Le message est arrivĂ© tard dans la nuit, sans dĂ©tour et sans ambiguĂŻtĂ©. IsmaĂŻl Sakab Esfahani, vice-prĂ©sident iranien chargĂ© de l’Ă©nergie, a pris la parole pour rĂ©pondre directement aux dĂ©clarations du prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump, qui avait Ă©voquĂ© la possibilitĂ© de frapper les puits de pĂ©trole iraniens dans le cadre d’un blocus. La rĂ©ponse de TĂ©hĂ©ran ne s’est pas fait attendre : toute atteinte aux infrastructures Ă©nergĂ©tiques iraniennes, si elle dĂ©coule d’un blocus, entraĂ®nera des reprĂ©sailles ciblĂ©es et proportionnelles — au quadruple — contre des infrastructures similaires dans les pays voisins du Golfe.
Ce n’est pas une dĂ©claration rhĂ©torique de plus dans le registre habituel de la surenchère iranienne. C’est une menace prĂ©cise, chiffrĂ©e, adressĂ©e Ă des voisins qui, pour la plupart, entretiennent des relations de plus en plus normalisĂ©es avec Washington et, pour certains, avec IsraĂ«l. En ciblant explicitement les États du Golfe plutĂ´t qu’IsraĂ«l ou les États-Unis eux-mĂŞmes, TĂ©hĂ©ran envoie un signal calculĂ© : si vous soutenez le blocus, vous en subirez les consĂ©quences directes.
Une escalade verbale dans un contexte de pression maximale
La dĂ©claration d’Esfahani intervient dans un contexte de tensions particulièrement Ă©levĂ©es entre Washington et TĂ©hĂ©ran. L’administration Trump a maintenu et durci la politique de pression maximale sur l’Iran, cherchant Ă asphyxier Ă©conomiquement le rĂ©gime des mollahs tout en nĂ©gociant, en parallèle, sur le dossier nuclĂ©aire. Le pĂ©trole est au cĹ“ur de cette Ă©quation : les exportations pĂ©trolières iraniennes constituent l’une des rares artères financières encore en capacitĂ© d’alimenter l’Ă©conomie du pays, les pasdarans et les milices qu’ils soutiennent Ă travers la rĂ©gion.
Un blocus des voies d’exportation pĂ©trolière — ou des frappes directes contre les installations de production — reprĂ©senterait un coup potentiellement fatal pour les capacitĂ©s de l’État iranien Ă financer ses opĂ©rations. C’est prĂ©cisĂ©ment pourquoi la menace de reprĂ©sailles sur les pays du Golfe voisins tient une logique stratĂ©gique : frapper lĂ oĂą cela ferait le plus mal Ă l’Ă©conomie mondiale, en ciblant les monarchies qui sont Ă la fois productrices d’hydrocarbures et alliĂ©es de Washington.
Les pays du Golfe dans le collimateur
Le terme « pays voisins » employĂ© par le vice-prĂ©sident iranien dĂ©signe sans ambiguĂŻtĂ© possible les monarchies pĂ©trolières du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, KoweĂŻt, BahreĂŻn, Qatar. Ces États abritent des bases amĂ©ricaines, des terminaux pĂ©troliers stratĂ©giques et des pipelines dont dĂ©pend une part considĂ©rable de l’approvisionnement mondial en Ă©nergie. La promesse de reprĂ©sailles Ă hauteur de quatre fois le dommage infligĂ© Ă l’Iran suggère que TĂ©hĂ©ran dispose d’un plan de ciblage prĂ©cis — ou du moins veut le laisser croire.
Cette menace s’adresse Ă©galement Ă ces États en des termes implicites : si vous laissez faire le blocus amĂ©ricain, si vous facilitez les opĂ©rations militaires contre l’Iran depuis votre territoire, vous devenez des cibles lĂ©gitimes Ă nos yeux. C’est une tentative de faire craquer la coalition rĂ©gionale pro-amĂ©ricaine en instillant la peur de reprĂ©sailles Ă©conomiques et infrastructurelles dĂ©vastatrices.
La doctrine de la riposte symétrique amplifiée
Le ratio annoncĂ© — quatre pour un — n’est pas anodin. Il traduit une doctrine que TĂ©hĂ©ran cultive depuis des annĂ©es : celle de la dissuasion par l’excès. Non pas une riposte proportionnelle, mais une surrĂ©action calculĂ©e censĂ©e rendre toute première frappe trop coĂ»teuse pour ĂŞtre envisagĂ©e. C’est la mĂŞme logique qui a prĂ©sidĂ© aux menaces de fermeture du dĂ©troit d’Ormuz en cas d’agression amĂ©ricaine, ou aux dĂ©clarations rĂ©pĂ©tĂ©es sur la capacitĂ© de l’Iran Ă paralyser le marchĂ© pĂ©trolier mondial.
Reste Ă savoir si cette posture de dissuasion conserve encore sa crĂ©dibilitĂ© après les campagnes de dĂ©gradation des capacitĂ©s militaires iraniennes conduites ces dernières annĂ©es. Le Hezbollah a Ă©tĂ© affaibli au Liban. Les Houthis au YĂ©men ont subi des frappes rĂ©pĂ©tĂ©es. Le rĂ©seau de proxies iraniens a Ă©tĂ© mis sous pression sur plusieurs fronts simultanĂ©ment. Dans ce contexte, la capacitĂ© rĂ©elle de TĂ©hĂ©ran Ă conduire des reprĂ©sailles d’une telle ampleur contre les pays du Golfe est une question ouverte — mĂŞme si la menace, elle, reste rĂ©elle et doit ĂŞtre prise au sĂ©rieux.
Ce qui est certain, c’est que la dĂ©claration d’Esfahani marque un nouveau palier dans la rhĂ©torique iranienne face Ă la pression amĂ©ricaine — et qu’elle vient rappeler que dans toute confrontation entre Washington et TĂ©hĂ©ran, ce sont les voisins du Golfe qui risquent de se retrouver en première ligne des dommages collatĂ©raux.
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