Rapport : les États-Unis ont transféré des armes d’Asie et d’Europe en raison d’un épuisement des stocks à un « niveau préoccupant »

La guerre menée par les États-Unis contre l’Iran a épuisé les stocks d’armement de Washington jusqu’à un niveau jugé préoccupant, poussant le Pentagone à transférer rapidement des navires, des avions et des unités de défense antiaérienne depuis l’Europe et l’Asie vers le Moyen-Orient. C’est ce qu’a rapporté le New York Times, citant des hauts responsables. Selon des experts cités par le quotidien américain, cette réduction rapide de l’approvisionnement en Europe et en Asie — qu’il s’agisse de missiles de défense antiaérienne ou d’autres armements critiques — pourrait encourager la Russie et la Chine à envisager une confrontation potentielle avec les États-Unis.

Des stocks mis à rude épreuve après des mois de conflit

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Le conflit prolongé entre Washington et Téhéran a considérablement sollicité l’arsenal américain de défense antimissile. Selon des estimations relayées par plusieurs médias américains, le Pentagone aurait utilisé plus de 1 200 intercepteurs Patriot au cours des combats, chacun coûtant plus de 4 millions de dollars, ainsi que plus de 1 000 missiles sol-sol de précision de type ATACMS, laissant les inventaires à un niveau jugé inquiétant par des responsables du département de la Défense et des élus du Congrès.

Cette situation a conduit les forces américaines à puiser dans les stocks déployés ailleurs dans le monde pour combler les besoins urgents du théâtre moyen-oriental. Des batteries entières de systèmes Patriot ont ainsi été déplacées depuis l’Indo-Pacifique, où elles étaient positionnées pour faire face à d’éventuelles tensions avec la Chine, tandis que d’autres unités ont quitté des bases européennes pour renforcer la région. Des responsables américains ont confirmé que des systèmes Patriot avaient notamment été déplacés depuis l’Allemagne vers la Turquie, après que plusieurs missiles balistiques tirés depuis l’Iran eurent visé le territoire turc depuis le début du conflit.

Des inquiétudes qui dépassent le seul théâtre moyen-oriental

Le prélèvement de ces ressources militaires n’est pas resté sans conséquence pour les autres zones stratégiques où les États-Unis maintiennent une présence. En Europe, des responsables militaires font état de lacunes croissantes dans les dispositifs de défense antiaérienne censés protéger le flanc oriental de l’OTAN face à la Russie. Dans le Pacifique, des analystes estiment que la prolongation du conflit avec l’Iran pourrait accroître le niveau de risque face à d’éventuelles tensions avec la Chine ou la Corée du Nord, dans la mesure où les moyens nécessaires à la dissuasion dans cette région ont eux aussi été ponctionnés.

Des responsables militaires américains de haut rang ont reconnu publiquement l’ampleur de ces contraintes matérielles. Devant le Congrès, un commandant américain a résumé la situation en évoquant des « limites finies au chargeur », rappelant que même la plus puissante armée du monde opère dans un cadre de ressources limitées. Plusieurs analystes soulignent par ailleurs que le remplacement de ces stocks épuisés pourrait prendre des années, en raison des délais de production nécessaires pour reconstituer les inventaires de missiles de précision et d’intercepteurs.

La Maison Blanche et le Pentagone ont toutefois cherché à minimiser la portée de ces informations, affirmant disposer d’un arsenal encore largement supérieur à celui de n’importe quel autre pays au monde. L’administration a notamment rejeté toute idée de pénurie critique, tout en reconnaissant certains retards dans la livraison de certains équipements offensifs à des alliés en Europe et en Asie.

Pour prolonger la lecture sur ce sujet, retrouvez notre article sur le désarmement du Hezbollah et les tensions régionales autour du Liban, ainsi que notre couverture de l’implication de la Turquie dans les recompositions stratégiques régionales.