Quelles armes nucléaires la Russie possÚde-t-elle dans son arsenal ?

Les menaces rĂ©centes du prĂ©sident russe Vladimir Poutine ont mis les puissances mondiales Ă  bout alors qu’elles se demandent si le conflit ukrainien pourrait dĂ©gĂ©nĂ©rer en utilisation d’armes nuclĂ©aires par la Russie. Au cours du week-end, la sociĂ©tĂ© de renseignement israĂ©lienne ImageSat International (ISI) a dĂ©clarĂ© avoir dĂ©tectĂ© une « prĂ©sence irrĂ©guliĂšre » de bombardiers stratĂ©giques russes TU-160 et TU-95 dĂ©ployĂ©s sur la base aĂ©rienne d’Olenya prĂšs de la Finlande.

Selon les images satellites, quatre TU-160 ont été détectés le 21 août et trois TU-95 ont été détectés le 25 septembre. Ces deux avions ont la capacité de transporter des armes nucléaires.

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Selon un article publiĂ© par la FĂ©dĂ©ration des scientifiques amĂ©ricains « le TU-160 est un bombardier stratĂ©gique multi-missions conçu pour des opĂ©rations allant de vitesses subsoniques et basses altitudes Ă  des vitesses supĂ©rieures Ă  Mach 1 Ă  haute altitude. Les deux baies d’armes peuvent accueillir diffĂ©rentes charges spĂ©cifiques Ă  la mission, y compris des missiles de croisiĂšre stratĂ©giques, des missiles guidĂ©s Ă  courte portĂ©e, des bombes nuclĂ©aires et conventionnelles et des mines. »

Dans le mĂȘme temps, la Russie a accĂšs Ă  des armes nuclĂ©aires tactiques et certaines voix pro-Moscou ont suggĂ©rĂ© que la Russie pourrait utiliser ces systĂšmes. Ramzan Kadyrov, le chef de la TchĂ©tchĂ©nie, a suggĂ©rĂ© que Moscou devrait envisager d’utiliser une arme nuclĂ©aire Ă  faible rendement ou tactique en Ukraine.

Combien d’armes nuclĂ©aires la Russie a-t-elle en sa possession ?
Un rapport du FAS en 2022 indiquait que la Russie possĂ©dait 5 977 armes nuclĂ©aires . Parmi ceux-ci, la Russie en compte 1 588 qui sont classĂ©s comme « dĂ©ployĂ©s » tandis que les autres sont en rĂ©serve ou Ă  la retraite. Cela signifie que la Russie a accĂšs Ă  quelque 1 500 anciens stocks d’armes nuclĂ©aires et Ă  2 889 autres qui sont « retirĂ©s ».

Dans l’ensemble, le stock d’armes de la Russie a considĂ©rablement diminuĂ© par rapport Ă  une estimation de quelque 40 000 qu’elle aurait possĂ©dĂ©e dans les annĂ©es 1980. Depuis 2000, l’arsenal a encore diminuĂ©, passant d’environ 10 000 de ces missiles destructeurs du monde Ă  un peu plus de la moitiĂ© de ce montant.

L’Ă©tude la plus rĂ©cente sur l’arsenal nuclĂ©aire russe , Ă©galement menĂ©e par FAS en fĂ©vrier 2022, nous donne un aperçu de ces armes Ă  la veille de la guerre en Ukraine.

Un officier russe prend une photo d'un bombardier TU-95, ou Bear, sur une base aérienne militaire à Engels, à environ 900 km (559 miles) au sud de Moscou.  (crédit : REUTERS/SERGEI KARPUKHIN)

Quelles armes nucléaires la Russie possÚde-t-elle dans son arsenal ?
La Russie dispose de 812 missiles balistiques terrestres Ă©quipĂ©s d’ogives nuclĂ©aires. 512 autres de ces missiles sont placĂ©s sur des sous-marins et peuvent ĂȘtre lancĂ©s depuis l’eau. On pense qu’il y a 200 missiles supplĂ©mentaires dans les bases de bombardiers lourds. Le reste des armes nuclĂ©aires possĂ©dĂ©es par la Russie sont entreposĂ©es, dont 977 ogives stratĂ©giques, ainsi que 1 912 ogives non stratĂ©giques.

