Ces dernières annĂ©es, il y a eu une augmentation marquĂ©e des visites bilatĂ©rales au plus haut niveau entre les deux pays. En fait, le dirigeant israĂ©lien s’est rendu Ă Moscou onze fois au cours de son quatrième mandat, y compris lors de la rĂ©union de janvier 2020, tandis que Poutine s’est rendu Ă Tel Aviv Ă deux reprises entre 2012 et 2020.
Deux Ă©vĂ©nements clĂ©s ont eu lieu lors de la visite de Netanyahu Ă Moscou. La première a Ă©tĂ© la libĂ©ration de la citoyenne israĂ©lienne Naama Issachar, graciĂ©e par le prĂ©sident russe dans un geste de bonne volontĂ©, après avoir Ă©tĂ© dĂ©tenu en Russie depuis avril 2019 pour trafic de drogue. L’affaire a Ă©tĂ© suivie de près en IsraĂ«l et sa libĂ©ration a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme un signal positif pour les relations bilatĂ©rales, ainsi qu’une victoire pour Netanyahu avant les Ă©lections gĂ©nĂ©rales de mars. Le deuxième Ă©tait le dĂ©bat sur le plan de paix de Trump pour le Moyen-Orient.
La Russie a critiquĂ© le plan amĂ©ricain, appelant plutĂ´t Ă des nĂ©gociations directes entre IsraĂ«l et l’AutoritĂ© palestinienne et Ă un soutien international au processus. Il a fait valoir que toutes les factions en conflit devaient ĂŞtre Ă la table des nĂ©gociations pour tout progrès dans le processus de paix.
Depuis l’annonce du plan Trump, le prĂ©sident Mahmoud Abbas a dĂ©clarĂ© que l’AutoritĂ© palestinienne coupait tous les liens avec les États-Unis et IsraĂ«l. Il a Ă©galement dĂ©clarĂ© que les Palestiniens s’abstiendraient de participer Ă un processus de paix dirigĂ© par les États-Unis et prĂ©fĂ©reraient une solution multilatĂ©rale.
En ce qui concerne le rĂ´le de Moscou dans le processus de paix, certains estiment que ses relations Ă©troites avec d’autres États arabes pourraient aider Ă sortir de l’impasse, car elle reste en règle avec toutes les parties intĂ©ressĂ©es et elles estiment que Moscou pourrait mener Ă un règlement Ă l’amiable avec une approche bipartite. Pendant ce temps, en tant que membre du quatuor pour le Moyen-Orient et du Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations Unies, la Russie a tentĂ© de jouer son rĂ´le en tentant de tenir des pourparlers entre IsraĂ«l et l’AutoritĂ© palestinienne, mais sans grand succès.
Outre la rĂ©surgence des relations politiques, la Russie et IsraĂ«l ont Ă©galement dĂ©cidĂ© d’amĂ©liorer leurs liens Ă©conomiques. Jusqu’Ă prĂ©sent, le volume des Ă©changes reste modeste. Les exportations russes vers IsraĂ«l s’Ă©levaient Ă 1,9 milliard de dollars en 2018. Elle exporte une sĂ©rie de produits vers IsraĂ«l, notamment du pĂ©trole brut, des mĂ©taux et des pierres prĂ©cieuses, des produits alimentaires, des produits chimiques, etc. Les importations russes en provenance d’IsraĂ«l se sont Ă©levĂ©es Ă 764 millions de dollars en 2018 avec des produits tels que des machines et du matĂ©riel Ă©lectrique, des lĂ©gumes comestibles, des pesticides, des plastiques, etc. Il est possible d’augmenter encore le commerce entre les deux pays.
Au niveau rĂ©gional, Ă l’exception de la Turquie, dont le commerce avec la Russie s’Ă©lève Ă 16,5 milliards de dollars, Moscou a un niveau d’association commerciale relativement faible avec le Moyen-Orient. Les nĂ©gociations pour l’accord de libre-Ă©change entre IsraĂ«l et l’Union Ă©conomique eurasienne sont en cours, et le sixième cycle de nĂ©gociations est prĂ©vu pour mars 2020. IsraĂ«l et l’Union Ă©conomique eurasienne (EAEU) pourraient signer un accord de libre-Ă©change dĂ©jĂ en 2021, qui devrait stimuler le volume des Ă©changes entre les États.
En 2015, la Russie et IsraĂ«l ont signĂ© un pacte de coopĂ©ration militaire, pour intensifier la coopĂ©ration militaire et technologique. Moscou a Ă©galement achetĂ© Ă IsraĂ«l un ensemble d’avions tĂ©lĂ©commandĂ©s pour 300 millions de dollars. La prĂ©sence d’une importante diaspora russe en IsraĂ«l a contribuĂ© Ă forger un lien spĂ©cial, puisque plus de 17% de la population d’IsraĂ«l est russophone.
