Dans moins d’un mois, le peuple juif célébrera Roch Hachana, et au sein de la hassidout Breslev, les préparatifs battent déjà leur plein pour le grand rassemblement d’Ouman, où des dizaines de milliers de hassidim ont pour habitude de se réunir chaque année sur le tombeau de Rabbi Nahman de Breslev.
Mais cette année, sur fond de vague de désertions dans le public ultra-orthodoxe, un grand nombre de jeunes hommes hassidim de Breslev sont considérés comme déserteurs par l’armée et ne peuvent quitter le territoire. Ces derniers jours, une vingtaine de déserteurs qui tentaient de rejoindre Ouman ont déjà été arrêtés, certains aux points de passage frontaliers, d’autres alors qu’ils tentaient de régulariser leur situation en vue du voyage.
« Si on ne nous laisse pas voler vers Ouman, nous fêterons Roch Hachana en prison 10 »
À découvrir aussi :
C’est le slogan d’une initiative alternative qui prend forme parmi les hassidim de Breslev : si les déserteurs ne peuvent pas quitter le pays, ils comptent, selon eux, ne pas renoncer pour autant au rassemblement traditionnel — mais le célébrer directement dans la prison militaire. L’idée est d’y organiser ensemble les prières de Roch Hachana, en substituant à Ouman des centaines de déserteurs réunis en prison 10.
Il ne s’agit pas d’une décision officielle de la direction de la hassidout Breslev. Mais à mesure que la fête approche, et alors que l’application des mesures contre les déserteurs devrait se renforcer, les responsables de la communauté estiment que le nombre de personnes arrêtées ne cessera d’augmenter. L’an dernier déjà, à l’approche des départs pour Ouman, des dizaines de déserteurs avaient été arrêtés à l’aéroport Ben Gourion et aux points de passage.
Par le passé, certains déserteurs avaient tenté de contourner les contrôles à l’aéroport Ben Gourion en se mêlant à d’autres passagers ou par d’autres méthodes, mais l’Autorité aéroportuaire a depuis comblé ces failles. Aujourd’hui, toute personne définie comme déserteur et frappée d’une interdiction de sortie du territoire ne peut plus passer les contrôles à Ben Gourion ni prendre l’avion.
Un calcul risqué : forcer Tsahal à choisir
Dans ce contexte, au sein de la hassidout Breslev, on estime que si une vague particulièrement importante de déserteurs se présentait à l’approche de Roch Hachana, Tsahal se retrouverait face à un problème concret. D’un côté, l’armée peut empêcher ces jeunes hommes de quitter le pays et les retenir au bureau de recrutement. De l’autre, un nombre très élevé de personnes retenues créerait une charge considérable pour le système. Selon les initiateurs de cette démarche, l’armée devra alors, à un certain stade, choisir : soit emmener tout le monde en prison, soit tous les libérer.
C’est précisément sur cette alternative que misent les initiateurs. Selon eux, si plusieurs centaines de hassidim de Breslev se présentent simultanément ces jours-là pour tenter de régulariser leur situation ou de quitter le pays, Tsahal n’aura tout simplement pas la capacité physique de tous les accueillir et de tous les arrêter. De leur point de vue, il s’agit d’une tentative de créer une pression suffisante pour contraindre le système à lever ce qu’ils appellent le « siège » imposé aux déserteurs à l’aéroport Ben Gourion.
Cette initiative s’inscrit dans un climat de tension déjà vif entre le public ultra-orthodoxe et les autorités militaires autour du pèlerinage annuel à Ouman, sur fond du décret de conscription toujours en vigueur. Des manifestations de hassidim de Breslev ont déjà eu lieu ces dernières semaines à l’aéroport Ben Gourion, où des dizaines de participants avaient réclamé la liberté de circulation pour les jeunes gens soumis à l’obligation de conscription. La procureure générale de l’État avait par ailleurs réaffirmé que la loi devait être appliquée sans exception, tandis que plusieurs responsables politiques avaient plaidé pour éviter les arrestations à l’aéroport afin de préserver l’ordre public et de ne pas envenimer davantage la situation.






