Philippe Karsenty veut « défendre les valeurs qui ne sont plus défendues »

Il y a 10 ans, Philippe Karsenty était un conseiller financier prospère, qui dirigeait un site de critique des médias, lequel ne parlait pratiquement pas d’Israël. C’est alors qu’il tomba sur l’affaire du reportage de la chaîne publique française France 2, concernant la « mort » de l’enfant al Dura, durant des échanges de tirs dans la bande de Gaza, en septembre 2000.

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Le reportage de l’envoyé de la chaîne en Israël, Charles Enderlin, un journaliste chevronné, connaissant les problèmes locaux, se présentant jusqu’alors comme quelqu’un d’intègre, exempt de tout soupçon « d’anti-israélisme », avait fait passer comme message, que Tsahal était responsable de la mort de l’enfant.

 

La diffusion de ces images a provoqué une vague de haine sans précédent dans le monde arabo-musulman. Karsenty est parvenu à la conclusion que le matériel diffusé avait été arrangé de manière tendancieuse, et ne pouvait valider les affirmations de France 2. Considérant que l’affaire n’était pas moins que le « grand scandale médiatique des temps modernes », Karsenty est parti en guerre contre un des principaux médias français, lequel avait sa défense assurée par les dirigeants politiques et les professionnels des médias.

 

L’IsraĂ«l officielle a prĂ©fĂ©rĂ©, pour des raisons de prudence, et compte tenu du manque de clartĂ© durant l’enquĂŞte, ne pas s’associer au combat de Karsenty, qui, volontairement ou non, se transforma en affrontement avec Charles Enderlin.

 

Karsenty fut affublé d’une étiquette de « fou », et fut obligé de faire face à plusieurs accusations de diffamation, portées par France 2. L’affaire a chamboulé sa vie privée et professionnelle. Après les premiers échecs, survinrent les succès. Le mois dernier, il a gagné le procès qu’il avait intenté à Canal +, qui l’avait diffamé en l’accusant lui-même de diffamation et de déformer la vérité.

 

La poursuite en diffamation intentée par France 2 a été rejetée par les instances judiciaires.

 

Cette semaine, le combat est censé aboutir à une conclusion couronnée de succès, lorsque la cour de cassation française décidera vraisemblablement de rejeter le pourvoi de France 2.

 

Lors de l’audience qui s’est tenue hier, le procureur a présenté ses conclusions, qui sont de ne pas changer la décision donnant raison à Karsenty, lorsqu’il a accusé la chaîne de télévision.

 

Entre-temps, Karsenty est devenu une personnalité publique connue. En 2008, il a été élu maire adjoint de Neuilly, une banlieue huppée de Paris, qui est aussi la ville de Sarkozy. A présent, il est candidat aux élections à l’Assemblée nationale, pour le siège de député des communautés françaises de plusieurs pays méditerranéens, y compris Israël. Il a aussi des idées arrêtées sur la politique française et les relations franco-israéliennes, idées qui sont basées sur son combat pour la vérité.

– Philippe Karsenty, quels enseignements tirez-vous de cette affaire qui tire Ă  sa fin ?

– Le vrai problème aujourd’hui est politique. Le PrĂ©sident Sarkozy a pris une position de soutien au mensonge de France 2, en dĂ©pit du fait que j’ai gagnĂ© mon procès. Il a accordĂ© la LĂ©gion d’honneur Ă  Charles Enderlin. J’attends qu’après ma victoire dĂ©finitive, l’Etat d’IsraĂ«l prenne ses responsabilitĂ©s, et que le soutien Ă  Charles Enderlin, qui sĂ©vit dans la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne, soit stoppĂ©.

 

– Pourquoi ce combat vous semble-t-il si important

C’est l’image la plus destructrice qui ait été créée pour entraîner la diabolisation d’Israël dans le monde. Depuis la création de l’Etat d’Israël, il n’a existé aucune image d’une telle intensité, ayant pour but de détruire l’image d’Israël. Le problème est, qu’en Israël, la plupart des gens ne l’ont pas compris, et ne lui ont pas accordé l’importance historique qui lui est due. Cette image a entraîné un changement de l’opinion publique mondiale, qui s’est retournée contre Israël. Le journaliste Daniel Pearl a été assassiné pour venger la « mort » de Mohamed al Dura. Ben Laden s’en est servi sur internet pour recruter des volontaires pour les attentats des tours jumelles. En Israël, personne ne s’en est aperçu. Autre exemple, quand j’ai visité Bamako, capitale du Mali en Afrique, j’ai vu que la place principale de la ville s’appelle « Place de l’enfant martyr de Palestine ». Il y trône une statue géante représentant le petit Mohammed al-Dura.