Quelle est la puissance des armes nucléaires russes ?
Les bombes sont mesurées en kilotonnes de TNT, les bombes plus petites pesant en moyenne 1 kilotonne (ou mille tonnes de TNT).

Les armes plus grosses pĂšseront plus de 100 kilotonnes et, pour les armes stratĂ©giques, jusqu’Ă  1 000 kilotonnes. La bombe larguĂ©e sur Hiroshima en 1945 Ă©tait de 15 kilotonnes. La plus grosse bombe nuclĂ©aire russe, la Tsar Bomba, a Ă©tĂ© testĂ©e en 1961 et on pense qu’elle pesait environ 50 mĂ©gatonnes, soit la mĂȘme taille que 50 millions de tonnes de TNT.

Un missile balistique à capacité nucléaire à moyenne portée SS-4 de l'Úre soviétique désactivé est exposé à la forteresse de La Cabana à La Havane le 15 octobre 2012. (Crédit : REUTERS/DESMOND BOYLAN)

Quels systÚmes la Russie utilise-t-elle pour ses armes nucléaires ?
L’un des systĂšmes utilisĂ©s par la Russie est le SS-18 (Ă©galement appelĂ© le « Satan »), un missile massif d’un poids de 191 000 kg. Il contient plusieurs vĂ©hicules de rentrĂ©e qui peuvent ĂȘtre ciblĂ©s, ce qui lui permet de transporter plusieurs missiles.

Il a un propulseur liquide Ă  deux Ă©tages et selon le type, il peut aller jusqu’Ă  16 000 km. Cependant, la plupart de ces missiles plus anciens ont Ă©tĂ© retirĂ©s et les versions rĂ©centes ont soit une grosse ogive, soit plusieurs ogives. Un nouveau missile appelĂ© SS-X-30 (Ă©galement connu sous le nom de Sarmat) est en cours de dĂ©veloppement et est censĂ© remplacer ces missiles.

Le Sarmat, ou RS-28, est l’une des six armes stratĂ©giques russes que Poutine prĂ©conise depuis une dĂ©cennie. Il comprend Ă©galement un MIRV ou plusieurs vĂ©hicules de rentrĂ©e pour transporter plusieurs ogives.

Un autre systĂšme, le SS-27, est en service depuis 1997 dans divers modĂšles et a Ă©tĂ© dĂ©ployĂ© en 2010. Il s’agit d’un ICBM Ă  combustible solide et peut parcourir 11 000 km, avec une ogive jusqu’Ă  1 200 kg. Le missile a d’abord Ă©tĂ© placĂ© dans des silos SS-19 et ceux-ci ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s pendant une dĂ©cennie jusqu’Ă  ce que le missile soit Ă©galement placĂ© sur de gros camions pouvant fonctionner comme des transporteurs mobiles. La Russie a cherchĂ© Ă  fabriquer 350 de ces missiles, mais a ensuite commencĂ© Ă  travailler sur un missile appelĂ© SS-24. Selon le site Web Missile Threat « Suite Ă  la mise en Ɠuvre de New START, la Russie possĂ©dait 15 Topol-Ms mobiles sur route et 50 basĂ©s sur des silos5. Selon un rapport amĂ©ricain de 2013, il y avait environ 80 missiles opĂ©rationnels.

