L’explosion Ă  Natanz a causĂ© de gros dĂ©gâts et retardĂ© le programme iranien

La panne d’Ă©lectricitĂ© majeure de l’installation nuclĂ©aire iranienne de Natanz, que TĂ©hĂ©ran a qualifiĂ©e d’acte de « terrorisme nuclĂ©aire », a apparemment causĂ© des dommages importants aux centrifugeuses et retardĂ© de plusieurs mois la capacitĂ© d’enrichissement d’uranium de l’Iran, ont-ils dĂ©clarĂ© dimanche, tandis qu’IsraĂ«l a laissĂ© entendre, mais n’a pas confirmĂ©, son implication dans la cyberattaque apparente.

Un responsable du renseignement non identifiĂ© a dĂ©clarĂ© au radiodiffuseur public israĂ©lien Kan que les dommages sur le site Ă©taient « graves » et que des dommages avaient apparemment Ă©tĂ© causĂ©s aux diverses centrifugeuses installĂ©es dans l’installation souterraine top-secrète, retardant la capacitĂ© de l’Iran Ă  enrichir de l’uranium.

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La source a dĂ©clarĂ© que les capacitĂ©s de l’Iran avaient subi un sĂ©rieux revers et que le moment de l’attaque apparente n’Ă©tait pas un accident.

La Treizième chaĂ®ne israĂ©lienne, citant Ă©galement des responsables du renseignement non identifiĂ©s, a offert une Ă©valuation similaire, affirmant que la cyberattaque avait causĂ© « de graves dommages au cĹ“ur du programme d’enrichissement de l’Iran ».

Pendant ce temps, le New York Times, citant deux responsables du renseignement informĂ©s sur les dĂ©gâts, a dĂ©clarĂ© qu’ils «avaient Ă©tĂ© causĂ©s par une grande explosion qui a complètement dĂ©truit le système d’alimentation interne indĂ©pendant – et fortement protĂ©gĂ© – qui alimente les centrifugeuses souterraines qui enrichissent l’uranium».

Le rapport indique qu’il faudrait au moins neuf mois pour rĂ©tablir la production de Natanz.

Aux premières heures de dimanche, l’installation souterraine de Natanz a subi une panne de courant dans ce qui a Ă©tĂ© largement considĂ©rĂ© comme une cyberattaque israĂ©lienne. L’Iran a dĂ©clarĂ© que l’attaque n’avait fait aucune victime ni aucune contamination radioactive. IsraĂ«l s’est officiellement abstenu de commenter la question et l’Iran n’a pas spĂ©cifiquement accusĂ© l’État juif d’ĂŞtre responsable de l’incident.

Dimanche soir, divers mĂ©dias hĂ©breux ont citĂ© des sources de renseignement non identifiĂ©es affirmant que le Mossad Ă©tait impliquĂ© dans l’attaque.

Le New York Times a Ă©galement citĂ© des responsables des services de renseignement amĂ©ricains et israĂ©liens, affirmant qu’il y avait eu un rĂ´le israĂ©lien.

IsraĂ«l n’a fait aucun commentaire officiel sur l’incident, mais des responsables, du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont fait allusion Ă  la responsabilitĂ© israĂ©lienne.

Les commentaires israĂ©liens, ainsi que les rapports des mĂ©dias hĂ©breux accusant la cyberattaque du Mossad, ont marquĂ© un changement significatif. IsraĂ«l a tendance Ă  ĂŞtre absolument silencieux sur les exploits secrets de ses services de sĂ©curitĂ©, et la censure militaire israĂ©lienne empĂŞche rĂ©gulièrement la publication de tels dĂ©tails, obligeant les mĂ©dias israĂ©liens Ă  citer les rapports des mĂ©dias Ă©trangers, ce qui ne s’est pas produit cette fois.

