La scène s’est jouée jeudi soir, entre deux annonces fracassantes. Donald Trump a d’abord posté sur son réseau Truth Social qu’il annulait les frappes militaires américaines prévues contre l’Iran pour cette nuit-là, avant de déclarer aux journalistes rassemblés à la Maison Blanche : « Nous avons conclu un accord formidable. On peut en finaliser les détails dans les prochains jours, on signera bientôt. Les documents sont à un stade quasi définitif. » Et d’ajouter, pour lever tout doute : « Le détroit d’Ormuz rouvrira à la signature de l’accord. On signera peut-être en fin de semaine prochaine. La signature aura lieu en Europe, le vice-président Vance sera présent. »
Trois heures seulement séparaient ce tweet d’une frappe imminente. Selon deux sources américaines citées par NBC, l’armée avait déjà reçu l’ordre de procéder : « Nous étions prêts à partir. Nous avions reçu l’ordre d’exécuter les frappes. »
Les détails de ce qui semble être un mémorandum d’entente en quatorze points ont commencé à filtrer via plusieurs canaux. D’après Axios, Trump aurait accepté que le stock d’uranium enrichi iranien reste en Iran mais soit dilué sous supervision de l’AIEA. Le mémorandum prévoirait également la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz sans perception de taxes de transit, une extension du cessez-le-feu de soixante jours, et des allègements progressifs des sanctions en échange du respect des engagements iraniens par Téhéran.
Trump lui-même a résumé la substance de l’accord lors d’un meeting de campagne pour le candidat républicain au poste de gouverneur de Géorgie : « Nous avons mis fin à la guerre avec l’Iran aujourd’hui. Ils ont accepté de ne jamais avoir d’arme nucléaire. C’est ce sur quoi on insistait, c’était tout le sens de la démarche. 95 % de l’objectif est atteint. Et cela s’est fait de la façon la plus puissante qui soit. »
Dans son tweet initial annonçant l’annulation des frappes, Trump a précisé que les discussions avaient été approuvées au plus haut niveau de la direction iranienne, et que le communiqué avait reçu l’aval, en termes de principes et de détails, « de tous les partis impliqués, y compris les États-Unis, Israël, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, la Turquie, le Pakistan, Bahreïn, le Koweït, la Jordanie, l’Égypte et d’autres ». Le blocus maritime, précisait-il, resterait en vigueur jusqu’à la conclusion de l’accord.
Selon Politico, c’est une véritable coalition de chefs d’État — l’émir du Qatar, le président des Émirats Mohamed ben Zayed et le chef d’état-major pakistanais Asim Munir — qui aurait convaincu Trump d’annuler les frappes de jeudi soir, en lui assurant qu’un accord était à portée de main. La percée a été obtenue lors de contacts tenus à Doha, sous la conduite du Premier ministre qatari, avec la participation d’un haut responsable iranien et d’un émissaire de rang élevé de Trump. La médiation qatarie aurait permis de trouver une formule acceptable pour les deux parties sur la question des avoirs gelés iraniens.
Sur la question libanaise, le journal libanais Al-Akhbar — proche du Hezbollah — a rapporté que l’Iran avait obtenu des États-Unis une réponse définitive : le Liban serait inclus dans l’accord global, impliquant l’arrêt de toutes les opérations militaires israéliennes et l’établissement d’un calendrier pour un retrait rapide de Tsahal. Trump aurait évoqué le dossier libanais lors de trois conversations téléphoniques avec Netanyahu.
Le Bureau du Premier ministre a pour sa part indiqué que Netanyahu avait exprimé sa satisfaction de l’engagement de Trump selon lequel l’accord final inclurait l’extraction des matières enrichies, le démantèlement des infrastructures d’enrichissement, la limitation de la production de missiles et la fin du soutien iranien à ses organisations satellites. Israël n’est pas partie au mémorandum d’entente, mais ses exigences de fond ont été transmises à Washington.
La vidéo de l’allocution de Trump au meeting républicain, largement diffusée, a été accompagnée d’une citation du porte-parole de l’agence de presse iranienne Fars selon laquelle « les États-Unis ont accepté le texte proposé par l’Iran » — une formulation que Washington n’a pas confirmée de son côté. Des responsables des deux pays ont rappelé qu’aucun texte définitif n’avait encore été approuvé et que les négociations se poursuivaient.
Côté militaire, Tsahal a indiqué que la semaine avait été marquée par environ 310 frappes au Liban, avec l’élimination d’une quatre-vingtaine de membres du Hezbollah. Dans les territoires, plus de cinquante suspects ont été arrêtés et du matériel de combat saisi.
Pour l’ensemble du contexte sur la confrontation avec l’Iran, voir notre article : B-2 et B-1B : comment les bombardiers américains ont détruit le programme balistique iranien en 48 heures. Voir aussi : Le nucléaire dedans, les missiles dehors : le projet d’accord entre l’Iran et les États-Unis dévoilé (article produit dans cette session).






