Pourquoi ce jour est-il différent des autres jours?
Cette question, nous nous la sommes posées lors de la soirée du Seder de Pessah.
Nous avons alors raconté à nos enfants comment après avoir été esclaves, nous avons été libérés.
De génération en génération nous le répétons afin de ne jamais oublier.
Aujourd’hui, ce jour du Yom A Shoa est aussi un jour pas comme les autres !
Aujourd’hui, partout dans le monde, la communautĂ© juive se souvient.
Ce n’est qu’après des annĂ©es de silence et de torpeur que des rescapĂ©s de la plus grande catastrophe humaine, orchestrĂ©e par des  » Hommes » contre des  » Hommes », ont parlĂ© et racontĂ©.
Au fur et Ă mesure de leurs rĂ©cits, l’horreur que l’on savait indescriptible Ă©tait livrĂ©e Ă l’HumanitĂ© toute entière.
Les images sortaient et les témoins parlaient.
Ils l’ont fait car le silence devenait trop pesant.
Ils ont raconté car le regard des autres et les questions sans réponses ne pouvaient plus continuer à hanter les mémoires et les fantasmes.
Ils ont parlĂ© car ils en avaient besoin car dĂ©jĂ l’amnĂ©sie commençait Ă toucher les esprits.
Ils devaient cela à ceux et celles qui avaient été gazés !
Ils devaient parler car le peuple juif avait besoin de savoir !
Ils devaient raconter pour leurs enfants, pour nos enfants.
Pendant des dizaines d’annĂ©es ils n’avaient osĂ© le faire.
Certains avaient mĂŞme honte d’avoir survĂ©cu.
Ils étaient les témoins vivants et gênants de la bassesse humaine.
Ils rĂ©vĂ©laient ce cĂ´tĂ© sombre de l’humanitĂ©.
L’ Homme avait Ă©tĂ© faible, traĂ®tre, jaloux, dĂ©lateur, menteur, collaborateur, bourreau et meurtrier. Une bĂŞte immonde !
Ils craignaient tant qu’on ne les croit pas !
Comment faire admettre qu’au 20 ème siècle, 6 millions de Juifs, hommes, femmes et enfants, avaient Ă©tĂ© exterminĂ©s dans le silence et par haine ?
Au lendemain de la guerre, le monde dĂ©couvrait l’horreur et hĂ©ritait alors de ceux qui avaient survĂ©cu et qui resteraient, Ă jamais, les tĂ©moins de sa bestialitĂ©.
Les Juifs vivants devenaient inconsciemment et malgré eux des témoins gênant.
Pendant des dizaines d’annĂ©es leur histoire a Ă©tĂ© racontĂ© par d’autres jusqu’au jour oĂą ils ont dĂ©cidĂ© de nous la raconter.
Ils ont alors parlé de ceux qui les avaient abandonnés et trahi mais aussi de ceux, trop peu nombreux, qui les avaient secouru.
Ils ont raconté Leur Histoire, Notre Histoire !
Grâce à eux des noms et des visages ont été rendus à ces numéros partis en fumée.
Aujourd’hui, ils sont encore quelques uns Ă pouvoir nous transmettre la vĂ©ritĂ© et nous devenons ainsi les hĂ©ritiers et descendants de ceux qui ne sont plus et que beaucoup aimeraient oublier.
Nous sommes les porteurs de cette flamme que nous devons entretenir et ne jamais laisser s’Ă©teindre au nom du passĂ© mais aussi par vigilance face aux nĂ©gationnistes et antisĂ©mites d aujourd’hui.
Ceux qui nient la Shoa, ceux qui ont tué des Juifs à Bueno Aires, Bombay, Paris, Toulouse ou en Bulgarie et face aux anti-sionistes qui cherchent à éliminer Israël.
Ce jour de Yom A Shoa est un jour de recueillement et de mémoire.
Un jour difficile et pesant nous replongeant dans cette sombre Histoire.
Mais, notre peuple a toujours gardĂ© l’espoir et nous savons tous qu’au bout de ce tunnel noir, il y a eu une petite lueur qui a vu la renaissance de l’Ă©tat d’IsraĂ«l.
Dans une semaine nous fĂŞterons les 65 ans de ce petit pays juif qui a tellement manquĂ© aux 6 millions de nos frères lorsqu’ils Ă©taient abandonnĂ©s sans dĂ©fense et sans Terre.
Gil Taieb