Missiles nucléaires sous-marins
Pour la flotte sous-marine russe de missiles Ă  capacitĂ© nuclĂ©aire, il y a l’ancien missile connu sous son nom de rapport OTAN SS-N-23 Skiff et le plus moderne R-29RMU2 Sineva. Ces missiles pouvaient initialement parcourir environ 8 300 km et transporter une ogive de 2 800 kg et transporter jusqu’Ă  quatre ogives multiples. Selon Missile Threats, « le missile utilise un moteur Ă  propergol liquide Ă  trois Ă©tages et mesure 14,9 m de long, avec une largeur maximale de 1,9 mĂštre ». Ceux-ci ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s en 1973 et testĂ©s dans les annĂ©es 1980. La Russie possĂ©dait autrefois plus de 100 de ces missiles et a commencĂ© Ă  prolonger leur durĂ©e de vie en crĂ©ant un programme appelĂ© « Sineva ». Les rapports indiquent que la Russie en possĂšde des dizaines.

Une image fixe d'une vidĂ©o, publiĂ©e par le ministĂšre russe de la DĂ©fense, montre ce qu'il a dit ĂȘtre un sous-marin Ă  propulsion nuclĂ©aire russe naviguant pendant les exercices militaires Umka-2022 dans la mer de Chukchi, dans cette image fixe tirĂ©e d'une vidĂ©o publiĂ©e le 16 septembre 2022. (crĂ©dit : MINISTÈRE DE LA DÉFENSE RUSSE/HANDOUT VIA REUTERS)

Missiles nucléaires aéroportés
Dans les airs, la Russie a le TU-95 Bear, un gros bombardier intercontinental dĂ©veloppĂ© dans les annĂ©es 1950, bien qu’il ait depuis Ă©tĂ© mis Ă  jour Ă  plusieurs reprises. Selon le site Internet Global Security, « le Kh-55 est au service de la Russie depuis 1984 en tant que missile de croisiĂšre Ă  lancement aĂ©rien Ă  armement nuclĂ©aire. Le missile porte une tĂȘte nuclĂ©aire de 200 kt. Le Kh-55 est le pendant soviĂ©tique du missile de croisiĂšre amĂ©ricain AGM-86 ALCM. Les missiles de croisiĂšre Kh-55 sont dĂ©ployĂ©s avec les bombardiers stratĂ©giques TU-95 MS et TU-160. Chaque bombardier TU-95MS peut transporter jusqu’Ă  six missiles X-55, situĂ©s sur une installation de tambour de lancement de type catapulte dans le compartiment Ă  bombes de l’avion. En plus du lanceur rotatif interne, le Bear peut transporter plus de Kh-55 Ă  l’extĂ©rieur, mais dans des conditions de vol en surcharge.

Le Tupolev TU-160, en service depuis la fin des années 1980, est le bombardier nucléaire russe le plus moderne et est équipé pour transporter le missile nucléaire à courte portée Kh-15. Selon le site Web ukrainien NV, « les bombardiers stratégiques TU-95 et TU-160 ont été développés en URSS au début des années 1950 et au début des années 1980, respectivement. Ces jets sont parmi les plus puissants et les plus grands au monde. Entre autres choses, ils peuvent transporter des armes nucléaires.

Le site Web indique que «la masse maximale au dĂ©collage du Tu-160 est de 275 tonnes et la masse maximale de sa charge utile de combat est de 45 tonnes. Le bombardier peut atteindre une hauteur de 16 km, dĂ©velopper une vitesse allant jusqu’Ă  2 230 km/h et voler jusqu’Ă  14 000 km sans faire le plein.

La Russie pourrait Ă©galement utiliser des armes nuclĂ©aires tactiques plus petites. Il s’agirait d’armes avec une portĂ©e plus courte, et elles peuvent ĂȘtre de plus petites quantitĂ©s de souffle, comme une kilotonne ou des dizaines de kilotonnes.

Missiles nucléaires lancés au sol
La Russie possĂšde Ă©galement un missile appelĂ© SSC-8, un missile de croisiĂšre lancĂ© au sol (GLCM). Selon le site Internet Missile Threat, « en janvier 2014, les États-Unis ont informĂ© leurs alliĂ©s de l’OTAN d’un missile russe qui violait les rĂ©glementations sur la portĂ©e et les lanceurs du TraitĂ© sur les forces nuclĂ©aires intermĂ©diaires (FNI).

