» Lors de la Saint-Valentin, mon mari, Nir, Ă©tait en mission militaire en Roumanie, alors nous savions tous les deux que malheureusement, nous ne pourrions pas cĂ©lĂ©brer ce jour, cette annĂ©e comme d’habitude. Il avait encore le temps de m’appeler le matin et de me dire qu’il n’avait jamais cessĂ© de penser Ă moi et qu’il m’aimait. Dans cette conversation, il a Ă©galement promis que nous ferions quelque chose d’amusant ensemble Ă son retour en IsraĂ«l. »
 » Je me suis sentie mal ce jour-lĂ . J’Ă©tais au troisième mois de grossesse. Il a rappelĂ© pour vĂ©rifier que j’allais bien, et m’a dit qu’il embarquait pour un long vol d’entraĂ®nement et que je ne devais pas attendre de message de sa part après l’atterrissage (selon notre procĂ©dure) car cela prendrait du temps. »
 » Ă€ 15 h 45, ils se sont Ă©crasĂ©s. Et Ă ce moment prĂ©cis, je commence Ă recevoir des appels me demandant si je vais bien. J’avoue qu’au dĂ©but, je n’ai pas compris ce qui se passait et pourquoi, mon estomac s’est retournĂ© et je me suis demandĂ© si tout le monde s’intĂ©ressait Ă moi Ă cause de la grossesse ou si quelque chose s’Ă©tait passĂ©. Ă€ 18 h 50, j’ai entendu des bruits de pas devant la porte de Tel Nof. Nous avions une fenĂŞtre longue et Ă©troite dans la maison qui donnait sur l’entrĂ©e. L’obturateur Ă©tait ouvert. Soudain, j’ai vu plusieurs paires de chaussures militaires et un sac du MDA, je tremblais de partout, je savais. »
Amikam Nurkin, actuellement commandant de l’armĂ©e de l’air et commandant de la base Ă l’Ă©poque, s’est tenu devant la porte et m’a demandĂ© de l’ouvrir. Je me suis allongĂ© sur le sol et j’ai continuĂ© Ă pleurer. Ă€ ce moment-lĂ , je me suis effondrĂ©e.
Je me souviens : un million de personnes dans le salon. Amikam a dĂ©clarĂ© que l’hĂ©licoptère de Nir Ă©tait portĂ© disparu et qu’ils ne savaient pas encore ce qui s’Ă©tait passĂ©. L’information a commencĂ© Ă arriver progressivement. Dans ma tĂŞte j’ai dĂ©jĂ imaginĂ© les pires cas – blessures graves, traitements Ă vie, je vais devoir m’occuper de Nir et prendre soin de lui. Je n’imaginais pas qu’il avait Ă©tĂ© tuĂ©. Toute la nuit, j’ai pensĂ© Ă lui et si peut ĂŞtre il se trouvait sur une montagne en Roumanie et qu’il devait attendre des secours. Lorsque l’Ă©quipe de secours est arrivĂ©e et n’a trouvĂ© que des morceaux d’Ă©paves, j’ai rĂ©alisĂ© qu’il Ă©tait mort. Nir ne reviendra pas et ainsi, une jeune femme de 26 ans, enceinte pour la première fois d’une fille avait rejoint les autres familles endeuillĂ©es. »
Devant une montagne de défis
 » Personne ne vous y prĂ©pare. Soudain, je suis veuve. Et bientĂ´t je deviendrai mère aussi. Tout Ă©tait mĂ©langĂ©. Comment procĂ©dez-vous Ă partir d’ici ? Heureusement, j’ai eu le temps de me prĂ©parer Ă la naissance. Mais ce n’est pas comme ça que je l’avais prĂ©vu. Qui aurait pensĂ© Ă un tel scĂ©nario ? Et pourtant, dès que Sheerin est nĂ©e, j’ai Ă©tĂ© remplie d’une immense joie. Dès qu’ils me l’ont amenĂ©e, je lui ai montrĂ© une photo de Nir et lui ai dit que c’Ă©tait son père. Je lui ai murmurĂ© qu’il rĂŞvait de l’Ă©lever mais qu’il ne pouvait pas ĂŞtre lĂ . Que dĂ©sormais je serai tout pour elle, Ă la fois mère et père.
Les pensées vont et viennent.
