Tempête à Chypre suite à l’installation d’un panneau électoral géant de Gadi Eizenkot

Un panneau électoral géant de Gadi Eizenkot, leader du parti « Yashar ! », installé le long d’une voie rapide à Limassol, l’une des grandes villes de Chypre, a provoqué une vive polémique et un large débat public dans le pays. Une photo de ce panneau, rédigé en hébreu, a été publiée sur les réseaux sociaux en Israël comme à Chypre et a suscité de nombreuses réactions.

« Israéliens, profitez ! Vous le méritez », pouvait-on lire sur le panneau électoral installé à Chypre. Cette campagne d’affichage a ravivé un débat déjà existant sur la présence israélienne dans l’île, en particulier celle des Israéliens qui s’y installent pour y vivre, et a également relancé des interrogations liées à l’antisémitisme.

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Selon des médias locaux, le panneau a enflammé les discussions aussi bien sur les réseaux sociaux que sur la scène publique, autour de la question de savoir s’il est légitime qu’un pays étranger mène une campagne électorale sur le sol chypriote. Le site SigmaLive a par ailleurs souligné que ce débat intervient à un moment où la présence de citoyens israéliens dans le pays est en hausse.

Un député européen controversé monte au créneau

Le député européen indépendant et controversé Fidias Panayiotou s’est saisi du dossier. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il a qualifié l’affaire de « particulièrement grave ». Selon lui, l’installation même de ce panneau prouve que le nombre de citoyens israéliens à Chypre est suffisamment important pour justifier la publication d’une campagne électorale qui leur est destinée.

Panayiotou a soulevé une question de principe plus large : faut-il autoriser des États non membres de l’Union européenne à mener des campagnes politiques dans les rues de Chypre ? Il a estimé qu’il s’agissait d’une pratique inacceptable et a appelé à faire avancer une législation qui interdirait les campagnes de pays tiers sur le territoire de la République de Chypre. Il a également appelé à la prudence dans les relations de Chypre avec Israël et avec d’autres pays non membres de l’UE, estimant que Chypre doit veiller à ce que ne se créent pas à l’avenir des circonstances susceptibles de la placer en position d’infériorité politique ou géostratégique.

De star du web à politicien

Panayiotou n’est pas un politicien ordinaire à Chypre. Il y a environ deux ans, il a été élu au Parlement européen en tant que candidat indépendant, après s’être fait connaître massivement sur YouTube et TikTok. En mai, il a réalisé une percée supplémentaire en se faisant également élire au Parlement chypriote, tout en précisant qu’il conserverait son mandat de député européen.

Dans un entretien accordé après cette élection, il avait déclaré que « les gens n’ont pas faim de postes politiques, mais de personnes authentiques qui ne mentent pas et disent la vérité ». Avant son entrée en politique, il avait bâti sa notoriété sur des vidéos insolites, parfois provocatrices : il s’était notamment filmé en train de dépenser de grosses sommes d’argent au Vietnam, avait vécu une semaine entière gratuitement dans un aéroport, et s’était même enterré sous terre pendant dix jours. Sa percée virale majeure est survenue après qu’il eut multiplié les tentatives pour obtenir une accolade du milliardaire Elon Musk, ce qu’il a fini par réussir — l’agence AP a rapporté qu’avec le temps, Musk était même devenu un soutien pour lui.

Sous sa publication consacrée au panneau d’Eizenkot, de nombreux commentaires critiques lui ont été adressés, lui reprochant notamment de n’avoir jamais critiqué l’occupation turque du nord de Chypre, ainsi que des accusations selon lesquelles il servirait les intérêts de la Russie et de la Chine de façon peu transparente. De nombreux internautes lui ont fait remarquer qu’il n’avait jamais évoqué les nombreuses affiches immobilières en chinois qui fleurissent sur l’île.

Des positions déjà critiquées pour antisémitisme

Panayiotou n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un allié d’Israël. Tout au long de la guerre, il a exprimé des positions pro-palestiniennes et est considéré, au Parlement européen, comme l’un des élus les plus critiques envers Israël. Il a notamment qualifié les actions israéliennes à Gaza de « génocide ». Sur le plan local, il avait déjà par le passé mis en cause la hausse des investissements israéliens à Chypre, estimant qu’elle risquait de faire grimper les prix du logement au détriment des habitants locaux.

En mai, il avait déjà suscité la réaction de l’ambassadeur d’Israël à Chypre, Oren Anolik, qui avait laissé entendre qu’il véhiculait des positions antisémites, après une vidéo dans laquelle Panayiotou critiquait l’achat de biens immobiliers par des Israéliens à Chypre. « Les relations entre Israël et Chypre reposent sur des fondations de valeurs communes, de respect mutuel et d’une amitié solide », avait écrit Anolik sur X. « Lorsqu’un discours politique utilise des stéréotypes anciens autour d’un « pouvoir économique étranger » pour susciter la peur, il entre en territoire dangereux. » L’ambassadeur avait ajouté que Panayiotou attisait l’antisémitisme et que ses propos étaient « sans fondement » et empreints d’« une tonalité de préjugé qui n’a pas sa place dans un État européen moderne et démocratique ».

Panayiotou avait pour sa part rejeté ces accusations, affirmant qu’il « parlait de questions économiques et politiques, et non d’identité nationale ».

Pour prolonger la lecture sur Gadi Eizenkot, retrouvez ces photos inédites du chef d’état-major Gadi Eizenkot, autrefois interdites de publication ainsi que son témoignage bouleversant sur la mort de son fils et de ses neveux.