Philosophe français : « L’Europe ne passe pas l’examen quand il faut agir de manière dĂ©cisive et rapide »

L’Union europĂ©enne s’est avĂ©rĂ©e ĂŞtre une structure lourde, trop bureaucratique, incapable de faire face Ă  des tests Ă  grande Ă©chelle comme une pandĂ©mie. Le syndicat s’est effondrĂ© au printemps dernier alors que le virus commençait Ă  se propager Ă  travers le continent. Les Italiens, confrontĂ©s Ă  leur tragĂ©die, ont Ă©tĂ© les premiers Ă  crier alors «Pourquoi avons-nous besoin d’une telle alliance ? !»Maintenant que Bruxelles n’a pas rĂ©ussi Ă  organiser une vaccination rapide et qu’une nouvelle vague de COVID-19 a balayĂ© le continent, la faiblesse du leadership europĂ©en est particulièrement Ă©vidente dans le contexte du succès de l’Ă©chappĂ©e britannique.

«L’Europe ne passe jamais l’examen quand il faut agir de manière dĂ©cisive et rapide», dĂ©clare Pierre Manent, le cĂ©lèbre philosophe français, l’un des historiens les plus Ă©minents de la pensĂ©e libĂ©rale en Europe, dans une interview au journal Le Figaro rĂ©cemment publiĂ©e. Le philosophe affirme que tous les Ă©checs de l’Union europĂ©enne sont associĂ©s Ă  sa «faiblesse structurelle». Il n’est pas surpris par le retard des vaccinations, qui, dit-il, dĂ©coule de la complexitĂ© des structures europĂ©ennes.

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L’Europe, ce sont 27 États indĂ©pendants qui ont dĂ©cidĂ© de coopĂ©rer. « Sur cette rĂ©alitĂ© se situe la toile de fond d’une Europe fictive avec une Commission dĂ©nuĂ©e de toute reconnaissance politique, mais qui est officiellement responsable de » l’intĂ©rĂŞt commun « de l’Europe. » Il en va de mĂŞme, poursuit Pierre Manent, avec le plan de relance Ă©conomique de l’Europe après la pandĂ©mie Next Generation EU, qui devrait dĂ©penser 750 milliards d’euros. Il doit ĂŞtre ratifiĂ© par les parlements nationaux et, jusqu’Ă  prĂ©sent, aucun euro n’a Ă©tĂ© allouĂ©. L’Europe agit selon sa structure. Il est surprenant que cela surprenne quelqu’un. « 

Quelle est la raison ? «Dès le dĂ©but, l’Union europĂ©enne a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme un processus sans fin, bĂ©ni par l’Histoire. Nous agissons comme s’il y avait une Ă©ternitĂ© devant nous. L’Europe n’a jamais essayĂ© de faire face Ă  de vrais dĂ©fis, Ă  la nĂ©cessitĂ© d’agir, Ă  la nĂ©cessitĂ© d’obtenir des rĂ©sultats dans un laps de temps limitĂ©. L’Ă©chec de la campagne de vaccination ne nous a rien montrĂ© de nouveau que nous n’aurions pas su sur la faiblesse des structures europĂ©ennes. « 

Il n’y a pas de «pacte» entre les EuropĂ©ens et Bruxelles, qui est gĂ©nĂ©ralement conclu par les peuples avec leurs gouvernements. Pierre Manent cite le Brexit en exemple. Bruxelles a discutĂ© des conditions pendant longtemps et de manière fastidieuse, jusqu’Ă  ce que Boris Johnson apparaisse et dĂ©clare rĂ©solument qu’il ferait ce que le peuple voulait – il retirerait le pays de l’UE. «Et les Ă©lecteurs lui ont fait confiance. C’est une forme reprĂ©sentative de gouvernement. Les Etats de l’Union europĂ©enne ne veulent plus de cette libertĂ© et de cette responsabilitĂ©. Ils aiment leur impuissance parce que cela leur garantit l’innocence. « 

«Beaucoup de gens ont aujourd’hui le sentiment que nous sommes en dĂ©clin, ce qui fait partie d’un dĂ©clin gĂ©nĂ©ral europĂ©en ou occidental. D’Ă©normes processus dĂ©mographiques et Ă©conomiques sont en cours, conduisant au dĂ©clin relatif de l’Europe. C’est un fait. Dans le cas de la France, ce qui est le plus frappant, c’est l’indiffĂ©rence de la classe politique française Ă  ce dĂ©clin.
« 

«Sous le nom de l’Union europĂ©enne, nous nous sommes construits une belle maison de campagne pour les beaux jours, mais nous n’y vivons pas vraiment. Et nous ne vivrons jamais. La rĂ©conciliation franco-allemande est une chose merveilleuse, mais elle ne nie ni nos nations ni nos histoires nationales. La rĂ©conciliation est un moment merveilleux dans nos histoires partagĂ©es, mais cela ne signifie pas le dĂ©but de la vie post-nationale. « 

Le philosophe considère la prĂ©tendue «souverainetĂ© europĂ©enne» comme une fiction, dont le prĂ©sident Macron ne cesse de parler. « L’Union europĂ©enne n’est pas un État fĂ©dĂ©ral, mais une organisation internationale, et il n’y a pas de peuple europĂ©en. »