« Un homme malade, psychotique, une ordure » : Smotrich met le feu aux poudres avec Ben Caspit et Yinon Magal

Il y a des dĂ©clarations qui traversent la ligne rouge. Et il y a celles de Bezalel Smotrich ce mardi matin. InterrogĂ© sur la radio 103FM par GuideĂłn Okou et AmihaĂŻ Atali dans l’Ă©mission « Shva Tesha », le ministre des Finances et chef de la Sionisme Religieux a rĂ©pondu sans hĂ©siter Ă  la question : qu’est-ce qui est le plus grave — former un gouvernement avec Mansour Abbas, ou le massacre du 7 octobre et ses 2 100 victimes ?

Smotrich a affirmĂ© que le massacre du 7 octobre est un « Ă©chec tactique affreux et terrible », mais que celui qui a sciemment « vendu l’État d’IsraĂ«l Ă  ses ennemis et au mouvement islamiste » a commis quelque chose de mille fois plus grave, car il s’agissait d’un acte dĂ©libĂ©rĂ© et non d’une faute. Sa cible implicite : Naftali Bennett et YaĂŻr Lapid, qui avaient gouvernĂ© avec le soutien de la liste Raam de Mansour Abbas en 2021-2022.

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La déclaration a déclenché un incendie médiatique en quelques minutes.


Ben Caspit : « psychotique, une ordure »

Sur le plateau de la mĂŞme radio, le journaliste vedette Ben Caspit, qui prĂ©sente en tandem avec Yinon Magal, n’a pas mâchĂ© ses mots. Son analyse de Smotrich commence par un portrait presque clinique — avant de basculer dans la condamnation morale.

Caspit a dĂ©crit Smotrich comme un homme dotĂ© d’une Ă©loquence rare, d’un dĂ©bit de parole impressionnant, d’un hĂ©breu parfait, et qui raisonne correctement dans 85 Ă  90 % des cas — « jusqu’Ă  ce que la vĂ©ritĂ© lui Ă©chappe soudainement dans une sorte de tic, et lĂ  on voit qu’il s’agit d’un homme malade, d’un psychotique ». Le journaliste a prĂ©cisĂ© qu’on n’avait pas demandĂ© Ă  Smotrich quel acte politique Ă©tait le plus grave dans une rubrique abstraite — on lui avait demandĂ© de comparer cela aux 1 200 frères et sĹ“urs assassinĂ©s. Sa conclusion, sans Ă©quivoque : « Au fur et Ă  mesure que je regarde cette dĂ©claration, c’est une ordure. Il n’y a pas d’autre dĂ©finition. »

Caspit a Ă©galement pointĂ© la logique interne de Smotrich, en rappelant que ce dernier a lui-mĂŞme attribuĂ© Ă  Netanyahou la responsabilitĂ© originelle de la « kontseptsia » — la vision stratĂ©gique qui a rendu possible le 7 octobre — mais qu’il en exonère aujourd’hui son chef de coalition.

Yinon Magal : « Quand vous vous indignez, je me calme »

La rĂ©plique de Yinon Magal, qui dĂ©fend habituellement le camp de la droite, a pris une direction inattendue — non pas de dĂ©fense de Smotrich, mais de refus d’entrer dans la logique de l’indignation mĂ©diatique.

Magal a ironisĂ© sur la rapiditĂ© avec laquelle ses confrères s’indignent, rappelant que les mĂŞmes citaient Smotrich toute la journĂ©e quand il traitait Netanyahou de « menteur fils de menteur ». Il a conclu sur un ton qui combine lassitude et provocation : « Dès que je vous vois vous indigner, je veux vous le dire : je me calme. Je sors une cigarette, un verre de vin, j’ouvre une chaise de plage… peu importe oĂą je suis. Je m’arrĂŞte au milieu de la route, je pose la chaise sur un Ă®lot de circulation, je m’assieds, je mets de la bonne musique Ă  la radio et je me calme. »

Son message sous-jacent : la surenchère d’indignation des commentateurs de gauche lui inspire moins de rĂ©volte morale que de scepticisme politique. Ce qui n’est pas une dĂ©fense de Smotrich, mais un refus de jouer le jeu d’un affrontement qu’il juge trop prĂ©visible.

Smotrich en mode clarification — sans vraiment reculer

Face au tollĂ©, Smotrich a publiĂ© une clarification dans laquelle il a expliquĂ© que sa rĂ©ponse portait uniquement sur le plan politique, et non sur une comparaison de la gravitĂ© humaine des deux Ă©vĂ©nements. Il a prĂ©cisĂ© que la question posĂ©e concernait « quel acte politique est le plus grave » — aller dĂ©libĂ©rĂ©ment dans un gouvernement avec le Hamas, ou siĂ©ger dans un gouvernement sous la garde duquel un massacre terrible s’est produit. La nuance est rĂ©elle, mais elle n’a pas suffi Ă  Ă©teindre l’incendie.

Mansour Abbas a rĂ©agi directement : « Smotrich n’a aucun respect pour les 2 100 assassinĂ©s et leurs familles. C’est une dĂ©claration malheureuse et non morale. MĂŞme au pire jour du gouvernement du changement, il valait mille fois mieux que le gouvernement de la catastrophe du 7 octobre de Smotrich. »

L’ancien chef d’Ă©tat-major Gadi Eisenkot, lui, a rĂ©pondu que « la dĂ©faillance la plus grave de notre histoire et le dĂ©ni de responsabilitĂ© sont une tache qui ne s’effacera jamais ». Dans le camp de l’opposition, le prĂ©sident des DĂ©mocrates YaĂŻr Golan a Ă©tĂ© encore plus direct : selon lui, la dĂ©claration de Smotrich prouve simplement que pour ce ministre, la survie de la coalition compte plus que les vies des citoyens.

Ce qui est frappant dans cette sĂ©quence, c’est qu’elle survient alors qu’IsraĂ«l est en guerre sur plusieurs fronts — et que la politique intĂ©rieure israĂ©lienne continue Ă  se consumer dans des querelles d’une virulence que mĂŞme la guerre n’a pas refroidie.


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