Tribune de Daniel Bettini : Les Juifs de la diaspora ont été abandonnés

Tribune de Daniel Bettini, publiée dans Ynet

J’ai l’habitude d’écrire régulièrement sur la dégradation de l’image d’Israël en Europe ces dernières années. Sur l’hypocrisie, l’obsession des médias européens pour Israël, la désinformation qui inonde chaque recoin, la haine qui se propage et la flambée massive de l’antisémitisme dans les rues d’Europe. Un doigt accusateur est pointé, à juste titre, vers les médias européens institutionnels et les réseaux sociaux, où l’on observe une tendance à traiter la situation en Israël de façon déformée, obsessionnelle et à sens unique. Cela contribue de manière significative à la création de l’hostilité massive du public européen envers Israël. Mais il faut aussi dire que ce doigt accusateur doit être pointé vers les représentants du gouvernement israélien lui-même, à commencer par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Des propos qui « choquent déjà, non plus seulement envers Israël »

Les déclarations extrémistes du ministre Ben Gvir, affirmant qu’il « faudrait liquider chaque jour 30 à 40 Gazaouis », ses vidéos populistes autour de la peine de mort, et le traitement choquant réservé aux militants européens ayant participé à la flottille pour Gaza, causent un tort immense aux Juifs d’Europe. Chaque tweet, chaque déclaration, chaque vidéo du ministre Ben Gvir, relayés en quelques minutes à travers le monde et en particulier dans les pays d’Europe, entraînent une véritable répulsion — non plus seulement envers Israël, mais envers les Juifs où qu’ils se trouvent.

Les responsables des communautés juives d’Europe se sont empressés de condamner fermement les propos extrémistes et racistes de Ben Gvir, qui choquent de plus en plus les Juifs d’Europe, pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté, ils tentent et s’obstinent à afficher leur proximité avec le peuple d’Israël ; de l’autre, ils se retrouvent attaqués et contraints de se défendre face à la vague de haine et de critiques que suscite la politique israélienne sur tous les fronts. Mais il ne s’agit pas seulement des propos de Ben Gvir et d’autres ministres. Lorsque des combattants de Tsahal brisent une statue de Jésus, ou — bien plus grave encore — marquent des suspects palestiniens de numéros inscrits sur le front et les bras, la tempête internationale ne fait que s’intensifier. Les images de violence contre des Palestiniens en Judée-Samarie, relayées sans fin en Europe, ne contribuent pas non plus, c’est le moins qu’on puisse dire, à améliorer la situation. Mais en Israël, semble-t-il, on ne mesure pas à quel point ces images et ces propos nuisent au pays — et plus encore à la judaïsme de la diaspora.

Un ami italien pris pour cible

Un bon ami à moi, chanteur et acteur célèbre en Italie, subit ces derniers jours une vague de haine démesurée. Il est juif, libéral, aime Israël, mais se retrouve contraint de se défendre de plus en plus face à une attaque sans précédent sur les réseaux sociaux et dans les médias, accusé de ne « pas condamner suffisamment le génocide à Gaza ». Récemment, il s’est produit lors de l’un de ses concerts en portant un t-shirt du groupe historique Culture Club, dont le chanteur, Boy George, ne cache pas son amour pour Israël. Le chanteur ne pensait pas que le port de ce t-shirt — qu’il n’associait même pas à Israël — allait provoquer une attaque personnelle contre lui.

Lui, et beaucoup d’autres Juifs italiens avec lui, sont très inquiets. Selon lui, les Juifs d’Italie souffrent énormément face aux propos extrémistes de Ben Gvir et de ses semblables, « comme si c’était nous qui disions ces choses », confie-t-il. Lui, comme tant d’autres Juifs, doit désormais peser chacune de ses paroles concernant Israël et la guerre. De plus en plus de Juifs sont « accusés de sionisme », ce qui est en soi une aberration. Le sionisme est devenu un terme d’insulte absolu, une valeur totalement discréditée. Les Juifs d’Europe se retrouvent à condamner les propos racistes et extrémistes qui sortent de la bouche de hauts responsables israéliens, pour ne pas être perçus comme les cautionnant ou s’y identifiant — à la fois parce que ce n’est réellement pas leur position, et parce que s’ils n’expriment pas leur répulsion face à la situation en Israël, leur carrière s’en trouverait menacée.

Ce qui est triste, c’est que cela provoque également une fracture au sein même des communautés juives, entre ceux qui s’en prennent à quiconque ose critiquer la politique israélienne, et ceux dont le cœur et les convictions ne peuvent tout simplement pas cohabiter avec les images et les citations qui nous parviennent d’ici. Israël doit se réveiller et agir immédiatement pour se maîtriser, réparer ce qui peut encore l’être, et écarter le danger bien réel dans lequel se trouvent aujourd’hui les Juifs de la diaspora — aussi pour ne pas éloigner davantage ces Juifs de la diaspora d’un Israël qui leur est pourtant si cher.