Paris s’enflamme : La guerre civile « Jaune » fait deux morts et 750 blessĂ©s

La police a tirĂ© des gaz lacrymogènes et des canons Ă  eau samedi dans le centre de Paris contre des manifestants « gilet jaune » demandant au prĂ©sident français Emmanuel Macron de rĂ©duire les hausses d’impĂ´ts sur le carburant.

Quelques 3 000 policiers ont été déployés dans la capitale. Les manifestants qui ont bloqué les routes françaises la semaine dernière en portant leurs gilets jaunes désormais emblématiques ont provoqué une nouvelle journée de troubles après des appels visant à bloquer Paris.

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Le ministère de l’IntĂ©rieur a dĂ©clarĂ© qu’il y avait eu 35 arrestations dans tout le pays, dont 18 dans la capitale, alors que huit personnes avaient Ă©tĂ© blessĂ©es, dont deux policiers. Samedi dernier, 106 personnes ont Ă©tĂ© blessĂ©es.

Selon des reporters de l’AFP, plusieurs milliers de personnes s’Ă©taient rassemblĂ©es samedi matin sur les cĂ©lèbres Champs-ElysĂ©es, oĂą elles se sont affrontĂ©es avec la police pour les empĂŞcher de se rendre sur la place de la Concorde, près du musĂ©e du Louvre.

La police a dĂ©clarĂ© que les manifestants avaient tentĂ© Ă  plusieurs reprises de briser un cordon, mais en avaient Ă©tĂ© empĂŞchĂ©s, les gaz lacrymogènes ayant Ă©tĂ© utilisĂ©s plus d’une fois.

«Nous venons de manifester pacifiquement et nous avons eu les larmes aux yeux», a dĂ©clarĂ© Christophe, 49 ans, parti de la rĂ©gion de l’Isère dans l’est de la France avec sa femme pour manifester dans la capitale. « Nous voyons comment nous sommes accueillis Ă  Paris. »

La police a dĂ©clarĂ© que les incidents de samedi Ă©taient liĂ©s Ă  « la prĂ©sence de membres de l’extrĂŞme droite qui ont harcelĂ© les forces de sĂ©curité ». Près de 300 000 personnes ont bloquĂ© les autoroutes, les ronds-points, les entreprises et les dĂ©pĂ´ts de carburant samedi dernier.

Le ministre de l’IntĂ©rieur, Christophe Castaner, a dĂ©clarĂ© qu’en fin de matinĂ©e, seuls 23 000 manifestants s’Ă©taient rendus en France, contre environ 124 000 Ă  la mĂŞme heure le samedi prĂ©cĂ©dent.

Castaner a dĂ©clarĂ© que 8 000 personnes Ă©taient descendues dans les rues de Paris, dont environ 5 000 sur les Champs-ÉlysĂ©es. Il a blâmĂ© les violences sur l’emblĂ©matique boulevard d’extrĂŞme droite et Marine Le Pen, chef du parti du Rassemblement national (anciennement le Front national).

La police Ă©tait confrontĂ©e Ă  des groupes sĂ©ditieux « qui avaient notamment rĂ©pondu Ă  l’appel de Marine Le Pen et voulaient attaquer les institutions du pays tout comme ils voulaient attaquer les lĂ©gislateurs (du gouvernement) », a dĂ©clarĂ© le ministre.

Le Pen a rejetĂ© ces propos, affirmant qu’elle n’avait jamais appelĂ© Ă  la violence et affirmant que le gouvernement tentait de faire de lui un bouc Ă©missaire.

La police a déclaré que huit personnes avaient été arrêtées pour avoir lancé des projectiles.

Les manifestations ont Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©es par une augmentation de la taxe sur le diesel, justifiĂ©e par le fait que le gouvernement appliquait une taxe anti-pollution, mais s’est transformĂ©e en un vaste front d’opposition au centriste Macron.

Les manifestants s’Ă©taient rĂ©unis samedi matin sur la place de l’Etoile, au sommet de l’avenue des Champs-ÉlysĂ©es, en criant : «Macron dĂ©missionne». La police avait bouclĂ© une zone comprenant la place de la Concorde, l’AssemblĂ©e nationale et une partie des Champs-ÉlysĂ©es.

« Dans cette zone, aucune manifestation, aucun rassemblement, aucune marche liée aux » gilets jaunes « ne peut avoir lieu », a déclaré le chef de la police parisienne, Michel Delpuech.

Il a ajouté que des unités de police mobiles appuyées par des hélicoptères étaient prêtes à intervenir en cas de violence ou de tentative de blocage du périphérique parisien.

« Le gouvernement a tout fait pour diaboliser le mouvement qui se déroulera à Paris », a déclaré le manifestant Clement Jonie, venu de la banlieue.

Deux personnes sont décédées et plus de 750 personnes, dont 136 policiers, ont été blessées au cours de la semaine de manifestations qui ont mis en lumière la frustration suscitée par le pouvoir de dépenser stagnant et la réduction des services publics dans certaines régions de France.

Vendredi soir, un homme armĂ© d’un engin explosif a demandĂ© aux manifestants de rencontrer le prĂ©sident français et s’est rendu Ă  la police Ă  Angers, dans l’ouest de la France.

Bernard Gonzalez, responsable local, a dĂ©clarĂ© : « Il y avait un risque rĂ©el, un danger rĂ©el, il avait une charge explosive autour du cou… Ce n’Ă©tait pas un faux. »

L’ancien banquier d’investissement Macron a Ă©tĂ© Ă©lu sur une promesse de mettre plus d’argent dans les poches des travailleurs mais les effets de ses rĂ©formes sur le pouvoir d’achat – toujours montrĂ© comme l’une des plus grandes prĂ©occupations des Français – ont Ă©tĂ© limitĂ©s.

Les pauvres et les bas salaires sont particulièrement exaspĂ©rĂ©s par sa dĂ©cision de hausser les taxes anti-pollution sur le diesel et l’essence, tout en supprimant un impĂ´t sur la fortune des riches.

Les partis d’opposition de gauche et de droite ont applaudi les manifestants, dont la rĂ©volte a Ă©tĂ© qualifiĂ©e de « justifiĂ©e » par 77% des personnes interrogĂ©es lors d’un sondage Odoxa pour le journal Le Figaro.

Macron, qui est sous pression pour lutter contre la pollution avant les Ă©lections au Parlement europĂ©en de l’annĂ©e prochaine dans lesquelles l’environnement devrait occuper une place prĂ©pondĂ©rante, a refusĂ© de reculer pour taxer les pollueurs.

Mais avec ses notes languissant à des creux record de moins de 30%, il a cherché à présenter un côté plus empathique.

« Nous avons entendu le message des citoyens », a dĂ©clarĂ© jeudi l’un de ses collaborateurs.

Les rĂ©voltes contre les taxes sont une caractĂ©ristique de la vie publique française depuis des siècles – les citoyens paient un des pourcentages les plus Ă©levĂ©s d’Europe en pourcentage du PIB – tandis que les protestations contre les prix du carburant sont monnaie courante.

Samedi, pendant ce temps, des groupes de femmes ont organisé des manifestations dans les principales villes françaises pour sensibiliser le public aux abus sexuels.