain…’, entretiens de Jacques Derrida et Élisabeth Roudinesco, 2003.)

C’est aussi souffrir ce privilège qui fit de nous ce que nous sommes à présent, par-delà l’erreur si commune où l’individu s’appréhende en lui-même, seulement. Impossible à mon humble avis d’affirmer qu’un mouvement aussi structurant soit totalement endogène, sans référant aucun avec l’extérieur. Faudrait-il, en conséquence, remettre en question tout ce qui pourrait évoquer ou témoigner de la précellence de nos antécédents? On serait alors face à une utopie postmoderniste où l’homme actuel devrait refuser de reconnaître l’héritage de son nom, de son histoire, de ses traditions, il serait cet électron libre, indépendant de toute chose autre que lui-même. Notre patrimoine nous offre un devenir, il reste source de référence inépuisable à travers l’ensemble de ces êtres et de ces choses qui ne sont pas nous.
Ce lien vital à l’altérité est symptomatique de notre propre représentation.
« Voilà pourquoi il est essentiel d’opérer une distinction fondamentale entre l’individuation et l’individualisation.

L’individu « individué » est une donnée universelle. Vous le trouverez où que vous alliez dans l’espace et dans le temps humain. L’individualisme, en revanche, renvoie à un mode spécifique de composition du collectif. Il correspond à la visée de fonder un ordre social et politique sur l’individu et ses droits. Ce processus d’individualisation, lui, est une caractéristique singulière de la modernité occidentale ». (Marcel Gauchet dans Sciences Humaines, n°219, octobre 2010)

Par Rony Akrich pour Infos Israel News

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