Tout le monde parle d’une frappe américaine contre l’Iran — mais elle est déjà en cours

Alors que le débat médiatique s’emballe autour d’une question devenue obsessionnelle — si et quand les États-Unis frapperont l’Iran —, une lecture plus froide des faits suggère que le processus est déjà enclenché. C’est le message central porté par Amir Yagour, lieutenant-colonel de réserve, ancien cadre de la division stratégique de l’Agaf Tichnoun de Tsahal et ex-responsable du renseignement, dans un entretien accordé à Maariv. Selon lui, se focaliser sur le calendrier est non seulement vain, mais surtout trompeur : « Il y a des choses qui se produisent déjà sur le terrain. »

Pour Yagour, l’hyper-médiatisation israélienne de l’éventualité d’une frappe américaine relève d’un faux débat. Personne, rappelle-t-il, ne sait réellement ce que décide la Maison-Blanche ni ce que pense le président des États-Unis, Donald Trump. Pire : ce brouhaha pourrait faire partie intégrante de la stratégie américaine. Washington, dit-il, cherche un « brouillard délibéré », un écran de fumée informationnel destiné à masquer des actions déjà engagées.

Car l’essentiel se joue ailleurs. Depuis deux semaines, les États-Unis ont méthodiquement constitué ce que Yagour décrit comme un dossier juridique et diplomatique préparant le terrain à une action militaire. Les révélations sur les massacres commis par le régime iranien, les rapports d’organisations internationales — y compris de l’ONU —, ainsi que l’échec volontairement acté de négociations aux exigences américaines non négociables (nucléaire, missiles, terrorisme) forment un tout cohérent. « Une option a été donnée. L’Iran l’a refusée », tranche-t-il.

À cela s’ajoute un levier clé : la pression directe sur les Gardiens de la Révolution. La désignation attendue de cette organisation comme groupe terroriste par vingt-sept pays de l’Union européenne change radicalement la donne. Pour nombre de cadres du régime, l’Europe devait être une terre de refuge en cas d’effondrement. Cette voie se ferme désormais, sauf défection et demande formelle d’asile. Une question devient alors existentielle : la survie du régime passera-t-elle avant la survie personnelle de ses piliers ?

Sur le plan régional, Yagour pointe un échec stratégique des puissances dites « modérées » — Arabie saoudite, Qatar, Turquie — qui ont multiplié les efforts pour empêcher la chute du régime iranien. Officiellement par crainte d’un chaos régional, officieusement pour préserver un ordre ancien souvent hostile à Israël et par peur d’un futur réalignement israélo-iranien à leurs dépens. Cette duplicité, estime-t-il, n’échappera pas à Washington — et servira les intérêts israéliens.

La Turquie est particulièrement ciblée. Son implication indirecte dans les violences contre les Kurdes en Syrie, selon Yagour, rappelle aux Américains les méthodes du régime iranien contre sa propre population. Washington « voit et se souvient ». Dans ce contexte, le retrait envisagé des derniers soldats américains de Syrie soulève une interrogation stratégique majeure : abandon pur et simple ou redéploiement dans une séquence plus large ?

Militairement, le signal est sans ambiguïté. Le déploiement de forces américaines, les déclarations extrêmement dures contre Téhéran — y compris celles venues d’Allemagne — dessinent une trajectoire claire : le régime iranien avance dans une seule direction. Les développements à la périphérie de l’Iran, notamment en Azerbaïdjan, méritent également une attention particulière, tant ils pourraient jouer un rôle dans la phase suivante.

Mais l’élément décisif reste interne. Contrairement à l’idée répandue d’un essoufflement, Yagour estime que la contestation iranienne s’est transformée plutôt qu’éteinte. Ce qui a commencé comme une révolte contre le coût de la vie est devenu, dans les esprits, une remise en cause existentielle du régime — rappelant la dynamique de la fin du Shah en 1979. La colère s’est retirée dans les foyers, en attente d’un catalyseur extérieur. Une action américaine, même indirecte, pourrait fournir l’étincelle nécessaire, d’autant que l’appareil répressif aurait alors été sérieusement affaibli.

Conclusion sans détour : tenter de deviner le moment ou la forme d’une frappe est un exercice stérile. « C’est le secret le mieux gardé du système, entièrement dépendant de considérations américaines », affirme Yagour. Une chose, en revanche, ne fait guère de doute : le processus est en marche, et la suite viendra.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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