Dans un rapport de conformitĂ© officiel de juillet 2014, les États-Unis ont conclu que la « FĂ©dĂ©ration de Russie violait ses obligations en vertu du traitĂ© INF de ne pas possĂ©der, produire ou tester en vol un GLCM d’une portĂ©e de 500 Ă  5 500 km, ou de possĂ©der ou produire des lanceurs de tels missiles. Bien que le missile n’ait pas Ă©tĂ© nommĂ© Ă  l’Ă©poque, les analystes reconnaissent aujourd’hui que le SSC-8 est le missile non conforme mentionnĂ© dans le rapport.

Des composants du systÚme de missiles de croisiÚre SSC-8/9M729 sont exposés lors d'une conférence de presse, organisée par les ministÚres russes de la Défense et des Affaires étrangÚres, au Patriot Expocentre prÚs de Moscou, en Russie, le 23 janvier 2019. (Crédit : REUTERS/MAXIM SHEMETOV)
On pense que la Russie en possĂšde 20. Le rapport du FAS, qui renvoie Ă  un article du Bulletin of Atomic Scientists, indique que « ce chiffre suppose cinq bataillons SSC-8, chacun avec quatre lanceurs, pour un total de 80 missiles. On suppose qu’il y a au moins un rechargement pour au moins 160 missiles. On pense que la plupart sont conventionnelles, avec 4 Ă  5 ogives nuclĂ©aires par bataillon pour un total d’environ 20. »

Les armes nuclĂ©aires de la Russie pourraient ne plus ĂȘtre utilisables
Dans un rĂ©cent article de CNN, Hamish de Bretton-Gordon, ancien officier de l’armĂ©e britannique et ancien commandant des forces chimiques, biologiques, radiologiques et nuclĂ©aires (CBRN) du Royaume-Uni et de l’OTAN, a Ă©voquĂ© cette question des capacitĂ©s nuclĂ©aires de la Russie. InterrogĂ© sur les armes nuclĂ©aires tactiques, il a dĂ©clarĂ© que les ogives et les missiles russes « sont probablement dans un Ă©tat raisonnable, mais les vĂ©hicules sur lesquels ils sont montĂ©s sont, je crois et j’en ai une bonne autoritĂ©, en mauvais Ă©tat. A en juger par l’Ă©tat du reste de la Russie L’Ă©quipement de l’armĂ©e exposĂ© en Ukraine, c’est une hypothĂšse juste.

Il a notĂ© que « je crois que les armes nuclĂ©aires tactiques de Poutine sont inutilisables. MĂȘme si leurs vĂ©hicules fonctionnent, dĂšs qu’ils allumeront leurs moteurs pour se dĂ©placer, ils seront rĂ©cupĂ©rĂ©s par les services de renseignement amĂ©ricains et de l’OTAN. Cela signifie que l’option nuclĂ©aire tactique de la Russie pourrait ĂȘtre plus faible que ce que le dirigeant tchĂ©tchĂšne a indiquĂ© dans ses rĂ©cents commentaires.

Alors que les responsables occidentaux pensent que Poutine essaie de dissuader l’Occident, un article d’ABC news a notĂ© que « mĂȘme une arme nuclĂ©aire Ă  faible rendement utilisĂ©e sur le champ de bataille, en plus de tuer des troupes dans les environs immĂ©diats, contaminerait toujours une vaste zone et exposerait un grand nombre de personnes ». des civils en Ukraine densĂ©ment peuplĂ©e et dans les pays voisins aux risques radiologiques. En fait, la Russie et son alliĂ© la BiĂ©lorussie seraient confrontĂ©s au risque de contamination le plus Ă©levĂ© en raison des vents dominants. »