800 millions de shekels transferés en pleine nuit : le hold-up budgétaire qui profite aux deserteurs pendant la guerre

« À 1h34 du matin, pendant que des Israéliens dormaient dans des abris, la coalition au pouvoir célébrait » : .C’est l’image que le député Lapid a choisie pour décrire ce qu’il s’est passé cette nuit à la Knesset : un vote budgétaire de dernière minute, conduit dans l’obscurité parlementaire, qui a transféré 800 millions de shekels vers les partis ultra-orthodoxes — de l’argent que le conseiller juridique de la Knesset avait refusé d’approuver, glissé dans le budget via des « objections » que la coalition a validées en contournant toutes les procédures normales.


Le mécanisme du hold-up : les « hisstaguyot » comme arme budgétaire

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut d’abord comprendre l’outil utilisé. En droit parlementaire israélien, les « hisstaguyot » — les objections — sont un mécanisme permettant aux membres de la Knesset de marquer leur désaccord avec certaines lignes budgétaires. Ce qui s’est produit cette nuit relève d’un détournement de cet outil : les partis ultra-orthodoxes ont déposé des objections qui, loin de supprimer des dépenses, en ajoutaient de nouvelles — pour un total de 800 millions de shekels — au-delà du cadre budgétaire déjà voté.

Le conseiller juridique de la Knesset avait explicitement refusé de valider ces ajouts, estimant qu’ils ne respectaient pas les règles en vigueur. La coalition a passé outre. Le vote a eu lieu. L’argent a été transféré. Comme le résume la journaliste Dafna Liel : « De l’argent qui devait servir de levier pour l’enrôlement des ultra-orthodoxes ou l’enseignement du noyau dur a finalement été injecté en contradiction avec toute gestion saine. »


La ventilation des 800 millions : à quoi sert cet argent

Le détail des sommes transférées est éloquent. Les institutions d’exemption ont reçu 32 millions de shekels — des structures qui organisent précisément l’évitement du service militaire. Les activités et projets ultra-orthodoxes ont obtenu 97 millions. Les conditions de service et formations en ont reçu 61 millions. Les subventions de développement dans les autorités locales ultra-orthodoxes représentent 44 millions supplémentaires. Le reste complète le total de 800 millions.

Ce qui frappe dans cette liste, c’est que plusieurs postes concernent directement des institutions dont la raison d’être est de maintenir les jeunes hommes ultra-orthodoxes hors de l’armée et hors du marché du travail — à un moment où Israël est en guerre et où la question de l’équité du fardeau militaire est au cœur du débat national.


Beliak et Katz : deux réactions qui résument la fracture

Le député Vladimir Beliak a posté à 1h21 du matin un bilan acéré de la soirée. Selon lui, les centaines de millions transférées aux exemptés constituent une mesure illégale, sans approbation juridique, conduite par une coalition qui a tenté de tromper l’opposition en la faisant voter elle-même pour une partie des objections. Il conclut avec une formule directe : « Oui, nous avons affaire à une organisation criminelle. Nous contesterons la saisie. »

De l’autre côté, le député de la coalition Ofir Katz a publié un message de victoire assumée : « Cette nuit, nous avons voté le budget pour la neuvième fois en termes de précédent, un budget qui se tient aux côtés des citoyens d’Israël — en sécurité, en bien-être, en éducation, pour les résidents des frontières. Nous sommes stables, nous continuerons d’agir pour les citoyens d’Israël jusqu’à ce que la coalition achève son mandat. »

Deux lectures diamétralement opposées de la même nuit. Pour l’un, un pillage. Pour l’autre, une gouvernance assumée.


L’opposition prise au piège de sa propre inattention

L’un des détails les plus révélateurs de cette nuit est celui-ci : l’opposition elle-même a voté en faveur d’une partie des objections ultra-orthodoxes avant de comprendre ce qui se tramait. Les quatre premiers votes ont été acquis avec le soutien de l’opposition, qui n’avait pas saisi la nature du mécanisme en jeu. Ce n’est qu’ensuite, lorsque la manœuvre est devenue claire, que l’opposition a retiré son soutien.

Cette séquence illustre à la fois la sophistication tactique de la coalition — utiliser l’opposition comme caution involontaire — et les limites d’une opposition qui ne maîtrisait pas en temps réel ce sur quoi elle votait. Lapid n’a pas mâché ses mots sur ce point : « Il n’y a jamais eu une telle chose dans l’histoire de la Knesset. La coalition a ajouté à la dernière minute des centaines de millions de shekels pour les partis ultra-orthodoxes au-delà du cadre budgétaire. C’est une bande de misérables voleurs, déconnectés du peuple, qui pillent les citoyens d’Israël pendant qu’ils sont dans des abris. »


Une nuit, deux guerres

Ce qui rend cette nuit particulièrement saisissante, c’est son contexte immédiat. Pendant que la Knesset votait ces transferts à 1h34 du matin, des missiles iraniens tombaient sur Israël. Des civils étaient dans des abris. Des soldats étaient sous les drapeaux. Et au Parlement, des ministres célébraient le transfert de centaines de millions vers des institutions dont une partie finance précisément le refus de servir dans l’armée.

C’est cette image — la coalition « fière » de son pillage pendant que des citoyens sont aux abris — que Lapid, Beliak et d’autres ont choisi de graver dans les mémoires. Pas pour les archives parlementaires, mais pour les prochaines élections.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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