Lorsque Sarah Bickel s’est dirigĂ©e vers les chambres Ă gaz avec sa fille Hannah âgĂ©e de 6 ans, elle a vite compris qu’elles allaient Ă la mort.
La mère et l’enfant ont rĂ©ussi Ă s’Ă©chapper Ă travers un trou dans la clĂ´ture. Pendant des annĂ©es, elles se sont cachĂ©es, et quand elles sont arrivĂ©es en IsraĂ«l, elles ont racontĂ© dans un livre leur vĂ©cu rĂ©el pendant la guerre, mais le livre de Hannah n’a finalement pas Ă©tĂ© publiĂ©…
Sarah Bickel et sa fille Hannah, âgĂ©e seulement de six ans durant la Seconde Guerre mondiale, ont rĂ©ussi Ă Ă©chapper Ă la mort plusieurs fois. Avant mĂŞme d’entrer dans les fours crĂ©matoires, Sarah tenait les mains de sa fille et la sauva dans un rare acte d’hĂ©roĂŻsme en se tenant debout sur les marches qui devaient les conduire Ă leur mort.
Sarah et Hannah sont nées en Tchécoslovaquie et en avril 1944, la police hongroise est entrée par effraction, dans la maison où elles vivaient, pendant la nuit et les ont emmenées.
Le 17 mai de cette mĂŞme annĂ©e, elles ont Ă©tĂ© embarquĂ©es en train pour le camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau. «Après avoir mangĂ© et bu, ma mère, alors âgĂ©e de six ans, a vu un casque rempli d’eau de pluie et a commencĂ© Ă boire», explique le fils de Hannah, Micky Rosenstein.
« Un soldat nazi qui a vu cela l’a giflĂ©e et lui a criĂ© dessus en allemand ». Ensuite, la femme et l’enfant sont passĂ©es  par une sĂ©lection et ont Ă©tĂ© dirigĂ©es vers les chambres Ă gaz. « Les Allemands leur ont dit qu’elles allaient prendre une douche. Elles se sont dirigĂ©es vers les fours crĂ©matoires, qui Ă©taient le quatrième des bâtiments relativement nouveaux construits non loin de la clĂ´ture. »
Quand on leur demanda de se dĂ©shabiller avec beaucoup d’autres Juifs qui avaient Ă©tĂ© amenĂ©s, Sarah remarqua la fumĂ©e des cheminĂ©es des crĂ©matoires et se rendit compte qu’elle et sa fille allaient mourir. Sarah prit alors Hannah par la main et dit Ă sa sĹ“ur, qui avait Ă©tĂ© embarquĂ©e au camp avec elle, qu’elle «emmenait sa fille faire pipi». Dans son tĂ©moignage, Sarah a dit: « je prĂ©fĂ©rais recevoir une balle dans le dos, par les nazis, plutĂ´t que brĂ»ler avec ma fille dans les fours ».
Sarah a soulevĂ© Hannah et l’a emmenĂ©e vers les arbres, oĂą elle a rĂ©ussi Ă s’Ă©chapper Ă travers la clĂ´ture. Quand elle est partie, sa nièce a demandĂ© Ă ĂŞtre prise, alors que Sarah lui avait demandĂ© de se taire. Depuis ce jour, elle se sent coupable de ne pas avoir pu sauver sa sĹ“ur et ses enfants.
« Nous avons vĂ©rifiĂ© par la suite, Ă Yad Vashem. Il n’y a aucune histoire d’Ă©vasion des escaliers du crĂ©matoire, c’Ă©tait probablement un trou dans la clĂ´ture et elles sont juste sorties de Birkenau », a dĂ©clarĂ© Mickey.
« Le moment de l’Ă©vasion est une combinaison de courage, de refus de mourir d’une certaine manière et d’une dĂ©cision troublĂ©e, Ă Birkenau, oĂą deux millions de Juifs ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©s. Personne n’ a rien fait ».
