Quand Jean-Jacques Rousseau a manifestĂ© Ă  JĂ©rusalem … sur la rue Balfour.

C’Ă©tait la semaine oĂą des manifestants de gauche ont manifestĂ© au nom de la RĂ©volution française et ont tentĂ© de franchir les postes de contrĂ´le de la police devant la maison du Premier ministre sur la rue Balfour qui est devenu la place de la Bastille.

Que sait l’Israélien moyen de la révolution francaise ?

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

S’il se souvient de quoi que ce soit des leçons d’histoire, il se souvient vaguement du mĂŞme rĂ©cit – un royaume terrible et dĂ©tachĂ© du peuple, Marie Antoinette et les gâteaux, la libertĂ©, l’Ă©galitĂ© et la fraternitĂ©, la rĂ©volte populaire, le roi meurt, puis la dĂ©mocratie et ils ont vĂ©cu heureux pour toujours. Fin de l’histoire.

Oui, bien que beaucoup de gens aient Ă©tĂ© tuĂ©s, c’est vrai, le citoyen moyen vous le dira, mais grâce Ă  eux, la France a gagnĂ© la dĂ©mocratie. La noblesse a cessĂ© d’exploiter le petit citoyen, les emplois n’Ă©taient plus partagĂ©s entre plusieurs familles nombreuses et, surtout, le gouvernement français a commencĂ© Ă  prendre soin de ses citoyens, Ă  leur fournir des droits humains fondamentaux et Ă  ne plus les exploiter pour des conquĂŞtes inutiles.

Rien dans ce rĂ©cit n’est historiquement inexact. L’ignorance devrait nous dĂ©ranger, car parfois, dans l’histoire, il y a des mĂ©ga-Ă©vĂ©nements qui forment le bassin versant. Histoire, philosophie, thĂ©ologie, sociologie et Ă©conomie – partout la RĂ©volution française et l’esprit qui l’a menĂ©e sont d’une immense importance. Revenons donc Ă  l’histoire.

600 000 Français sont morts d’attentats, de conflits internes, de famine, de maladies et de guerres. L’Ă©conomie française a Ă©tĂ© dĂ©truite, l’inflation a fait rage et le chĂ´mage a grimpĂ©. La destruction de l’Ă©glise a conduit Ă  la destruction du système Ă©ducatif et des mĂ©canismes caritatifs. La nationalisation des hĂ´pitaux et le dĂ©mantèlement des ordres des religieuses qui les dirigeaient ont causĂ© des catastrophes pendant des gĂ©nĂ©rations.

La France post-rĂ©volutionnaire Ă©tait un État plus totalitaire que les rois de l’ancien rĂ©gime auraient pu l’imaginer. La bureaucratie a pris des proportions Ă©normes. Puis, Ă  la fin d’une dĂ©cennie sanglante, l’apogĂ©e est arrivĂ©e. L’empereur NapolĂ©on Bonaparte est le rĂ©sultat direct de la rĂ©volution et est arrivĂ© au pouvoir une dĂ©cennie plus tard. Un voyage de l’ego qui a un complexe psychologique qui porte son nom. NapolĂ©on a conquis l’Europe, tentĂ© de conquĂ©rir le monde, envahi la Russie en hiver et a fini par ĂŞtre vaincu par les Britanniques. Jusqu’Ă  son renversement, NapolĂ©on a divisĂ© les royaumes, les principautĂ©s et les duchĂ©s parmi les membres de sa famille comme dans un jeu de Monopolie dans une maison de fous.

Vous ĂŞtes gĂŞnĂ© de discuter, mĂŞme si historiquement la rĂ©volution a Ă©chouĂ© dans l’immĂ©diat, elle a encouragĂ© et diffusĂ© au monde les idĂ©es avancĂ©es des Lumières et de la dĂ©mocratie, LibertĂ©, Ă©galitĂ© et fraternitĂ© mĂŞme s’ils pensaient que c’Ă©tait ce qu’ils promouvaient, ils ont promu tout le contraire.

Platon, le plus grand et le plus influent des philosophes, a consacrĂ© son chef-d’Ĺ“uvre Ă  la thĂ©orie politique qu’il a dĂ©veloppĂ©e, celle qui crĂ©erait l’Ă©tat parfait, et en lui l’homme parfait. Platon a inventĂ© l’idĂ©ologie, la tentative d’imposer une thĂ©orie Ă  la rĂ©alitĂ©. Divisons-le en moyens et en rĂ©sultats. Les moyens de l’Ă©tat parfait sont la règle des plus sages, leur pleine autoritĂ© sur la sociĂ©tĂ©, la censure sĂ©vère de l’art et de la culture, l’abolition des biens et du droit Ă  la propriĂ©tĂ© privĂ©e, l’abolition de l’initiative privĂ©e, la dissolution de la famille, l’abolition des diffĂ©rences entre hommes et femmes. L’idĂ©e gĂ©nĂ©rale – la planification par le gouvernement de chaque instant de la vie, avec qui vous serez nĂ©, avec qui vous amènerez des enfants et avec quoi vous travaillerez. La devise – chacun travaille au mieux de ses capacitĂ©s et reçoit selon ses besoins.

