Une phrase, publiée ce jeudi par le correspondant diplomatique de Ynet Itamar Eichner, résume un échange dont on parlait à mots couverts depuis des semaines. En contrepartie de la libération des cinq détenus libanais retenus par Israël, on recherche au Liban les restes de disparus juifs présents sur le territoire.
L’information a la sobriété des dépêches, mais elle touche à l’un des dossiers les plus anciens et les plus douloureux entre les deux pays.
Côté libanais, le mouvement est déjà engagé. Les médias du pays rapportent qu’Israël s’apprête à transférer cinq détenus libanais par le passage de Rosh Hanikra, côté Naqoura. Le geste est présenté comme une marque de bonne volonté. Un seul nom a filtré à ce stade : Malek Kamal Ghazi, un jeune Libanais de vingt ans, que certaines sources arabes décrivent comme déjà rendu à son pays. L’identité des quatre autres n’a pas été communiquée, pas plus que les circonstances précises de leur détention ou le cadre exact de l’arrangement.
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Un point mérite d’être relevé, car il change la nature du geste : les détenus concernés ne sont pas des membres du Hezbollah. Beyrouth, de son côté, indiquait encore en fin de matinée n’avoir reçu aucune confirmation officielle du transfert. Une source politique libanaise a expliqué à la chaîne locale MTV que la libération de cinq prisonniers avait été promise dès l’ouverture des négociations avec Israël, et que ce geste soutenait le processus de discussions directes entre les deux pays.
Ce qu’Israël demande en retour
C’est ici que le dossier prend une tout autre profondeur. Il y a quelques semaines, lors des pourparlers tenus à Rome, la délégation israélienne avait formulé deux exigences en réponse à la demande libanaise de libérer des dizaines de prisonniers, dont des membres du Hezbollah : des informations sur le sort de Ron Arad, le navigateur de l’armée de l’air disparu au Liban, et des informations sur les Juifs libanais portés disparus.
La réponse de Beyrouth avait été catégorique : l’État libanais ne sait rien des restes de ces Juifs, pas plus qu’il ne sait quoi que ce soit sur Ron Arad. Un argument qui bute sur un fait connu — ceux qui ont détenu Arad appartenaient au Hezbollah et à Amal, deux organisations dont les branches politiques siègent au gouvernement libanais. Les mêmes s’opposent par ailleurs à toute négociation directe avec Israël.
À cette demande s’ajoute un volet distinct, rapporté par la presse libanaise. Israël aurait proposé qu’en échange de la libération de ces civils libanais, le Liban autorise le transfert vers Israël des restes de Juifs libanais inhumés dans les cimetières juifs de Beyrouth et de Sidon, afin que leurs familles installées en Israël puissent les enterrer sur place. Les représentants israéliens auraient présenté lors des discussions des données détaillées et précises sur les tombes concernées.
Un geste dans un calendrier serré
Le transfert des cinq détenus n’intervient pas dans le vide. Il coïncide avec les efforts américains pour tenir le cycle de négociations israélo-libanais prévu en septembre. Il s’inscrit aussi dans un ensemble de discussions qui portent sur l’avenir sécuritaire du sud du Liban et sur le désarmement du Hezbollah — le cœur du contentieux.
Beyrouth, de son côté, campe sur une position constante : les efforts diplomatiques se poursuivront jusqu’à l’arrêt de toutes les frappes israéliennes, le retrait de l’ensemble du territoire libanais, le retour des prisonniers et le lancement d’un processus de reconstruction. Le président libanais Joseph Aoun avait pour sa part évoqué des avancées positives et des discussions engagées sur les questions frontalières et sur celle des prisonniers.
Le précédent existe. En mars 2025, Israël avait déjà libéré cinq Libanais arrêtés au cours des combats et les avait transférés par l’intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge. Selon la Commission nationale libanaise des droits de l’homme, il s’agissait alors de quatre civils et d’un soldat de l’armée libanaise.
Reste la question qui donne son sens à toute cette séquence, et qui sera plus difficile à trancher qu’un transfert de détenus par un poste-frontière : le Liban est-il capable — et désireux — de rendre les corps d’hommes disparus sur son sol il y a des décennies.
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