C’est alors que commença la cavale de la mère avec sa fille vers un village Ă des centaines de kilomètres de Birkenau, et toujours sous la domination nazie. Dans la mesure, oĂą elles ont Ă©tĂ© transportĂ©es et dirigĂ©es directement aux chambres Ă gaz, aucun numĂ©ro n’avait Ă©tĂ© marquĂ© sur leurs bras, ce qui les a aidĂ© dans leur fuite.
« Elles se cachaient dans la journĂ©e et s’enfuyaient la nuit. Ma mère (Hannah) a Ă©tĂ© rasĂ©e dans le camp, et ma grand-mère a compris qu’elle serait en mesure de la dissimuler. Elle lui a dit,  »A partir de maintenant, tu t’appelleras Egon, tu es un garçon stupide. Ils ne doivent pas entendre ta voix, tu ne parles qu’avec moi quand nous sommes seuls. La jupe qu’elle portait se transforma en pantalon », a dĂ©clarĂ© le petit-fils.
Quelques annĂ©es après leur Ă©vasion, elles sont revenues Ă l’endroit oĂą elles ont Ă©tĂ© emmenĂ©s. Sarah a racontĂ© leur histoire. Le tĂ©moignage est arrivĂ© dans un musĂ©e en Turquie et a Ă©tĂ© dĂ©couvert par un employĂ© de l’Institut Moreshet, qui a commencĂ© Ă chercher Sarah dans les annĂ©es 1970.
«Ma mère est arrivĂ©e en Avril 1949 Ă HaĂŻfa. Le greffier qui l’a reçu, lui a demandĂ© de choisir un nom hĂ©breu. La jeune fille se tenait devant lui et lui a dit que son nom Ă©tait Hannah» raconte-t-il.
Ă€ son arrivĂ©e en IsraĂ«l, Hannah s’installa au kibboutz Evron puis a dĂ©mĂ©nagĂ© Ă Safed et Afula, oĂą elle a Ă©pousĂ© un immigrant de Cuba dont la famille avait pĂ©ri dans l’Holocauste », a-t-il dit, ajoutant qu’il Ă©tait mort un an et demi après d’un problème cardiaque.
Pendant des annĂ©es, Sarah n’a pas voulu parler de ce qui s’Ă©tait passĂ© pendant la guerre. Elle disait Ă sa fille que « ce qui Ă©tait lĂ Ă©tait là  ». « Durant cette annĂ©e, oĂą elles ont dĂ» fuir, Dieu seul sait ce qu’elles ont vĂ©cu et enduré ». Quand ma grand-mère Ă©tait en vie, avec ma mère, elles en parlaient très peu. Ma grand-mère est morte en 1976, a dĂ©clarĂ© Mickey. Par la suite, ma mère a commencĂ© Ă en parler et Ă Ă©crire et puis il y avait aussi le tĂ©moignage de la Turquie. Nous connaissions l’histoire, mais pas les dĂ©tails. Quand les petits-enfants ont commencĂ© Ă effectuer des voyages en Pologne, ma mère a commencĂ© Ă parler. Son histoire a Ă©tĂ© publiĂ©e et elle a allumĂ© une torche Ă Yad Mordechai. «Â
« Dans la dernière annĂ©e de sa vie, quand nous avons fĂŞtĂ© ses 80 ans, elle a voulu Ă©crire son histoire ». « Nous avons fait venir un journaliste qui s’est assis avec elle pendant des jours et a Ă©crit son histoire. Ensuite, ma grand-mère est morte, comme si, qu’elle avait attendu tout ce temps, pour nous laisser son tĂ©moignage pour les gĂ©nĂ©rations futures.
Aujourd’hui, une cĂ©rĂ©monie aura lieu au kibboutz Yad Mordechai, sous la direction de la prĂ©sidente de la Cour suprĂŞme, Esther Hayut, du ministre de la DĂ©fense, Avigdor Lieberman, et du ministre des Finances Moshe Kahlon.