Le prĂ©sident Poutine a dĂ©clarĂ© l’annĂ©e dernière que la Russie pensait qu’IsraĂ«l Ă©tait un « pays russophone ». La Russie les considère comme              « sootechestvenniki » ou « compatriotes ». L’annĂ©e dernière, Moscou a Ă©galement annoncĂ© la retraite de 4 500 vĂ©tĂ©rans de l’ArmĂ©e rouge vivant en IsraĂ«l pour leur service militaire. La diaspora est Ă©galement considĂ©rĂ©e comme ayant une influence politique significative dans la politique israĂ©lienne. Avec un potentiel d’avoir un effet sur 15 Ă 17 sièges Ă la Knesset, ils sont une circonscription importante pour tous les partis.
Dans un Moyen-Orient surpeuplĂ©, les relations entre Moscou et JĂ©rusalem se sont concentrĂ©es sur la « coopĂ©ration », en particulier dans la guerre civile en Syrie. L’influence croissante de la Russie en tant qu’acteur influent dans la rĂ©gion ne peut ĂŞtre sous-estimĂ©e, car la Russie aspire Ă revenir au «sommet de la politique mondiale» par ses interventions de politique Ă©trangère. La rĂ©duction progressive des États-Unis a permis Ă la Russie d’intervenir et de combler le vide en tant qu’intermĂ©diaire de la puissance rĂ©gionale, bien que les États-Unis restent un acteur prééminent dans la rĂ©gion. Moscou veut transmettre le message aux États du Moyen-Orient selon lesquels c’est un alliĂ© fiable qui croit en l’engagement multilatĂ©ral de rĂ©soudre les diffĂ©rends. Compte tenu de sa proximitĂ© avec la rĂ©gion, la Russie reste prĂ©occupĂ©e par l’instabilitĂ© au Moyen-Orient et son impact sur la sĂ©curitĂ© nationale.
La guerre civile syrienne a permis Ă la Russie d’ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme un acteur de confiance dans la rĂ©gion. MĂŞme si la Russie a Ă©tabli sa prĂ©sence militaire en Syrie, IsraĂ«l considère qu’il est essentiel de faire face aux dĂ©fis posĂ©s par l’Iran et d’autres acteurs non Ă©tatiques en Syrie. Il espère que la Russie aidera Ă contenir la prĂ©sence militaire de l’Iran, en particulier Ă la frontière entre IsraĂ«l et la Syrie. Les deux parties ont tentĂ© d’Ă©viter un jeu Ă somme nulle dans la rĂ©gion, en gardant les canaux diplomatiques et d’information ouverts. En 2015, après l’intervention russe en Syrie, les deux parties ont Ă©tabli une ligne directe entre les armĂ©es respectives pour Ă©viter toute confrontation possible dans la rĂ©gion.
Cela a contribuĂ© Ă attĂ©nuer la situation après un incident survenu en 2018 au cours duquel un avion IL-20 s’est Ă©crasĂ©, évitant ainsi des rĂ©percussions diplomatiques. La coopĂ©ration entre les deux a aidĂ© les deux États Ă rĂ©aliser leur raison d’ĂŞtre dans une Syrie dĂ©chirĂ©e par la guerre.
Dans ce contexte, IsraĂ«l reste un acteur rĂ©gional important pour la Russie. Les deux pays ont des intĂ©rĂŞts stratĂ©giques qui les unissent, notamment au Moyen-Orient. Par consĂ©quent, malgrĂ© leurs divergences sur l’Iran, le Hamas et le Hezbollah entre autres, ils ont cherchĂ© Ă renforcer leurs liens. MĂŞme en Syrie, les deux parties essaient de ne pas marcher l’une sur l’autre.
En se prĂ©sentant comme un acteur fiable dans la rĂ©gion, la Russie s’est engagĂ©e Ă la fois envers IsraĂ«l et l’Iran, marquant un moment fort des manĹ“uvres de politique Ă©trangère de Poutine. La Russie a pu y parvenir en suivant une politique pragmatique qui n’engage pas de relations d’alliance. IsraĂ«l a Ă©galement voulu diversifier ses associations Ă l’Ă©tranger et a Ă©largi sa portĂ©e tout en restant attachĂ© Ă son alliance avec les États-Unis.
Si l’on regarde la tendance de ces dernières annĂ©es, la relation entre IsraĂ«l et la Russie ne semble pas fragile. Dans la pĂ©riode post-soviĂ©tique, il y a eu un dĂ©veloppement constant des liens et a passĂ© l’Ă©preuve du temps malgrĂ© les complexitĂ©s impliquĂ©es. Très probablement, la Russie et IsraĂ«l poursuivront leur entente sur la base de leurs politiques pragmatiques. Le gradualisme adoptĂ© par la Russie et IsraĂ«l dans leur approche de la politique Ă©trangère donne les rĂ©sultats souhaitĂ©s, faisant de la relation entre la Russie et IsraĂ«l un exemple classique de  » realpkolitik « .
Article de Pritish Gupta dans Observer Research