Dimanche, le gouvernement israĂ©lien a annoncĂ© que le cabinet de sĂ©curitĂ© de haut niveau devait se rĂ©unir la semaine prochaine pour la première fois depuis dĂ©but fĂ©vrier, apparemment pour discuter de la question iranienne. La rĂ©union aurait Ă©tĂ© convoquĂ©e Ă  la demande du ministre de la DĂ©fense Benny Gantz et du procureur gĂ©nĂ©ral Avichai Mandelblit, Ă  la lumière des rĂ©cents Ă©changes entre IsraĂ«l et l’Iran.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a semblĂ© faire rĂ©fĂ©rence aux Ă©vĂ©nements rĂ©cents en Iran lors d’une cĂ©rĂ©monie en l’honneur des forces de sĂ©curitĂ© du pays dimanche soir, affirmant que la lutte contre la RĂ©publique islamique Ă©tait une entreprise de grande envergure.

«La lutte contre l’Iran et ses reprĂ©sentants et l’armement iranien est une mission gigantesque. La situation qui existe aujourd’hui ne dit rien sur la situation qui existera demain », a dĂ©clarĂ© Netanyahu.

L’incident de dimanche est survenu alors que le secrĂ©taire amĂ©ricain Ă  la DĂ©fense, Lloyd Austin, dĂ©barquait en IsraĂ«l pour des entretiens avec Netanyahu et Gantz. Les États-Unis, principal partenaire de sĂ©curitĂ© d’IsraĂ«l, tentent de rejoindre l’accord nuclĂ©aire de 2015 visant Ă  limiter le programme de TĂ©hĂ©ran afin qu’il ne puisse pas se doter d’une arme nuclĂ©aire, une dĂ©cision Ă  laquelle IsraĂ«l, en particulier, s’oppose fermement. Netanyahu.

Lors de sa rencontre avec Austin dimanche, Gantz a dĂ©clarĂ© qu’IsraĂ«l considĂ©rait les États-Unis comme un alliĂ© contre toutes les menaces, y compris l’Iran.

« Aujourd’hui, TĂ©hĂ©ran reprĂ©sente une menace stratĂ©gique pour la sĂ©curitĂ© internationale, pour tout le Moyen-Orient et pour l’Etat d’IsraĂ«l », a dĂ©clarĂ© Gantz. « Et nous travaillerons en Ă©troite collaboration avec nos alliĂ©s amĂ©ricains pour nous assurer que tout nouvel accord avec l’Iran sĂ©curise les intĂ©rĂŞts vitaux du monde, les États-Unis, empĂŞche une course aux armements dangereuse dans notre rĂ©gion et protège l’Etat d’IsraĂ«l. »

En plus d’une lutte continue et largement secrète sur le front nuclĂ©aire, TĂ©hĂ©ran et JĂ©rusalem sont impliquĂ©s dans une guerre maritime de l’ombre, dans laquelle les deux parties se reprochent les explosions sur les navires.

Ces derniers mois, au moins deux cargos appartenant Ă  des IsraĂ©liens ont Ă©tĂ© endommagĂ©s lors d’attaques iraniennes prĂ©sumĂ©es, l’un dans le golfe d’Oman et l’autre alors qu’ils naviguaient vers l’Inde.

Le chef d’Ă©tat-major des FDI, Aviv Kohavi, a semblĂ© faire rĂ©fĂ©rence aux tensions rĂ©centes entre IsraĂ«l et l’Iran dans un discours prononcĂ© dimanche.

« Les opĂ©rations de l’armĂ©e israĂ©lienne au Moyen-Orient ne sont pas cachĂ©es aux yeux de l’ennemi », a dĂ©clarĂ© Kohavi. « Ils nous regardent, voient [nos] capacitĂ©s et pèsent leurs pas avec prudence. »

« L’Ă©valuation est que la panne du rĂ©seau Ă©lectrique de Natanz – le rĂ©sultat d’une cyber-opĂ©ration israĂ©lienne », a tweetĂ© un journaliste de Kan, sans aucune des couvertures habituelles.

