Depuis la semaine dernière, l’Iran a publiĂ© trois dĂ©clarations diffĂ©rentes, certaines contradictoires, au sujet de sa capture d’un espion prĂ©sumĂ© pour la CIA et du Mossad liĂ©es aux efforts de collecte d’informations sur l’ancien chef de la Force Quds du Corps des gardiens de la rĂ©volution islamique Qassem Soleimani.
Pourquoi ses déclarations publiques ont-elles été si décousues, et quel est le but de continuer à permettre des retombées de détails apparemment nouveaux sur une affaire qui aurait plus de six mois ?
Dans un premier temps, l’Iran a laissĂ© entendre que l’espion prĂ©sumĂ© avait Ă©tĂ© directement impliquĂ© dans l’assassinat de Soleimani le 3 janvier. Pourtant, dans une deuxième annonce publique, la RĂ©publique islamique a dĂ©clarĂ© que l’homme, nommĂ© Mahmoud Mousavi-Majd, avait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© avant l’assassinat de Soleimani.
Ă€ ce stade, un porte-parole judiciaire de TĂ©hĂ©ran a expliquĂ© que Mousavi-Majd avait Ă©tĂ© impliquĂ© dans l’espionnage de Soleimani avant l’assassinat proprement dit.
On ignore si Mousavi-Majd a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© l’Ă©tĂ© dernier lorsque l’Iran a affirmĂ© avoir capturĂ© 17 espions travaillant pour la CIA, dont certains auraient Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă mort.
Il est Ă©galement possible qu’il s’agisse d’un cas oĂą l’Iran a annoncĂ© une fausse arrestation d’un supposĂ© espion de la CIA ou du Mossad qui n’est en rĂ©alitĂ© qu’un Iranien dans l’opposition politique, que le rĂ©gime veut soustraire Ă l’influence.
Dans sa troisième annonce faite samedi, un porte-parole du pouvoir judiciaire a confirmĂ© la deuxième annonce que Mousavi-Majd avait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© avant le meurtre ciblĂ© du 3 janvier, mais a ajoutĂ© qu’il avait dĂ©mĂ©nagĂ© en Syrie pour aider Ă suivre les mouvements de Soleimani lĂ -bas.
Ce nouveau dĂ©tail Ă©tait intĂ©ressant car, selon NBC et Reuters, et confirmĂ© par le Jerusalem Post, des informateurs Ă Damas ont pu informer la CIA de l’avion sur lequel Soleimani se trouverait, ce que les renseignements israĂ©liens ont confirmĂ© et vĂ©rifiĂ©.
Des enquĂŞteurs irakiens ont dĂ©clarĂ© Ă Reuters en janvier que les États-Unis avaient l’aide de deux agents de sĂ©curitĂ© Ă l’aĂ©roport de Bagdad et de deux employĂ©s de Cham Wings Airlines – « un espion Ă l’aĂ©roport de Damas et un autre travaillant Ă bord de l’avion », a indiquĂ© la source.
Les enquĂŞteurs de l’agence de sĂ©curitĂ© nationale irakienne ont dĂ©clarĂ© qu’ils pensaient que les quatre suspects travaillaient au sein d’un groupe plus large de personnes fournissant des informations Ă l’armĂ©e amĂ©ricaine, a dĂ©clarĂ© le responsable.
D’un cĂ´tĂ©, il Ă©tait dĂ©routant de voir comment l’arrestation d’un espion en Iran aurait permis de dĂ©couvrir les principaux espions impliquĂ©s dans l’aide au meurtre ciblĂ©, Ă©tant donnĂ© que les principaux actifs Ă©taient basĂ©s en Syrie et en Irak.
Cette dernière troisième annonce pourrait clarifier cette tournure, en expliquant que Mousavi-Majd Ă©tait basĂ© en Syrie et pourrait avoir fait partie de l’Ă©quipe de suivi de Soleimani lĂ -bas.
Le porte-parole de la magistrature a dĂ©clarĂ© que Mousavi-Majd avait fourni Ă la CIA et au Mossad des renseignements sur les domaines dĂ©fensifs et militaires de l’Iran, en particulier le ministre de la DĂ©fense, la Force QGC IRGC, le trafic de responsables militaires et les lieux oĂą Soleimani a sĂ©journĂ© pendant la pĂ©riode du 21 mars 2017 au 20 mars 2019.
Il a ajouté que, alors que Mousavi-Majd et sa famille résidaient en Syrie, il prétendait coopérer avec des conseillers iraniens là -bas, tout en collectant des renseignements sur eux.
Le dernier point intĂ©ressant est que l’Iran rĂ©pète qu’il a espionnĂ© non seulement pour la CIA, mais aussi pour le Mossad. Personne ne conteste que ce soit une frappe de drones amĂ©ricains en Irak qui ait tuĂ© Soleimani.
De plus, bien qu’IsraĂ«l n’ait pris aucun crĂ©dit dans l’attaque, les services de renseignements israĂ©liens ont jouĂ© un rĂ´le dĂ©terminant dans l’assassinat ciblĂ©, a rapportĂ© NBC News Ă l’Ă©poque et le Post l’a confirmĂ© de manière indĂ©pendante.
Mais Israël préfère souvent garder un profil bas de tout rôle dans de telles opérations pour réduire les risques de représailles, et cette stratégie semble avoir fonctionné à ce jour.
Bien que l’Iran ait rĂ©pondu par des frappes de missiles sur des bases amĂ©ricaines en Irak, ces frappes n’ont pas tuĂ© de troupes amĂ©ricaines, il n’y a eu aucune riposte officielle contre IsraĂ«l et le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump a rapidement dĂ©clarĂ© la crise terminĂ©e en quelques jours.
Rien de tout cela signifie que l’Iran ne ripostera pas contre IsraĂ«l plus tard ou peut-ĂŞtre qu’il a essayĂ© et Ă©chouĂ© sous le radar. Mais dès que TĂ©hĂ©ran mentionne le Mossad Ă plusieurs reprises, cela pourrait poser la question embarrassante en interne de savoir pourquoi ?
Le but de ces dĂ©clarations peut avoir moins Ă voir avec les guerres d’espionnage constantes entre l’Iran et les États-Unis et IsraĂ«l, et davantage Ă dĂ©tourner simplement la population de la catastrophe du coronavirus en cours.
Si l’Iran a rĂ©ussi ou non Ă riposter et s’il a dĂ©mantelĂ© toute la cellule des actifs qui ont aidĂ© la CIA Ă Ă©liminer Soleimani, le fait de se plaindre des «grands et petits Satans» est une stratĂ©gie de choix pour que le rĂ©gime dĂ©tourne le public de l’intĂ©rieur du pays face Ă aux victimes du coronavirus et une Ă©conomie de plus en plus basse.





