Quarantième jour depuis la mort de Khamenei : les Iraniens descendent dans les rues

Quarante jours après la mort du guide suprême Ali Khamenei, des foules se rassemblent dans les rues d’Iran pour marquer ce qui est, dans la tradition chiite, le deuil du quarantième jour — le rituel de l’Arba’een, moment de recueillement collectif et de réaffirmation de la communauté des croyants. C’est la première grande manifestation publique de deuil depuis la disparition de celui qui avait dirigé la République islamique pendant des décennies, et elle se produit dans un pays qui vient de signer un cessez-le-feu, dont les habitants avaient fui Téhéran en masse il y a 48 heures, et dont le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei gouverne encore dans l’ombre.

Le quarantième jour depuis la mort de Khamenei est un moment de basculement symbolique dans l’Iran post-guerre — et un test de cohésion sociale pour un régime fragilisé.

La tradition du quarantième jour dans le chiisme

Dans la culture chiite, le quarantième jour après un décès — appelé Chehellom ou Arba’een — est l’une des commémorations les plus importantes du cycle du deuil. Il marque la clôture de la période de deuil intense et constitue un moment de rassemblement familial et communautaire. Pour une figure religieuse et politique de la stature d’Ali Khamenei, ce rituel prend une dimension nationale et idéologique considérable.

Des foules se sont rassemblées dans les rues d’Iran pour marquer le quarantième jour depuis la mort de leur guide suprême Ali Khamenei. mako

Ces rassemblements sont à la fois sincères dans leur dimension religieuse et instrumentalisés dans leur dimension politique. Le régime iranien a toujours utilisé les grandes cérémonies de deuil comme démonstrations de force et de légitimité populaire. La question centrale est donc celle-ci : cette commémoration est-elle le signe d’une cohésion nationale consolidée par la guerre, ou d’un régime qui a besoin de montrer qu’il tient toujours la rue malgré les frappes, les pertes et la pression américaine ?

Un régime sous deux pressions simultanées

La commémoration se déroule dans un contexte d’une complexité rarement égalée dans l’histoire récente de la République islamique. D’un côté, l’Iran vient de conclure un cessez-le-feu avec les États-Unis — ce que le Conseil suprême de sécurité nationale a présenté comme une position de force, mais que des analystes régionaux lisent comme un recul contraint. De l’autre, le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei — fils du défunt, moins connu, moins légitimé idéologiquement que son père — prend ses fonctions dans des conditions de guerre et de négociation internationale qui auraient mis à l’épreuve n’importe quel successeur.

Les rassemblements du quarantième jour servent donc un double objectif pour le régime : affirmer la continuité dynastique et idéologique entre Ali et Mojtaba Khamenei, et signaler à l’intérieur comme à l’extérieur que la base sociale du régime demeure mobilisable malgré les semaines de guerre, les frappes sur les infrastructures industrielles et la fuite temporaire de millions de Téhéranais vers le nord du pays.

Ce que ces foules disent — et ne disent pas

Il serait aussi réducteur de lire ces rassemblements comme une manipulation pure que de les interpréter comme la preuve d’un soutien populaire massif et authentique au régime. La réalité iranienne est, comme toujours, plus nuancée. La mort d’un guide suprême déclenche des mécanismes de deuil qui dépassent la politique — des millions d’Iraniens ont grandi sous l’autorité d’Ali Khamenei, qu’ils l’approuvent ou non. Le quarantième jour est aussi un moment de bilan personnel, de réflexion sur ce que ces décennies de République islamique ont produit, de deuil mélangé à l’inquiétude pour l’avenir.

Ce qui se passe dans ces rues aujourd’hui dira beaucoup sur l’Iran des deux prochaines semaines de négociation à Islamabad : un pays dont la population a encaissé des frappes massives, perdu son guide historique, vécu une panique généralisée, et qui se retrouve maintenant à négocier avec Washington les conditions d’une paix dont personne ne sait encore si elle tiendra.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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