Le moment de l’attaque est venu le jour après que l’Iran a cĂ©lĂ©brĂ© sa JournĂ©e nationale de la technologie nuclĂ©aire ; le jour après que les scientifiques iraniens ont commencĂ© Ă  utiliser des centrifugeuses plus puissantes ; et au milieu des pourparlers en cours Ă  Vienne visant Ă  revitaliser l’accord nuclĂ©aire affaibli de 2015 entre l’Iran et les puissances mondiales, auquel IsraĂ«l s’oppose farouchement.

La panne Ă  Natanz semble avoir Ă©tĂ© conçue pour contrer les efforts de l’Iran pour accroĂ®tre la pression sur les États-Unis en stockant de plus grandes quantitĂ©s d’uranium et en l’enrichissant Ă  des niveaux plus Ă©levĂ©s alors que les deux parties nĂ©gocient un retour Ă  l’accord nuclĂ©aire de 2015.

Le porte-parole du programme nuclĂ©aire iranien, Ali Akbar Salehi, a confirmĂ© que la panne de courant Ă  Natanz Ă©tait un acte dĂ©libĂ©rĂ© de sabotage, l’appelant « terrorisme nuclĂ©aire ».

Dans des commentaires repris par les nouvelles de l’État iranien, Salehi s’est abstenu d’identifier un auteur, mais a dĂ©clarĂ© que l’attaque avait Ă©tĂ© menĂ©e par ceux qui s’opposaient aux nĂ©gociations en cours de l’Iran avec l’Occident pour lever les sanctions contre TĂ©hĂ©ran par le biais de l’accord nuclĂ©aire.

« Pour contrecarrer les objectifs de ce mouvement terroriste, la RĂ©publique islamique d’Iran continuera Ă  amĂ©liorer sĂ©rieusement la technologie nuclĂ©aire, d’une part, et Ă  lever les sanctions oppressives, d’autre part », a dĂ©clarĂ© Salehi, selon la tĂ©lĂ©vision d’Etat.

Il a ajoutĂ© : « Tout en condamnant cette dĂ©cision dĂ©sespĂ©rĂ©e, la RĂ©publique islamique d’Iran souligne la nĂ©cessitĂ© d’une confrontation entre les organisations internationales et (l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique) contre ce terrorisme nuclĂ©aire. »

L’installation nuclĂ©aire de Natanz, qui maintient des ateliers de surface et des salles souterraines d’enrichissement d’uranium, est considĂ©rĂ©e comme une facette importante du programme atomique de l’Iran. L’attaque israĂ©lienne prĂ©sumĂ©e contre elle est intervenue quelques heures après que les scientifiques de l’installation ont lancĂ© une chaĂ®ne de 164 centrifugeuses IR-6 avancĂ©es qui menacent de raccourcir le temps qu’il faudrait Ă  l’Iran pour accumuler l’uranium hautement enrichi nĂ©cessaire Ă  une bombe nuclĂ©aire.

Samedi, les responsables ont Ă©galement commencĂ© Ă  tester la centrifugeuse IR-9, qui, selon eux, enrichira l’uranium 50 fois plus rapidement que les centrifugeuses IR-1 de première gĂ©nĂ©ration d’Iran. L’accord nuclĂ©aire a limitĂ© l’Iran Ă  n’utiliser que des IR-1 pour l’enrichissement.

Natanz a Ă©tĂ© construit en grande partie sous terre pour rĂ©sister aux attaques aĂ©riennes ennemies. Il est devenu le centre des craintes occidentales concernant le programme nuclĂ©aire iranien en 2002, lorsque des photos satellites ont montrĂ© que l’Iran construisait son installation de centrifugation souterraine sur le site, Ă  environ 200 kilomètres au sud de la capitale, TĂ©hĂ©ran.

L’Ă©tĂ© dernier, une explosion a secouĂ© l’installation de Natanz, dans ce qui a Ă©galement Ă©tĂ© dit ĂŞtre une attaque israĂ©lienne visant Ă  perturber l’enrichissement d’uranium et la recherche sur le site.