Baba Vanga et la guerre : les prophéties de la voyante bulgare envahissent les réseaux israéliens

Chaque grande crise produit ses prophètes retrouvés après coup. Cette semaine, c’est Baba Vanga — la voyante bulgare aveugle décédée en 1996, dont les supposées prédictions circulent sur internet depuis des décennies — qui fait son retour dans les conversations israéliennes, partagée en masse sur WhatsApp et dans les groupes familiaux avec la mention récurrente : « Elle avait tout prévu. »

Selon les publications qui circulent, Baba Vanga aurait « prédit » un conflit majeur impliquant l’Iran, une perturbation du commerce mondial et une transformation profonde du Moyen-Orient. Les versions varient selon les partages — certaines sont manifestement récentes et attribuées rétroactivement à la voyante — mais l’engouement lui-même est un phénomène réel, documenté et révélateur de l’état psychologique d’une population sous pression.
Ce mécanisme n’est pas nouveau.

Les prophéties de Nostradamus ont resurgi après le 11 septembre 2001, celles de Baba Vanga après chaque grand attentat ou catastrophe naturelle des vingt dernières années. La mécanique est toujours la même : des formulations suffisamment vagues pour s’adapter à n’importe quel événement, une attribution à une source ancienne et donc invérifiable, et un besoin humain profond de donner du sens — ou au moins une forme de prédestination — à ce qui semble chaotique et incontrôlable.

En temps de guerre, ce besoin est décuplé. Savoir que « quelqu’un avait prévu » ce qui arrive, même une voyante morte depuis trente ans, offre une forme de consolation étrange : si c’était prévisible, c’est peut-être aussi contrôlable. Ou du moins, ça s’inscrit dans un ordre plus grand que le chaos immédiat des sirènes et des abris.

Les psychologues spécialisés en gestion de crise notent régulièrement ce phénomène. La diffusion de théories prophétiques, de contenus ésotériques et de récits de « signes précurseurs » augmente de manière mesurable lors des guerres, des pandémies et des catastrophes naturelles. Israël, qui vit en état de mobilisation quasi-permanente depuis octobre 2023, n’y fait pas exception — et la guerre contre l’Iran, par son ampleur et son caractère historique, démultiplie le phénomène.

Ce qui est plus intéressant que la prophétie elle-même, c’est ce qu’elle révèle sur ceux qui la partagent. Dans les groupes familiaux israéliens de cette semaine, entre les mises à jour sur les alertes missiles et les nouvelles des proches réservistes mobilisés, Baba Vanga s’est glissée. Pas parce que les Israéliens croient naïvement en la voyance, mais parce que partager une prophétie accomplie est une façon de dire : nous allons traverser ça, et peut-être même en sortir.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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