Les Juifs dans le viseur : l’initiative dangereuse qui secoue l’Italie

Un document diffusĂ© ces derniers jours sur les rĂ©seaux sociaux en Italie a provoquĂ© une vive Ă©motion au sein de la communautĂ© juive du pays, après avoir appelĂ© le public Ă  signaler l’arrivĂ©e d’IsraĂ©liens et de Juifs dans des sites touristiques, des hĂ´tels et des commerces. Ses initiateurs cherchaient Ă  cartographier ce qu’ils ont appelĂ© le « tourisme sioniste » en Italie, visant Ă©galement les Juifs italiens et toute personne identifiĂ©e selon eux Ă  la cause sioniste. Le document aurait depuis Ă©tĂ© retirĂ© du rĂ©seau.

Le formulaire, relayĂ© via des messageries et des canaux numĂ©riques, invitait les internautes Ă  signaler la prĂ©sence de touristes juifs ou de citoyens israĂ©liens dans des hĂ´tels, des structures d’hĂ©bergement et des commerces Ă  travers tout le pays. Selon des informations parues dans la presse italienne, le texte accompagnant le questionnaire prĂ©cisait que les donnĂ©es recueillies seraient transmises au mouvement Global Sumud et conservĂ©es de façon confidentielle.

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« C’Ă©tait dans l’air que l’on commencerait Ă  cibler les IsraĂ©liens et les Juifs »

Shlomi Dubi, un IsraĂ©lien d’origine italienne vivant Ă  Venise, a racontĂ© dans un entretien accordĂ© Ă  la chaĂ®ne Channel 12 comment cette initiative a commencĂ© Ă  se former. Il a expliquĂ© que le projet Ă©tait nĂ© sur le rĂ©seau, et que l’idĂ©e de commencer Ă  cibler les IsraĂ©liens et les Juifs, qu’ils soient sionistes ou simplement favorables Ă  IsraĂ«l, flottait dĂ©jĂ  dans l’air. Selon lui, il s’agit d’un phĂ©nomène qui prend de l’ampleur comme une boule de neige Ă  travers diffĂ©rents endroits, et la communautĂ© juive s’est tournĂ©e vers les autoritĂ©s, ce qui aurait conduit, Ă  sa connaissance, au retrait du document.

Dubi est Ă©galement revenu sur le sentiment de malaise que ressentent actuellement les IsraĂ©liens en Italie. Il a affirmĂ© le ressentir très fortement lui-mĂŞme, expliquant qu’il faut dĂ©sormais faire disparaĂ®tre certains signes distinctifs, qu’il ne se sent plus libre de parler hĂ©breu dans la rue, et que dès qu’on lui demande d’oĂą il vient, ou qu’il prĂ©sente un document indiquant qu’il est nĂ© en IsraĂ«l, des rĂ©actions hostiles surgissent immĂ©diatement Ă  son encontre.

Un basculement amorcé depuis deux ans

Dans la suite de l’entretien, Dubi a prĂ©cisĂ© qu’il s’agit d’un changement amorcĂ© au cours des deux dernières annĂ©es. Il a expliquĂ© que le soutien Ă  la cause palestinienne s’est intensifiĂ© après le 7 octobre, quelques mois plus tard, une empathie importante s’Ă©tant d’abord manifestĂ©e avant que les bases militantes propalestiniennes ne commencent Ă  manifester.

InterrogĂ© sur l’existence d’une inquiĂ©tude lĂ©gitime chez les IsraĂ©liens se rendant dans le pays, il a rĂ©pondu qu’il recommanderait de s’Ă©loigner des manifestations. Selon lui, l’Ă©lĂ©ment le plus prĂ©occupant du document tient au fait qu’il rĂ©partissait les personnes en catĂ©gories, ce qui, a-t-il soulignĂ©, rappelle les annĂ©es 1930 du siècle dernier. Il a prĂ©cisĂ© que le document prĂ©voyait une possibilitĂ© de signalement, de vĂ©rification de ce signalement, ainsi qu’une rĂ©flexion sur qui pourrait agir Ă  l’Ă©tape suivante — une Ă©tape dont il a dit ne pas connaĂ®tre la nature exacte, tout en pouvant nĂ©anmoins l’imaginer.

Une affaire qui a mobilisĂ© les communautĂ©s juives d’Italie

Cette controverse a suscitĂ© de vives rĂ©actions au sein des institutions juives italiennes. Les prĂ©sidents des communautĂ©s juives de Rome et de Milan ont dĂ©noncĂ© publiquement cette initiative, l’un d’eux la qualifiant d’aberrante et Ă©voquant le risque d’une vĂ©ritable chasse Ă  l’homme fondĂ©e sur l’identitĂ© juive ou le lien avec IsraĂ«l, tandis qu’un autre responsable communautaire a Ă©tabli un parallèle direct avec le climat qui rĂ©gnait dans les annĂ©es 1930, avant l’adoption des lois raciales. Plusieurs responsables politiques italiens ont eux aussi exprimĂ© leur indignation, certains comparant le document Ă  des listes de proscription et appelant la justice Ă  s’en saisir. L’affaire est en effet parvenue jusqu’Ă  la magistrature italienne, saisie pour dĂ©terminer si les faits relèvent d’une infraction liĂ©e Ă  la discrimination ou Ă  l’incitation Ă  la haine.

Cette controverse s’inscrit dans un contexte plus large de tension croissante Ă  l’Ă©gard des ressortissants israĂ©liens Ă  l’Ă©tranger. Selon des donnĂ©es communiquĂ©es par le ministère israĂ©lien des Affaires Ă©trangères, l’Italie fait partie des pays ayant enregistrĂ© le plus grand nombre de demandes d’assistance consulaire liĂ©es Ă  des incidents visant des citoyens israĂ©liens identifiĂ©s comme tels, aux cĂ´tĂ©s de pays comme les Émirats arabes unis, la ThaĂŻlande, la Grèce, les États-Unis et la GĂ©orgie.

L’article original, publiĂ© par la rĂ©daction de Kipa le 22 juillet 2026, s’appuie sur un entretien accordĂ© Ă  Channel 12 par Shlomi Dubi.

Pour prolonger la lecture sur la montĂ©e de l’antisĂ©mitisme en Europe, retrouvez nos articles sur l’agression d’un couple de touristes juifs amĂ©ricains Ă  Venise et sur les Ă©meutes ayant visĂ© une synagogue Ă  Bologne.