Alors que la tension entre Washington et Téhéran atteint un nouveau sommet, les évaluations sécuritaires en Israël convergent vers un constat clair : malgré les coups sévères portés à ses capacités ces derniers mois, l’Iran conserve à la fois la volonté et les moyens de frapper. Selon le général de brigade (rés.) Zvika Haimovich, ancien commandant du système de défense aérienne israélien, la menace principale ne réside pas seulement dans la précision des frappes, mais dans leur volume et dans l’effet psychologique recherché.
S’exprimant sur les ondes de la radio 103FM, Haimovich a mis en garde contre toute sous-estimation de l’adversaire. « Le monde des missiles et de la guerre aérienne a profondément changé. Dans ce domaine, l’Iran est une véritable puissance », a-t-il affirmé. Même affaiblie, la République islamique n’a pas disparu du jeu stratégique : « Nous avons frappé durement ses capacités, mais jamais au point zéro. L’intention de nuire reste intacte ».
Selon cette analyse, l’échec relatif des proxys iraniens et des systèmes de défense aérienne de Téhéran a poussé le régime à revenir à ce qu’il considère comme son atout central : la production et l’accumulation de missiles. « Après la guerre, ils ont compris que leur réponse la plus efficace, c’est l’univers des missiles. Les proxys ont échoué, la défense aérienne a échoué, alors ils sont revenus à la masse de missiles », explique Haimovich. Le défi principal pour Israël serait donc celui de la saturation : des salves importantes, comparables en volume à celles observées en juin dernier, pourraient être tirées.
Contrairement aux frappes ciblées contre des infrastructures stratégiques, l’objectif iranien pourrait être avant tout civil. Haimovich estime que Téhéran chercherait à perturber la vie quotidienne sur une large échelle. « Ils peuvent tirer des salves limitées mais étendues géographiquement, de Haïfa jusqu’à Beer-Sheva, afin de clouer le plus grand nombre possible de civils dans les abris et de désorganiser la routine nationale », explique-t-il. Dans cette logique, des zones densément peuplées pourraient être privilégiées, non pas pour leur valeur militaire, mais pour leur impact psychologique et médiatique.
Malgré ce tableau préoccupant, l’ancien commandant tient à rassurer le public israélien. Israël, souligne-t-il, aborde cette phase avec un avantage significatif par rapport aux précédentes confrontations. Les stocks d’intercepteurs ont été renforcés, les technologies de détection et d’interception améliorées, et les enseignements tirés des attaques de juin dernier ont été intégrés dans les dispositifs actuels.
Un facteur dĂ©cisif distingue Ă©galement cette crise des prĂ©cĂ©dentes : l’implication amĂ©ricaine dès le premier jour. Haimovich estime qu’il est stratĂ©giquement juste de laisser les États-Unis mener la campagne. « Il est × ×›×•×ź de permettre aux AmĂ©ricains, et au prĂ©sident Donald Trump, de conduire cette confrontation. Si nous devons nous joindre Ă eux, nous le ferons. Mais si les AmĂ©ricains rĂ©ussissent seuls, IsraĂ«l en sortira doublement gagnant ».
En résumé, l’évaluation israélienne ne minimise pas la menace iranienne, mais elle met en avant une posture de préparation et de sang-froid. L’Iran pourrait viser à paralyser le quotidien israélien par des tirs de missiles étendus, mais Israël se considère aujourd’hui mieux armé — technologiquement, opérationnellement et stratégiquement — pour y faire face, d’autant plus avec un leadership américain assumé dans la confrontation.