 

– Vous avez payĂ© le prix fort du point de vue personnel. Toute votre vie s’est concentrĂ©e autour de l’affaire Al-Dura. Cela en a-t-il valu la peine ?

– Quand j’ai gagnĂ© mon procès contre France 2, 800 journalistes ont signĂ© une pĂ©tition contre moi pour dire que je suis un nĂ©gationniste – un terme rĂ©servĂ© en France a ceux qui nient la Shoah – car, selon eux, j’ai niĂ© la mort de l’enfant. Et ça continue ! Tous les mĂ©dias se sont comportĂ©s de manière ignoble, et mĂŞme les ambassadeurs d’IsraĂ«l en France, sauf Elie Barnavi, se sont opposĂ©s Ă  moi. Les radios juives ont soutenu Enderlin sans discontinuer. Cette histoire m’a touchĂ© dans ma vie et m’a isolĂ© durant toutes ces annĂ©es ; les gens me prenaient pour un fou. Quand on a une responsabilitĂ© historique, il faut aussi l’assumer.

 

– Aujourd’hui vous ĂŞtes candidat aux Ă©lections au Parlement Français. Quel est votre programme ?

Je me situe au centre droit. Je ne m’identifie avec aucun parti. Mon programme est la défense des intérêts des citoyens français d’Israël, de Grèce, d’Italie et de Turquie. Je veux défendre les valeurs qui ne sont plus défendues à l’Assemblée nationale aujourd’hui : pluralisme, indépendance des médias et culture. Je parle de la défense de la culture occidentale, des valeurs et des principes d’une société ouverte, de la démocratie.

 

– Que pensez-vous de la politique IsraĂ©lienne ?

– Je ne veux pas m’immiscer dans la politique intĂ©rieure d’IsraĂ«l. Je ne suis pas candidat Ă  la Knesset. Je suis candidat aux Ă©lections en France, mais je pense qu’IsraĂ«l aussi a besoin de la vĂ©ritĂ©. Ce qui me gĂŞne, lorsque j’observe la politique israĂ©lienne, c’est qu’il me semble que les IsraĂ©liens acceptent les mensonges profĂ©rĂ©s par les autres pays. Par exemple, lorsqu’on leur dit que Mahmoud Abbas est un partenaire pour la paix, alors que l’on sait que, parallèlement, il incite Ă  la haine dans les territoires palestiniens, signe un traitĂ© avec le Hamas et se prĂ©pare Ă  la guerre. Je pense qu’IsraĂ«l ne peut pas prendre le risque de faire la paix avec des gens qui veulent la guerre.»

 

– Quelle est votre position sur les « malentendus » entre la communautĂ© juive en France et les IsraĂ©liens, y compris l’affaire Lee Zitouni ?

– Quand on voit l’attitude diplomatique de la France envers IsraĂ«l, sous couvert de mots amicaux, on perçoit une hostilitĂ© inimaginable. La reconnaissance d’un pseudo pays palestinien Ă  l’Unesco est un acte ignoble qui passera dans l’histoire comme un acte supplĂ©mentaire de traĂ®trise de la France. Sarkozy a commencĂ© avec des mots très amicaux envers IsraĂ«l, puis est devenu très hostile, tout en continuant Ă  prĂ©tendre qu’il est un ami d’IsraĂ«l. Je ne pense pas qu’il y ait place pour une hostilitĂ© entre les Juifs français et israĂ©liens en ce qui concerne Lee Zitouni : il y a une manipulation cynique des politiciens israĂ©liens et français qui veulent utiliser ce cas Ă  leur avantage. Il y a des lois en France et il y a des lois en IsraĂ«l. On ne va pas les changer Ă  cause de deux chauffards meurtriers. Il y a la possibilitĂ© de les juger en France. Il n’existe pas de traitĂ© d’extradition entre les deux pays. Est-ce que vraiment tous les citoyens français qui vivent en IsraĂ«l voudraient tout remettre en question et se mettre en danger d’extradition pour d’autres raisons ? »

 

Publié dans le Maariv, interview réalisée par Gideon Kuts, le 15 février 2012. – Adaptation française JSSNews