Les moyens vous sont familiers, non ? Pour Platon, ce qui est Ă©tonnant, c’est la sincĂ©ritĂ©. Il explique qu’un pays qui sera divisĂ© en classes rigides, sans leadership social. Il parle d’une initiative politique stupide et manquante qui sera dirigĂ©e en troupeau. Il dĂ©crit la sociĂ©tĂ© qui peut rester figĂ©e dans le temps pendant des siècles. La dissolution de l’identitĂ© et des sentiments personnels et la pleine identitĂ© des intĂ©rĂŞts entre l’individu et l’État. Non seulement en acte mais aussi en conscience, il ne sera plus impossible de s’opposer Ă  l’Ă©tat.

Ce qu’Orwell a Ă©crit comme une dystopie, Platon l’a Ă©crit plus tĂ´t comme une utopie. C’est ce qui a conduit les chefs de file de la rĂ©volution, le dĂ©sir de concevoir la rĂ©alitĂ©. Pour façonner la vie selon la thĂ©orie politique. Et pourtant, comment les Jacobins ont-ils ignorĂ© les rĂ©sultats prĂ©vus ? Comment l’appel Ă  la libertĂ©, l’Ă©galitĂ© et la fraternitĂ© s’est-il conciliĂ© avec les mesures platoniques prises par Robespierre et Danton ? Pour les comprendre en profondeur, il faut remonter Ă  un autre philosophe, Jean-Jacques Rousseau, qui a influencĂ© les penseurs de la rĂ©volution. Rousseau Ă©tait douĂ© sans doute. Il a Ă©crit sur l’Ă©ducation et son influence est Ă©vidente Ă  ce jour mais a Ă©galement abandonnĂ© ses cinq enfants dans des orphelinats.

La philosophie de Rousseau contient en elle les germes d’un dĂ©sastre en France. Pour Rousseau, la rĂ©alitĂ© est en contradiction interne. Il aime l’humanitĂ©, mais ne tolère tout simplement pas les gens. Dans la « Charte sociale », Rousseau dĂ©clare que les intĂ©rĂŞts de l’individu et de l’État sont les mĂŞmes, et il est de la responsabilitĂ© de l’État de mettre en Ĺ“uvre la « volontĂ© gĂ©nĂ©rale » qui est un bon Ă©tat intangible qui reprĂ©sente le total des « dĂ©sirs privĂ©s » que tous les individus ont. L’individu perd sa libertĂ© naturelle mais gagne la libertĂ© institutionnalisĂ©e. Et qui n’en veut pas ? Rousseau rĂ©pond : « Alors ils le forceront Ă  ĂŞtre libre ».

Rousseau est l’homme qui dĂ©tache les moyens platoniques de leurs rĂ©sultats Ă©vidents et les infecte de rĂ©sultats nouveaux et sans fondement. La contradiction interne au sein de tout rĂ©gime totalitaire entre les bonnes intentions et le cauchemar rĂ©aliste dĂ©coule directement de la contradiction interne dans la philosophie entre les moyens et les rĂ©sultats. MĂŞme erreur, encore et encore. C’est ainsi que fut prĂ©parĂ©e la route philosophique de l’accident colossal de la route de Paris, en 1789.

Pendant 200 ans, presque Ă  partir du moment oĂą la rĂ©volution a lamentablement Ă©chouĂ©, la civilisation occidentale a supprimĂ© la mĂ©moire du dĂ©sastre. Comme une femme battue qui retourne chez son mari, l’Occident supprime les rĂ©sultats de la politique idĂ©ologique. Une ligne directe mène de Platon, Rousseau et la RĂ©volution en France, au communisme meurtrier en Russie et en Chine, Ă  la protestation aux États-Unis et au groupe dangereux qui a tentĂ© de dĂ©passer Balfour aux flambeaux.

Cette rĂ©pression nous coĂ»tera notre sang. Ceux qui ignorent les contradictions entre les moyens et les rĂ©sultats, ceux qui continuent de penser qu’une idĂ©ologie peut ĂŞtre imposĂ©e Ă  la rĂ©alitĂ©, Ă  droite comme Ă  gauche, facturent des prix du sang plus Ă©levĂ©s pour la race humaine que toute autre religion Ă  travers l’histoire. Ils n’ont disparu nulle part. Les rĂ©volutionnaires ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par des bolcheviks et des fascistes. Aujourd’hui, la gauche progressiste a pris sa place. Ils ont remis la Police de la PensĂ©e Ă  la mode. Ă€ mesure que ces forces se lèvent, elles mettent en danger l’existence mĂŞme de la civilisation occidentale et, sur la base de l’expĂ©rience historique, nos vies Ă©galement.

Il y avait un homme pendant la rĂ©volution qui s’est levĂ© et l’a criĂ©. Le père du conservatisme, le philosophe Edmund Barak. Barak s’est rendu compte que la tentative de transformer la rĂ©alitĂ© en un avenir rose Ă©chouerait toujours. L’idĂ©ologie mĂŞme est vouĂ©e Ă  l’Ă©chec. Il est impossible de rĂ©soudre tous les problèmes humains Ă  la hâte et en terminer. Quand on vous vend une utopie en shekels, ne le croyez pas. La rĂ©alitĂ© ne correspond pas aux idĂ©es. La façon de l’amĂ©liorer est dans un changement lent et contrĂ´lĂ©, avec beaucoup de respect pour la durabilitĂ© et la tradition. C’est peut-ĂŞtre plus ennuyeux et moins plein d’idĂ©alisme et d’esprit jeune. C’est tout simplement le seul moyen qui fonctionne.

Cet article a été publié en hébreu sur Israel Hayom