Tsahal réduit les moyens du systÚme de réserve : inquiétudes croissantes sur la préparation opérationnelle

Une nouvelle directive de Tsahal suscite une vive inquiĂ©tude au sein du systĂšme de rĂ©serve israĂ©lien. Selon un document transmis ces derniers jours aux commandants de bataillon et Ă  leurs adjoints, l’armĂ©e prĂ©voit une rĂ©duction significative des dĂ©lais de prĂ©paration et de mise en alerte des unitĂ©s de rĂ©serve, dans le cadre de l’actualisation du « graphique de combat » pour l’annĂ©e 2026.

D’aprĂšs les informations rĂ©vĂ©lĂ©es par le site Ynet, la directive prĂ©voit notamment le retour des dĂ©pĂŽts d’urgence (Yamakhim) Ă  un niveau d’alerte d’un seul jour, la suppression des journĂ©es dites de “traitement” destinĂ©es aux soldats aprĂšs des pĂ©riodes de combat intensif, ainsi qu’une rĂ©duction des jours de prĂ©paration Ă  trois Ś‘ŚœŚ‘Ś“. Ces changements seraient appliquĂ©s rĂ©troactivement Ă  toutes les unitĂ©s mobilisĂ©es ŚžŚŚ– le dĂ©but de l’annĂ©e civile.

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Pour de nombreux officiers de réserve, cette décision équivaut à « fermer le robinet » du systÚme de réserve. Un commandant de bataillon ayant récemment servi en réserve a confié :
« Tout le monde est en colĂšre. Nous passons des semaines Ă  organiser les dĂ©pĂŽts pour qu’ils soient opĂ©rationnels. RĂ©duire cela Ă  une seule journĂ©e signifie dĂ©sordre, manques critiques et, au final, une atteinte directe Ă  la capacitĂ© de rĂ©action. »

Les critiques portent également sur la suppression des journées de récupération mentale pour les soldats ayant servi en premiÚre ligne.
« Comment peut-on renvoyer des combattants chez eux sans processus structurĂ© pour parler, dĂ©compresser et prendre soin de leur santĂ© mentale ? Sur le dos de qui fait-on des Ă©conomies ? Sur celui des rĂ©servistes qui portent l’effort principal depuis deux ans », s’indigne le mĂȘme officier.

Du cÎté des forces blindées, le ton est tout aussi alarmiste. Le lieutenant-colonel de réserve Eli Meiri, commandant adjoint de brigade blindée, qualifie la directive de « tromperie bureaucratique ».
« Il me faut une semaine entiĂšre pour rĂ©parer des chars aprĂšs leur utilisation opĂ©rationnelle. Comment peut-on rĂ©duire cela Ă  une journĂ©e ? C’est irrĂ©aliste, et tout le monde le sait – Ă  Tsahal comme au ministĂšre des Finances », explique-t-il.

Selon Meiri, la dĂ©cision serait motivĂ©e par des contraintes budgĂ©taires, et non par une diminution rĂ©elle des menaces sĂ©curitaires. « Les besoins sĂ©curitaires n’ont pas diminuĂ©. La “ligne jaune” est de facto une zone tampon, les autres fronts sont instables, et l’Iran reste une menace majeure. Le moindre incident sĂ©rieux, et nous ne serons pas prĂȘts. »

La directive intervient dans un contexte de fatigue extrĂȘme du personnel de rĂ©serve, aprĂšs plus de deux annĂ©es de combats et de mobilisations rĂ©pĂ©tĂ©es. La rĂ©duction parallĂšle du nombre de jours de rĂ©serve autorisĂ©s, combinĂ©e Ă  des rĂšgles plus strictes sur les rotations et les permissions, place les commandants dans une situation dĂ©licate : gĂ©rer des contraintes humaines croissantes tout en respectant des normes opĂ©rationnelles rĂ©duites.

La contestation a Ă©galement gagnĂ© le terrain politique. Le dĂ©putĂ© Moshe (Kinley) Tur-Paz, membre de la commission des Affaires Ă©trangĂšres et de la DĂ©fense de la Knesset, a adressĂ© une lettre officielle au chef d’état-major Eyal Zamir, mettant en garde contre une « atteinte directe Ă  la prĂ©paration opĂ©rationnelle et Ă  la rĂ©silience du systĂšme de rĂ©serve ».

« Les réservistes ne sont pas une ressource inépuisable. Les journées de récupération ne sont ni un luxe ni un privilÚge, mais un outil opérationnel essentiel pour préserver la santé mentale des combattants et leur capacité à continuer à servir », écrit-il. Il demande une réévaluation immédiate de la directive et le rétablissement des dispositifs supprimés.

À l’heure actuelle, Tsahal n’a pas encore rĂ©agi officiellement Ă  ces critiques. Mais sur le terrain, le message est clair : de nombreux commandants redoutent que des Ă©conomies Ă  court terme n’entraĂźnent un coĂ»t sĂ©curitaire bien plus lourd en cas de crise future.