Le Premier ministre libanais dĂ©signĂ©, Mustafa Adiv, a dĂ©missionnĂ© – et a continuĂ© la tourmente sans fin dans laquelle le pays s’est retrouvĂ© ces dernières annĂ©es. Adiv, nommĂ© après de fortes pressions par la France , a tentĂ© de former un gouvernement expert dans lequel le pouvoir Ă©tait traditionnellement divisĂ© entre les chrĂ©tiens sunnites, chiites et maronites – mais ses efforts ont Ă©chouĂ© suite aux demandes des factions chiites du Hezbollah et d’Amal.
Le travail de constitution du gouvernement a Ă©tĂ© confiĂ© Ă Adiv, ancien ambassadeur du Liban en Allemagne, le 31 aoĂ»t. Il a essayĂ© tout au long de la pĂ©riode de combler les lacunes et de former un nouveau gouvernement, mais aujourd’hui il a dĂ©missionnĂ© après avoir rencontrĂ© le prĂ©sident Michel Aoun. Dans un discours spĂ©cial Ă la nation, Adiv a dĂ©clarĂ© qu’il renonçait Ă son poste « par engagement en faveur de l’unitĂ© nationale au Liban », laissant Aoun dĂ©cider quelles seraient les prochaines Ă©tapes. Le prĂ©sident libanais, on s’en souviendra, a Ă©tĂ© interrogĂ© il y a quelques jours sur ce qui se passerait si un gouvernement n’Ă©tait pas formĂ©, et a rĂ©pondu: «Le pays ira en enfer ».
Au centre de la controverse dans le processus de formation du gouvernement se trouvait la demande des factions chiites, le Hezbollah et Amal, de nommer des politiciens chiites Ă des postes de responsabilitĂ© – y compris le ministre des Finances. Dans un pays en crise Ă©conomique profonde et souffrant d’une augmentation du chĂ´mage, le ministre des Finances a un rĂ´le crucial Ă jouer dans la prĂ©paration d’un plan de sortie de crise – mais le Hezbollah a refusĂ© de renoncer Ă ce poste, apparemment en raison des rĂ©centes sanctions amĂ©ricaines contre les entreprises et Amal.
L’Adiv a tenu plusieurs rĂ©unions avec de hauts responsables politiques chiites, mais n’a pas Ă©tĂ© en mesure de parvenir Ă un accord sur la manière dont le ministre des Finances serait Ă©lu. Les politiciens libanais ont dĂ©clarĂ© que les dirigeants chiites craignaient d’ĂŞtre Ă©cartĂ©s parce qu’Adiv cherchait Ă modifier substantiellement les nominations aux bureaux, dont certains Ă©taient contrĂ´lĂ©s par la mĂŞme faction depuis des annĂ©es.
Les banques libanaises sont actuellement paralysĂ©es et sa monnaie est en chute libre depuis longtemps. Les discussions avec le Fonds monĂ©taire international sur un plan de sauvetage ont Ă©tĂ© interrompues cette annĂ©e, et la première tâche du Cabinet a Ă©tĂ© de relancer les nĂ©gociations. Ă€ tout cela s’ajoute l’horrible explosion dans le port de Beyrouth le mois dernier – qui a conduit le prĂ©sident français Emmanuel Macron Ă faire pression pour des rĂ©formes globales au Liban.
L’explosion du port de Beyrouth a conduit Ă une nouvelle vague de protestations contre les politiciens libanais, obligeant l’ancien Premier ministre Hassan Diab Ă annoncer la dĂ©mission du gouvernement. Le prĂ©sident Aoun a imposĂ© le train du gouvernement Ă Adiv après des jours tendus et en raison de la forte pression française, mais le Premier ministre dĂ©signĂ© a rencontrĂ© comme mentionnĂ© de nombreuses difficultĂ©s dans la politique compliquĂ©e du Liban.
Le régime complexe du Liban est basé sur la division ethnique: le premier ministre doit être un musulman sunnite, un président chrétien et un président du parlement musulman chiite. Le système stipule également que le nombre de chrétiens et de musulmans dans le cabinet sera le même.
L’ancien Premier ministre Saad al-Hariri a dĂ©clarĂ© que «quiconque cĂ©lèbre l’Ă©chec de l’initiative française regrettera d’avoir gâchĂ© l’occasion. Quiconque salue l’effondrement de l’initiative de Macron se mordra les doigts de chagrin». Le prĂ©sident du Parlement et leader du mouvement Amal, Nabiya Berry, a dĂ©clarĂ© qu’il continuerait Ă adhĂ©rer aux principes de l’initiative française.
La crise au Liban, qui s’est intensifiĂ©e après l’explosion du port de Beyrouth le 4 aoĂ»t, constitue la menace la plus grave pour la stabilitĂ© du pays depuis la guerre civile qui a Ă©clatĂ© en 1975 et s’est terminĂ©e en 1990. Soit dit en passant, la date limite pour la formation d’un nouveau gouvernement au Liban, fixĂ©e avec le consentement de la France, est dĂ©jĂ passĂ©e la semaine dernière –