Quand l’un des commandants de Nir a Ă©tĂ© tuĂ© pendant la Seconde Guerre du Liban et que sa femme est restĂ©e seule enceinte, nous avons parlĂ© de cette peur. Nir a dit que cela pouvait lui arriver aussi et a demandĂ© que dans un tel cas, je devais continuer dans ma vie et ne pas rester coincĂ©e et ne pas avancer dans la vie.
Les deux premières annĂ©es après la mort de Nir ont Ă©tĂ© très difficiles. Le dĂ©sir ardent de le voir, la naissance de notre fille, la capacitĂ© Ă faire face Ă l’absence. J’Ă©tais Ă©crasĂ©e. J’ai quittĂ© le travail et l’Ă©cole et je suis retournĂ©e chez mes parents. Il y avait des jours oĂą je ne pouvais pas sortir du lit. Mon esprit avait changĂ©. D’une fille qui pleure, je suis soudainement confrontĂ© Ă la montagne des dĂ©fis les plus difficiles qui soient.
Le dĂ©sir ne part pas. Manque de conjoint aimant, embrassant et riant – comment rompre après 11 ans de mariage ? Mais j’ai continuĂ© ma vie comme Nir l’a demandĂ©. Je connaissais Assaf, mon partenaire. Le dĂ©but a Ă©tĂ© difficile. Parfois, j’avais l’impression que c’Ă©tait une trahison. Mais Assaf a su me contenir, avec une sensibilitĂ© et une patience infinies, il m’a fait confiance et a abaissĂ© les barrières. Et la vie a avancĂ©.
Bien que Nir ne savait pas que nous avions une fille, il avait choisi son nom. Quand j’ai rĂ©cupĂ©rĂ© l’ordinateur qu’il avait emportĂ© avec lui en Roumanie pour me parler sur Skype, il a laissĂ© une note de rappel Ă l’intĂ©rieur de l’ordinateur avec les noms des garçons et des filles. Quand mon frère a vu le nom Yarin sur la liste, il a dit que c’Ă©tait un renversement des lettres de Nir.
Je me souviens que la première annĂ©e, je ne me suis pas du tout rendue compte que tout le monde me regardait. Soudain, je suis au centre de l’attention. La vĂ©ritĂ© est que je n’ai pas vraiment besoin de Yom Hazikaron.
Bien que les projecteurs soient braquĂ©s sur nous, je me sens une famille endeuillĂ©e tout le temps. Tous les jours. Je me lève avec Nir le matin et je couche avec lui la nuit. Il fait partie de mon âme. Le premier amour, insĂ©parable depuis l’âge de 16 ans jusqu’au coup Ă la porte. Parfois, une chanson Ă la radio me le rappelle et je me mets Ă pleurer. Parfois, je me souviens de la blague qu’il racontait et je souris tristement.
Les orphelins n’ont pas d’âge.
Je dois ĂŞtre forte pour Yarin, mais il est important pour moi de dire que je suis inquiète. Je voudrais profiter de l’attention de tous Ă notre Ă©gard en ce moment et mettre en garde contre la grande injustice qui, en raison d’une dĂ©cision bureaucratique irrationnelle et surtout d’une insensibilitĂ©, les orphelins de plus de 21 ans de Tsahal se retrouvent sans droits et sans rĂ©el soutien. Et après 30 ans, malheureusement et Ă mon grand Ă©tonnement, ils ne sont pas du tout dĂ©finis comme orphelins par l’État.
Je sais que beaucoup d’entre vous ne comprennent probablement pas de quoi il s’agit et ce qui est si dramatique, mais Ă 30 ans, le père est-il soudainement revenu Ă la vie et l’orphelinat a-t-il disparu ? La reconnaissance symbolique n’est pas suffisante pour les orphelins, la reconnaissance totale est nĂ©cessaire pour le reste du sang direct de l’espace, qui n’est pas diffĂ©rent d’un parent, d’une sĹ“ur ou d’un veuf. Les orphelins, nos enfants, ne devraient certainement pas grandir dans la peur d’oublier leur lien avec leur père dĂ©chu.
Mon Nero, tu me manques tout le temps. Tu es avec moi dans mes pensĂ©es, et dans mon cĹ“ur, tu es Ă mes cĂ´tĂ©s en voyage. Je veux juste entendre Ă nouveau ton rire et te donner un baiser et un câlin. Garde-nous d’en haut, je t’aimerais pour toujours. »





